Depuis trois semaines, le mouvement de colonisation extrémiste Nachala a installé un campement temporaire dans la forêt de Simhoni, à trois kilomètres de la bande de Gaza, avec pour objectif d’entrer dans l’enclave palestinienne. Leur sort pourrait dépendre du prochain gouvernement qui se formera à la suite des élections législatives du 27 octobre.

Publié le : 06/11/2026 - 16:43Modifié le : 06/11/2026 - 16:47

Dans la nuit du 15 au 16 octobre 2026, des militants de Nachala, une organisation de colons israéliens d’extrême droite, ont construit, en quelques heures, un avant-poste à quelques kilomètres de la bande de Gaza. En une nuit, les membres de l'organisation ont établi un campement rassemblant des mobil-homes et des tentes où se sont installées une vingtaine de familles.

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"Le site provisoire des 'Pionniers de Gaza' a franchi une nouvelle étape importante vers la création d'une colonie à part entière à Gaza", déclare Reut Ben Kemoun, l’une des figures du mouvement Nachala, dans une vidéo republiée par Settlers from Within, un compte X qui recense les violences des colons à l’encontre des populations palestiniennes.

Avec ce campement temporaire, l’objectif pour ces militants est de rétablir des colonies dans la bande de Gaza. Ce n’est pas le premier avant-poste créé près de l’enclave. En septembre 2025, une cinquantaine de personnes issues de l'organisation Nachala avaient occupé un terrain vague à Shave Darom, près de la bande de Gaza, avec le même objectif.

Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, défend l’instauration d’un contrôle sécuritaire sans appeler à la recolonisation de l’enclave tandis que ses ministres, Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich affichent clairement leur souhait de recoloniser Gaza.

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Le campement est situé cœur de la forêt de Simhoni, située à seulement trois kilomètres de Gaza, non loin du kibboutz Kfar Aza dans la province du Néguev.

La rédaction des Observateurs a géolocalisé l’avant-poste et obtenu des images satellite datant du 22 octobre 2026, démontrant la présence d’installations avec une large tente bleue, symbole des campements du mouvement Nachala.

En attendant "l’installation au cœur de la bande de Gaza"

Pour attirer de potentiels visiteurs, l’organisation Nachala a lancé une opération de communication. L’invitation ci-dessous, mise en ligne par un habitant du campement sur X, liste différentes animations prévues sur le campement : des activités manuelles, des structures gonflables ou encore un atelier de préparation de barbes à papa… L’occasion ? Célébrer la création de ce lieu temporaire en attendant "l’installation au cœur de la bande de Gaza".

Sur les réseaux sociaux, les militants de Nachala publient régulièrement des images de leur vie sur le campement. On peut les voir notamment faire du jardinage.

Mais aussi préparer les repas.

Ou des festivités nocturnes.

Une organisation sanctionnée huit fois par l’Union européenne

L’organisation extrémiste Nachala n’est pas nouvelle et est bien connue des associations qui agissent contre la colonisation des terres palestiniennes.

"Nachala est une organisation active depuis une décennie. Leur activité principale est d’établir des colonies et des avant-postes en Cisjordanie et de mettre la pression sur le gouvernement. Depuis le 7 octobre 2023, [ses membres] se préparent et font des plaidoyers pour établir une colonie dans Gaza.", explique Hagit Ofran, qui travaille pour le projet "Settlement Watch", de l’ONG israélienne Peace Now.

Fondée par la militante d’extrême droite pro-colonies Daniella Weiss, Nachala avait fait parler d’elle lors de l’instauration d’un campement sauvage nommé "Evyatar" sur le territoire de la ville palestinienne de Beita, dans le nord de la Cisjordanie. Établie une première fois en 2013, l’avant-poste a été légalisé et établi comme une colonie par le gouvernement Netanyahu en juin 2024. Cette installation reste illégale au regard du droit international.

Soutenu par l’extrême droite israélienne, l’avant-poste a reçu la visite de représentants politiques tels que Limor Son Har-Melech, vice-présidente de la Knesset et députée du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, dirigé par Ie ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir. Elle avait déjà participé à une opération réalisée par Nachala visant à franchir la frontière de la bande de Gaza, en février 2026.

Pour ses activités d’occupation illégale, l’organisation Nachala fait l'objet de huit sanctions européennes. Elle est notamment accusée de "jouer un rôle de facilitation et d'encouragement d'actes coercitifs menant au déplacement forcé des Palestiniens".

L'avant-poste situé dans la forêt de Simhoni n’a, pour le moment, pas reçu d’autorisation du gouvernement pour s’implanter durablement. En Israël, les espaces forestiers sont en grande partie gérés par le Fonds national juif (FNJ), un organisme lié au mouvement sioniste.

Interrogé par la rédaction des Observateurs, le FNJ assure avoir déposé plainte auprès de "la police et des autorités locales". Selon le site d'information israélien Ynet, la police prépare l’évacuation des militants de Nachala. Ces derniers auraient affirmé "ne pas s’opposer à l’évacuation" tout en annonçant leur intention de "se déplacer ailleurs jusqu'à atteindre Gaza".

Dans une vidéo diffusée le 4 novembre sur le compte Instagram dédié aux projets des "Pionniers de Gaza", Reut Ben Kemoun, toujours sur place, réaffirme son projet et annonce la tenue d’une conférence intitulée "Le Renversement de Gaza 2", le 19 novembre 2026.

Un avenir incertain, conditionné par le nouveau gouvernement

Pour Hagit Ofran de Peace Now, l’urgence ne réside pas dans l’évacuation du campement, mais dans la menace qu’il représente pour l’intégrité du territoire palestinien.

"Il existe une menace qu’Israël laisse établir une colonie dans Gaza, spécifiquement car le gouvernement a créé cette situation où Israël contrôle énormément la bande de Gaza (...) Ils ont tellement détruit ce territoire qu’il est désormais vide et prêt pour être colonisé. Il existe donc une menace sérieuse que Nachala établisse une colonie, mais elle ne peut pas le faire sans le soutien du gouvernement.", explique-t-elle.

Ainsi, les dernières élections législatives, qui se sont tenues le 27 octobre, pourraient avoir un impact considérable dans l'avenir des territoires palestiniens. Le camp de Benjamin Netanyahu, composé de la droite et de l’extrême droite pro-colonies, a obtenu 53 sièges contre 48 pour le bloc d’opposition centriste, mené par Gadi Eisenkot. Alors que le gouvernement sortant a perdu le soutien du parti ultra-orthodoxe, le camp centriste, soutenu par les partis arabes, ayant obtenu de manière inédite 19 sièges à la Knesset, se trouve dans une bonne position pour former le prochain gouvernement.

Bien qu'il soit contre la formation d'un État palestinien, Gadi Eizenkot a affiché son opposition au projet de recolonisation de la bande de Gaza. Ainsi, l’avenir de l'avant-poste établi par Nachala reste donc incertain. "Le prochain gouvernement peut avoir une politique bien différente. Peut-être qu’ils seront poussés à rester ou, au contraire, à abandonner”, précise Hagit Ofran. Avant de conclure : "C’est très difficile de savoir ce qu’ils vont faire".

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