En visite à Alger pendant deux jours, le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez va tenter de relancer un dialogue bilatéral mis à mal par des mois de tensions. Le chercheur Adlene Mohammedi décrypte pour France 24 les enjeux de cette visite et les conditions d’un possible apaisement entre Paris et Alger.

Publié le : 16/02/2026 - 12:32Modifié le : 16/02/2026 - 15:29

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C'est un déplacement crucial à Alger. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez a entamé, lundi 16 février, une visite de deux jours en Algérie pour améliorer des relations diplomatiques mises à mal ces derniers mois. Depuis la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, territoire au statut non défini selon l'ONU – un conflit oppose depuis 50 ans le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenu par l'Algérie –, le torchon brûle entre Paris et Alger.

Les points de crispation se sont multipliés : enlèvement en France d'un influenceur algérien opposant au régime d'Abdelmadjid Tebboune en avril 2024, arrestation de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal en novembre 2024 – gracié un an plus tard par le président algérien –, mise en examen d'un agent consulaire algérien en avril 2025 en France, expulsions mutuelles de personnel des ambassades ou encore condamnation du journaliste français Christophe Gleizes en Algérie.

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Pour Adlene Mohammedi, chercheur en géopolitique, expert associé au Ceri (Sciences Po) et enseignant à l’Université Paris 3 et à l’Iris, l'approche de Laurent Nunez diffère radicalement de celle de son prédécesseur Bruno Retailleau.

France 24 : Comment se présente Laurent Nunez pour cette visite en Algérie ?

Adlene Mohammedi : Il est particulièrement prudent, d’autant qu’il succède à un ministre de l’Intérieur très offensif, voire hostile, envers le pouvoir algérien. La différence majeure, c’est que Laurent Nunez est un technicien des questions de sécurité – ancien directeur de la DGSI, ancien coordinateur de la lutte antiterroriste. Il n’a pas d’ambition politique et ne fait pas d’électoralisme. Ce qui l’intéresse, c’est la reprise du dialogue sécuritaire, essentiel entre les deux pays depuis les années 1990.

Comment qualifier l’approche de Laurent Nunez ?

C’est clairement un changement de méthode par rapport à son prédécesseur Bruno Retailleau. Laurent Nunez n’a pas les mêmes ambitions ni le même profil. Il veut des résultats et souhaite relancer le dialogue sécuritaire, qu’il juge indispensable. Au-delà de ces questions, il y a aussi le dossier des OQTF, qui concerne tout le Maghreb, et celui du journaliste Christophe Gleizes. Il ne l’a pas évoqué publiquement, car ce n’est pas au ministre de l’Intérieur d’activer la protection consulaire, mais ce sujet fera probablement partie des discussions. Le réchauffement des relations entre Paris et Alger passe aussi par la libération de Christophe Gleizes.

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La fermeté de Bruno Retailleau a-t-elle nui à la relation franco-algérienne ?

Ce que Laurent Nunez fait actuellement montre bien l'échec de la méthode Retailleau. D'abord parce que parler de faiblesse et de force quand il s'agit d'une relation bilatérale ne sert strictement à rien. De plus, il n'était pas du tout dans son rôle. Il était ministre de l’Intérieur et s'occupait de questions diplomatiques alors qu’il n'était pas censé le faire. Il se focalisait, comme la droite française, sur les fameux accords de 1968 que l’on considère souvent à tort comme une espèce de privilège algérien. Il s'agit en réalité d'un accord qui a plutôt régulé l'immigration algérienne depuis les années 1960.

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Là, on voit bien que cette fois, Laurent Nunez n'en parle pas parce qu'il sait très bien que ça ne sert à rien. Ça ne change strictement rien aux relations entre les deux pays, y compris d'ailleurs en termes de flux migratoire. La différence entre les deux, c'est que M. Retailleau voulait faire de la politique politicienne et voulait montrer que la droite savait être ferme sur certains dossiers diplomatiques. D’ailleurs, Édouard Philippe fait la même chose. Il va insister dans sa campagne sur les accords de 1968. La droite française s'est montrée très faible, très sourde et très aveugle sur tout ce qui s'est passé au Proche-Orient, sur les humiliations subies de la part de l'allié – supposé – américain ou même sur le dossier ukrainien. L'Algérie restait finalement l'ultime dossier où elle pouvait faire preuve de fermeté.

Est-ce qu’il peut y avoir un réel changement de ton aujourd’hui ?

Côté algérien, il y a un volet de politique intérieure. Il y a un système répressif dont le journaliste français Christophe Gleizes pâtit puisque l'accuser d'apologie du terrorisme relève de l'absurde. On a toujours laissé une porte ouverte depuis le début. D'abord en faisant une distinction nette entre les interlocuteurs, par exemple en montrant qu'on pouvait parler avec le ministre des Affaires étrangères, mais pas avec M. Retailleau. On a vu aussi l'accueil plutôt chaleureux réservé à l'ancienne ministre Ségolène Royal. Il y a une porte ouverte parce que des deux côtés, on n'a pas intérêt à ce qu'il y ait rupture.

Peut-on espérer une détente durable ?

Pour l'instant, il faudrait qu'il y ait des signaux diplomatiques. Il n'y a pas d'ambassadeur algérien en France et l’ambassadeur français a été rappelé à Paris. Sur le plan diplomatique, on a quand même une situation assez délicate. On a encore des crises qui se fondent parfois sur des détails, comme le complément d'enquête qui a suscité des critiques côté algérien. Parallèlement à ces tensions, il y a aussi une relation économique qui se maintient. Il y a l'intimité démographique entre les deux pays avec des millions de citoyens qui sont concernés par cette relation franco-algérienne. Elle n'est pas sacrifiable. On essaie un petit peu de corriger le tir, de recoller les morceaux.

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