Paris (France) (AFP) – Pour l'une, c'était "se frotter" à une nouvelle exploration, pour l'autre, un "rêve impossible" qui lui a procuré beaucoup de joie : les romancières Lola Lafon et Leïla Slimani racontent à l'AFP l'écriture de leurs premières pièces de théâtre, jouées à partir de cet automne.

Publié le : 08/11/2026 - 12:18

Lola Lafon et "l'impossibilité de dialoguer"

"Je considère qu'écrire, c'est se frotter à toutes les formes. Depuis 4 à 5 ans, j'avais envie de le faire pour le théâtre", confie à l'AFP Lola Lafon, autrice de huit romans, dont "La Petite Communiste qui ne souriait jamais" (Actes Sud, 2014) et d'une bande dessinée.

C'est une rencontre avec le metteur en scène Emmanuel Noblet, avec lequel elle expérimente une première performance sur les planches ("Un état de nos vies"), qui la pousse à se lancer. "Quand j'ai compris ce que j'allais faire, c'est allé assez vite", dit-elle.

La pièce qu'elle couche sur le papier, intitulée "Merci de votre collaboration", pour cinq comédiens, dirigée par le même metteur en scène, est une coproduction de deux théâtres parisiens, le Théâtre du Rond-Point (représentations jusqu'au 14 novembre) et le Théâtre de l'Atelier (15 janvier-28 février), entre autres.

Dans le huis clos d'un hall d'aéroport où plus aucun avion ne décolle pour cause d'intempéries, entre banquettes et cafétéria, quatre amis en partance pour des vacances se querellent après un incident : l'une d'entre eux a insulté une employée de la compagnie aérienne au sujet de sa valise.

Un "mot de trop" qui génère incompréhensions, questionnements politiques et moraux. "Je voulais que cette petite société-là s'empare des questions qui me taraudent", affirme Lola Lafon, à savoir "l'impossibilité de dialoguer" et l'impression "qu'on s'affronte en monologues".

Sur la forme, elle a mis l'accent sur les dialogues, qu'elle a voulus "très rythmés". Sur scène, les répliques fusent.

Ancienne danseuse et chanteuse, l'autrice décrit un processus d'écriture "difficile, avec de l'anxiété quand je n'y arrivais pas et beaucoup de joie quand j'y arrivais", des allers-retours et relectures avec Emmanuel Noblet.

Elle a participé au casting des comédiens et assisté à toutes les répétitions, afin de "pouvoir nourrir les interprètes sur leur personnage, quand ils avaient des questions".

Leïla Slimani et le travail collectif

L'autrice Leïla Slimani, prix Goncourt 2016 ("Une chanson douce", Gallimard), raconte pour sa part qu'il a fallu "la force de conviction" du metteur en scène et directeur du théâtre de Lorient-CDN Simon Delétang, pour qu'elle franchisse le pas.

Sa pièce, "Résurrection - Un cas de conscience", une libre adaptation du roman éponyme de Léon Tolstoï, commande conjointe du Théâtre de Lorient et de la Comédie-Française, est en tournée ce mois-ci et sera à Paris au Vieux-Colombier à partir du 25 novembre.

"J'avais ce rêve un peu lointain d'écrire un jour pour le théâtre, mais ça me paraissait impossible", dit-elle à l'AFP, longtemps persuadée que son écriture romanesque, "très intime, avec peu de dialogues", "n'était pas faite pour ça".

Elle qui a fait un bac option théâtre, fréquenté, jeune, le Cours Florent et a toujours aimé cet art vivant, dit avoir "beaucoup tâtonné, échoué, tourné en rond", lors de la rédaction, constituée de versions successives vues par et avec le metteur en scène.

Le roman de Tolstoï, méconnu, l'a "stupéfaite" par sa modernité et s'est imposé.

Son adaptation narre l'histoire d'un écrivain célèbre qui, dans sa jeunesse a violé une femme. Plus tard, il se retrouve juré d'assises, face à cette femme devenue prostituée, jugée pour meurtre. Il se convainc d'obtenir son pardon en cherchant à l'innocenter, mais elle refuse.

"Ce texte répond à toutes mes obsessions", relate Leïla Slimani : "la relation entre les classes sociales, les mécanismes de domination, les rapports entre hommes et femmes, l'incarcération".

Venue assister en juillet aux premières lectures à la Comédie-Française avec les acteurs des deux institutions, elle n'a toutefois pas participé aux répétitions.

De cette expérience, elle "retire de la joie" et a savouré d'avoir pu "travailler, créer, avancer" avec un collectif, ce qui contraste notamment avec la "solitude" de l'écrivaine romanesque.

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