Les réactions politiques se multiplient après que Marine Le Pen a conseillé à Mediapart d'enfiler son "costard en Kevlar" – matière utilisée pour les gilets pare-balles –, à la suite de l'enquête du site d'investigation concernant des propos antisémites attribués à Jordan Bardella. Emmanuel Macron a fustigé mercredi "la violence langagière" du RN.

Publié le : 30/09/2026 - 17:12Modifié le : 02/10/2026 - 20:53

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Un "costard en Kevlar" pour Mediapart ? Les propos tenus par Marine Le Pen agitent les médias et la classe politique, jusqu'au président Emmanuel Macron, qui déplore mercredi 30 septembre "la violence langagière" du RN, qui "conduit toujours après à une escalade", et jugeant "inacceptable d'avoir des mots violents à l'égard des opposants, des adversaires politiques" et "de s'en prendre à ceux qui sont pour partie les organisateurs de ce débat", les médias.

Dans la foulée des révélations de Mediapart, lundi, concernant des écrits antisémites attribués à Jordan Bardella, la candidate du Rassemblement national (RN) à l'élection présidentielle, Marine Le Pen, a conseillé au média d'investigation d'enfiler son "costard en Kevlar", une matière utilisée pour les gilets pare-balles.

Des propos immédiatement relevés mardi par Mediapart, qui a dénoncé la "violence sidérante" du RN et "les propos menaçants d'une grande gravité" de Marine Le Pen.

"Évoquer les 'prémices d'une guerre totale' comme l'a fait mardi 29 septembre matin Jordan Bardella" et parler "de 'costard en kevlar' comme l'a fait dans la foulée Marine Le Pen illustre la violence sidérante de cette extrême droite qui se prétend propre sur elle", a écrit Lénaïg Bredoux, co-directrice éditoriale de Mediapart, sur son site.

À voirPropos antisémites attribués à Jordan Bardella : le RN fait bloc

"S'en prendre à un pilier de la démocratie"

Mardi, Jordan Bardella avait en effet évoqué "les prémices d'une guerre totale" contre le RN ainsi que le risque d'une "tentative de déstabilisation de la campagne présidentielle".

"Maintenant, c'est à Mediapart, je crois, qu'il va falloir dire d'enfiler son costard en Kevlar parce qu'il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent", a ensuite menacé Marine Le Pen.

Sur le réseau social X, la députée écologiste Léa Balage El Mariky a indiqué qu'elle saisissait le procureur : "Le Kevlar, c'est la matière des gilets pare-balles. Je saisis (...) pour ces propos qui ressemblent à des menaces de mort."

Raphaël Glucksmann, en lice pour la primaire de la gauche sociale-démocrate, a lui aussi condamné la réaction de la candidate du RN, jugeant mercredi que la violence est dans l'"ADN" du Rassemblement national.

"Vous avez vu la violence de leur réaction ? Dès que le plan com' vacille, il y a la vérité qui sort et la vérité, c'est cette violence, la vérité, c'est ces menaces, la vérité, c'est que c'est ça le Rassemblement national", a dénoncé Raphaël Glucksmann sur BFMTV/RMC.

Malgré les efforts de dédiabolisation du parti, "en réalité, à la première crise vous exprimez cette violence, parce que c'est un parti qui a été fondé dans la violence et que c'est dans son ADN", a-t-il ajouté.

Le candidat a estimé que cela démontre pourquoi l'élection de 2027, pour laquelle Marine Le Pen fait pour l'heure course en tête dans les sondages, est "existentielle".

"Nous sommes au bord du gouffre", a-t-il dit, assurant se présenter à la présidentielle car il "refuse que la France sombre dans cette violence, dans cette brutalité permanente". "La démocratie, c'est pas un acquis, c'est pas éternel, c'est pas naturel, c'est une construction et si on n'en prend pas soin, eh bien elle sombre", a lancé Raphaël Glucksmann.

Bardella se plaint d'un "traitement déloyal"

Jordan Bardella a répondu mercredi à Emmanuel Macron en affirmant qu'il avait "marché" après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, contrairement au chef de l'État. "Après le 7 octobre 2023, j'ai marché dans les rues de Paris et me suis rendu en Israël. Pas lui", a affirmé sur X le président du RN. Pourtant, Emmanuel Macron a visité Israël dès le 24 octobre 2023, tandis que Jordan Bardella ne s'y est déplacé qu'en mars 2025.

Dans ce message, Jordan Bardella fait référence à une marche contre l'antisémitisme qui avait eu lieu le 12 novembre 2023 dans les rues de Paris, à l'appel des présidents du Sénat Gérard Larcher et de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet. Le chef de l'État n'y avait pas participé, estimant que son "rôle" était de "continuer à préserver dans cette période, l'unité du pays et de ne jamais renvoyer dos-à-dos les uns et les autres".

Plus tard dans l'après-midi mercredi, Jordan Bardella s'est fendu d'un autre message sur X, bien plus long, pour développer les axes de sa défense face à "l'accusation la plus ignoble qui [l']ait jamais visé". "Je ne supporte pas cet affront. J'accepte toutes les règles du jeu politique et médiatique, mais je ne tolérerai jamais les campagnes orchestrées qui ont pour seul objectif l'exécution politique d'un homme", a de nouveau affirmé le président du RN, dénonçant "un traitement déloyal, injuste et mensonger réservé à notre famille politique".

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Outre Mediapart, il s'en est pris aux médias en général, estimant que "le journalisme [n'était] parfois qu'un déguisement". "À l'encontre de certaines femmes et de certains hommes politiques, il est le prolongement, voire l'avant-garde, du combat politique dans lequel tout semble permis", a ajouté l'eurodéputé.

Menaces et intimidation

Mediapart rappelle qu'"attaquer" la presse, "c'est s'en prendre à une liberté fondamentale et à un pilier de la démocratie". "Ces attaques n'ont rien de nouveau. Régulièrement, le RN bannit des médias de ses événements ; attaque les journaux ; s'en prend à des reporters locaux", relève la journaliste Lénaïg Bredoux.

"Depuis sa création en 2008, Mediapart a publié environ 7 700 enquêtes. Des plaintes en diffamation ont conduit à environ 350 procédures pénales : nous n'avons été condamnés que cinq fois définitivement, la dernière pour un article paru en 2013", et "aucune de ces condamnations" n'a concerné des articles sur l'extrême droite, rappelle-t-elle.

Sur le réseau social X, Reporters sans frontières (RSF) a également dénoncé "les attaques verbales et les menaces physiques de Marine Le Pen visant le média et ses journalistes, ainsi que les intimidations contre ses sources".

"La 'vraie nature de Mediapart', que prétend révéler la candidate du RN, c'est d'être un média d'information. Contester une information au tribunal est un droit, le dénigrement sans vergogne et les menaces voilées n'ont pas droit de cité en France", a ajouté RSF.

Jordan Bardella, président du RN, a annoncé lundi "une plainte en diffamation", après l'article de Mediapart qui lui attribue des propos antisémites datant de 2013 quand il était un jeune adhérent du parti.

Avec AFP

Environ quarante sociétés de journalistes de médias français, dont France 24, ont signé une tribune commune pour dénoncer les menaces de mort et les attaques venant du Rassemblement national visant des journalistes de Mediapart.

"Nous, journalistes travaillant dans des rédactions aux lignes éditoriales différentes, dénonçons ensemble et sans réserve, les menaces de mort proférées par le Rassemblement national à l'encontre de nos confrères de Mediapart et les nombreuses attaques de l'extrême droite contre les journalistes sur l'ensemble du territoire.

En suggérant à Mediapart d'enfiler son "costard en kevlar" (un gilet pare-balles, donc), Marine Le Pen met une cible dans le dos des journalistes.

Ces violentes tentatives d'intimidation sont la marque de fabrique des régimes autoritaires à travers le monde et sont particulièrement inquiétantes pour le droit à l'information auquel peut prétendre la population d'un pays démocratique.

La liberté de la presse, garantie par la Convention européenne des droits de l'homme et le droit international, fait du journalisme un contre-pouvoir indispensable. Que des responsables politiques aspirant à gouverner le pays puissent agir de la sorte est alarmant.

Les journalistes enquêtent preuves à l'appui, rapportent des faits, expliquent, analysent, déjouent des campagnes de communication bien huilées, dans le respect de règles déontologiques, quelle que soit la sensibilité de leur média. Ils ne doivent en aucun cas subir d'intimidations pour avoir fait leur métier."

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