La diffusion de l’image d’une statue de Jésus endommagée à Debel, dans le sud du Liban, a été suivie d’une série de contenus trompeurs sur les réseaux sociaux : entre images générées par IA et accusations non vérifiées, l’affaire a rapidement donné lieu à plusieurs intox.

Publié le : 30/04/2026 - 13:49

La scène a provoqué des réactions jusque dans les plus hautes sphères de l’État israélien. À Debel, village chrétien du sud du Liban, un soldat israélien a été photographié en train de s’acharner à coups de masse sur le visage d’une statue de Jésus crucifié. L’image, diffusée massivement dimanche 19 avril sur les réseaux sociaux, a rapidement fait le tour du monde après avoir été relayée par plusieurs comptes influents, dont celui du journaliste palestinien Younis Tirawi, dont la publication a eu plus de 13 millions de vues.

Face à l’ampleur de la polémique, les autorités israéliennes ont reconnu les faits et présenté leurs excuses. "Je condamne cet acte avec la plus grande fermeté", a déclaré le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, le 20 avril.

L’armée israélienne a également réagi dans un message publié sur X, affirmant qu’elle "s’engage aux côtés de la communauté pour que la statue retrouve sa place" et qu’elle "n’a aucune intention de porter atteinte aux infrastructures civiles, y compris aux édifices religieux ou aux symboles religieux".

Mais au-delà de l’indignation, l’affaire a aussi déclenché une vague d’intox et de polémiques en ligne, plusieurs internautes relayant de fausses images et des récits trompeurs autour de l’incident.

Des images générées par IA

Dès le lendemain de la publication de l’armée israélienne sur X, plusieurs internautes ont affirmé que l’armée avait remplacé la statue endommagée. À l’appui de cette rumeur, deux images largement relayées sur les réseaux sociaux cumulant près d’un million de vues montrent un soldat israélien essuyant une statue du Christ replacée sur sa croix, puis agenouillé devant elle dans une seconde scène.

Mais plusieurs éléments visuels, notamment l’aspect excessivement lisse des textures, laissent penser à des images générées par intelligence artificielle. En les analysant avec les outils de détection de Google, un filigrane SynthID a été identifié. Ce marquage invisible à l’œil nu est propre aux contenus produits ou modifiés par les modèles d’IA générative de Google. Interrogé directement, Gemini, le chatbot de Google, confirme que les deux images ont été "faites avec l’IA de Google".

Le 21 avril, l’armée israélienne a finalement affirmé sur X avoir remplacé le crucifix, photo à l’appui. Le cliché montre une petite croix en bois installée dans le même jardin, à Debel, à l’endroit où se trouvait auparavant la statue endommagée.

Cette publication a rapidement suscité de nombreuses critiques. Plusieurs internautes ont souligné que ce nouveau crucifix ressemblait très peu à l’ancien : plus petit, en bois et dépourvu de la statue du Christ.

Contacté par la rédaction des Observateurs, Eli Zaknoun, activiste et habitant de Debel, explique que la croix envoyée par l’armée israélienne n’était surtout pas adaptée : selon lui, il s’agit d’un crucifix destiné à un usage intérieur, alors que l’emplacement d’origine nécessitait un calvaire conçu pour l’extérieur.

C’est finalement la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) qui a procédé au remplacement définitif. Le 23 avril, des Casques bleus italiens ont installé un nouveau crucifix, offert par l’Italie, exactement à l’endroit où se trouvait la statue profanée.

Une croix volée ?

Après la diffusion de l’image montrant la petite croix en bois offerte par Israël, certains internautes ont affirmé qu’elle avait en réalité été volée dans une autre église. Pour appuyer cette accusation, ils ont relayé une photo montrant ce même crucifix dans un autre lieu.

Mais selon Eli Zaknoun, habitant de Debel, cette interprétation est trompeuse. Il explique que cette photo a été prise le jour de l’installation de la nouvelle croix offerte par l’Italie : le crucifix en bois avait simplement été déplacé pour laisser la place au nouveau calvaire installé par la Finul.

Si l’affaire de la croix profanée a suscité une large couverture médiatique et de nombreuses réactions en ligne, Eli Zaknoun souligne que, pour les habitants de Debel, les priorités sont ailleurs. Au-delà des controverses autour de l’objet religieux et des rumeurs qui ont circulé, leur attention reste centrée sur la situation sécuritaire dans le sud du Liban, marqué par la poursuite des bombardements israéliens.

Mots-clés associés à l’article

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.