Appelés aux urnes, dimanche, pour élire leur nouveau chef d'État sur fond de guerre en Ukraine et de tensions en mer Noire, les Bulgares ont favorisé la présidente sortante, Iliana Iotova, qui a reçu plus de 57 % des voix selon les estimations d'instituts de sondage. Cette partisane du dialogue avec Moscou était opposée à l'ex-Premier ministre Andrey Gyurov.

Publié le : 01/11/2026 - 12:39Modifié le : 02/11/2026 - 09:06

Les Bulgares étaient appelés aux urnes, dimanche 1ᵉʳ novembre, pour départager deux candidats à la présidentielle que tout semble opposer : Iliana Iotova, présidente sortante, partisane d'un cessez-le-feu en Ukraine et du dialogue avec Moscou, et Andrey Gyurov, ancien Premier ministre par intérim soutenu par l'opposition pro-occidentale, qui plaide pour une ligne dure face à la Russie.

Avec entre 57,4 et 58,2 % des voix selon les premiers sondages, Iliana Iotova a largement remporté le scrutin. Elle devance son rival Andrey Gyurov, ancien Premier ministre par intérim soutenu par l'opposition pro-occidentale, qui a rassemblé entre 38,6 et 39,6 % des suffrages.

"Nous avons mené une campagne positive dès le premier instant, sans nous permettre la moindre attaque, ni recourir à un discours de haine ou de division", a déclaré dans la soirée Iliana Iotova, souriante, entourée de son équipe et du Premier ministre Roumen Radev.

Elle a estimé que les électeurs avaient compris son message axé sur "les revenus, la paix et les défis à relever" tandis que Roumen Radev a jugé que les Bulgares avaient choisi "une perspective stable et claire", après une période d'instabilité politique, marquée par huit législatives depuis 2021.

De son côté, Andrey Gyurov a déclaré aux médias accepter "les résultats tels qu'ils sont". "Le meilleur reste à venir et nous avons posé des bases solides sur lesquelles nous pouvons construire", a-t-il ajouté.

Pour la sociologue Boryana Dimitrova de l'institut Alpha Research, Iliana Iotova a convaincu en se présentant comme une "présidente de la paix" alors que le vote s'est déroulé dans un contexte d'inquiétude en matière de sécurité, après une série d'attaques de drones contre des navires commerciaux en mer Noire, dernier débordement de la guerre en Ukraine voisine.

"La corde sensible de la peur de la guerre a été exploitée", souligne l'analyste, qui constate aussi que le parti du Premier ministre Roumen Radev, Bulgarie progressiste, qui a soutenu Iliana Iotova, a réussi à remobiliser ses électeurs, après un premier tour serré.

Priorité à "l'intérêt national"

Après avoir voté dimanche dans un lycée de Sofia, Iliana Iotova, 62 ans, a plaidé pour une Bulgarie qui soit "un État fort au sein d'une Europe forte", défendant une politique étrangère indépendante fondée sur "l'intérêt national", même si elle ne conteste pas la place du pays dans l'Union européenne et l'Otan.

Lors d'un débat télévisé jeudi, elle avait répété que la paix en Ukraine "ne peut venir que par des négociations". "Déverser davantage d'argent en Ukraine, fournir de nouvelles armes, plus sophistiquées, ne conduit qu'à davantage de destructions et à la mort de nombreuses personnes des deux côtés", a-t-elle affirmé.

En face, Andrey Gyurov, 50 ans, avait estimé que "la Russie doit mettre fin à son agression pour que les prochaines étapes puissent être franchies". "Nommons le pays d'où viennent les menaces", a-t-il ajouté, reprochant à Iliana Iotova de ne pas avoir directement mis en cause Moscou.

Les 6 et 13 octobre, quatre navires marchands ont été frappés par des drones au large de la Bulgarie, faisant 21 disparus. Le Premier ministre Roumen Radev a jugé ces attaques favorables aux intérêts de Moscou, tout en refusant d'en désigner formellement l'auteur faute, selon lui, de preuves tangibles.

Selon le politologue Parvan Simeonov, la situation en mer Noire a joué un "rôle très important" dans la campagne, mais c'est finalement les partisans du dialogue qui l'emportent pour des raisons démographiques et historiques.

La pauvreté au cœur des préoccupations

Ancienne journaliste et figure du Parti socialiste, Iliana Iotova, 62 ans, a siégé au Parlement européen avant d'être élue vice-présidente aux côtés de Roumen Radev en 2016 et 2021.

Elle lui a succédé en janvier après sa démission pour se lancer dans la bataille des législatives, remportées par son camp en avril. Elle devient la première femme élue à la tête de ce pays de 6,4 millions d'habitants.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l'a félicitée dans un message posté sur X, soulignant : "de la défense à notre compétitivité et notre indépendance énergétique, je me réjouis de poursuivre notre travail en commun."

Les fonctions présidentielles sont essentiellement représentatives, mais la personne qui les exerce dispose d'un droit de veto sur les lois et est le commandant suprême des forces armées.

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Iliana Iotova a également promis de s'attaquer au "terrible problème de la pauvreté" en Bulgarie, pays le plus pauvre de l'UE.

Le premier tour avait été marqué par une participation historiquement faible de 23 %. Cette fois, elle s'est élevée entre 27 % et 29 % environ selon les premiers chiffres.

Avec AFP

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