Pour afficher ce contenu YouTube, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Une extension de votre navigateur semble bloquer le chargement du lecteur vidéo. Pour pouvoir regarder ce contenu, vous devez la désactiver ou la désinstaller.

Publié le : 03/11/2026 - 18:24

Des délais d'attente à rallonge et des patients qui tentent tout pour obtenir un rendez-vous : la France connaît une pénurie sans précédent de dermatologues. Avec trois pour 100 000 habitants et des départements entiers qui en sont dépourvus, consulter un dermatologue est devenu un parcours du combattant. Près de 200 000 nouveaux cancers sont dépistés chaque année et les besoins ne cessent d'augmenter. Quelles solutions pour lutter contre la pénurie ? Reportage de Sonia Baritello.

Dès 8 h, à Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val de Marne, un cabinet de dermatologues voit les patients défiler. "Je suis parti à 4 h 30 du matin pour arriver à 6 h... J'ai 130 kilomètres pour venir", raconte Jean-François, venu de Reims pour se faire retirer un mélanome cutané. S'il n'est pas traité rapidement, ce cancer traverse l'épiderme et peut se propager dans le reste du corps.

Pour pouvoir traiter ce type d'urgence, le docteur Romain Prud'homme ouvre ses créneaux la veille pour le lendemain. "Quand j'ouvre à 18 h, une journée se remplit en trois minutes", explique-t-il. On peut en ouvrir 10 des centres comme ça dans la rue, on remplirait toujours autant, la pénurie est énorme."

Des dermatologues peu nombreux et proches de la retraite

Dans le même cabinet, le docteur Pierre Hamann milite pour augmenter le numerus clausus, autrement dit le nombre d'internes formés chaque année. Seulement 100 dermatologues sont formés chaque année en France. Le gouvernement a annoncé l’arrivée de 27 internes supplémentaires par an, loin des renforts espérés par la profession. "Ce n'est que depuis une dizaine d'années seulement qu'on augmente de manière assez importante le numerus clausus, sauf que la dermatologie, contrairement à toutes les autres spécialités, n'a pas bénéficié autant des pourcentages d'augmentation, précise le spécialiste. On a une pression incroyable sur les rendez-vous avec des patients qui arrivent en ayant cherché pendant longtemps, qui sont en errance thérapeutique, qui peuvent avoir du ressenti également sur leur parcours de soins."

Cet effectif risque de diminuer davantage car 50 % des dermatologues ont plus de 60 ans et risquent de partir à la retraite prochainement. Les dermatologues sont également accusés d'aggraver la pénurie en privilégiant les soins esthétiques, plus lucratifs. "C'est complètement faux, affirme Pierre Hamann. On a plusieurs études, notamment des études indépendantes de la profession qui montrent qu'en réalité c'est moins de 5 % de notre activité sur toute l'année. C'est juste qu'on n'est pas assez nombreux pour pouvoir prendre en charge l'intégralité des patients qui le nécessitent."

La profession a pris les devants en formant les médecins généralistes pour éviter les diagnostics tardifs. Charlotte en a notamment fait les frais lorsqu'un grain de beauté sur son pied s'est mis à saigner. "J'ai regardé un peu sur Doctolib et je voyais que j'allais pas du tout avoir de rendez-vous", raconte la jeune femme de 32 ans. J'ai un peu laissé traîner et quelques mois plus tard, ça a saigné à nouveau, et ça s'est infecté. Mon médecin traitant a dit qu'il n'avait pas l'air problématique. Elle a pris une photo au dermatoscope et elle l'a envoyée chez plein de dermatologues." La jeune femme obtient rapidement un rendez-vous et le diagnostic tombe : un mélanome de stade 4, le stade le plus avancé. "Je ne m'attendais pas du tout à ça, pour moi c'était un grain beauté qui était déjà là, je mettais toujours de la crème solaire donc, pour moi, c'était impossible", raconte Charlotte.

Les kinésithérapeutes à la rescousse

Pénurie oblige, il est recommandé aux patients de consulter en premier lieu leur médecin généraliste. Mais encore faut-il y avoir accès, alors que six millions de Français n'ont pas de médecin traitant. En région Occitanie, dans le sud de la France, une profession a donc décidé de prêter main forte : une cinquantaine de kinésithérapeutes volontaires ont suivi une formation au dermatoscope. L'objectif est de repérer des lésions sur leurs patients durant les consultations et de transmettre directement leurs clichés à un dermatologue.

"Je pense que les kinésithérapeutes, entre autres, voient les patients déshabillés, et ça c'est fondamental, explique le dermatologue Georges Bes, à l'origine du projet. Lorsque le patient est déshabillé, on va voir une lésion qu'il n'aurait pas montrée, soit parce qu'il n'y pense pas, soit parce qu'il a peur d'y penser et peur de la réponse." L'idée lui est venue après une rencontre avec des masseurs-kinésithérapeutes. Avec l'URPS MK Occitanie, l'association représentant les kinés de la région, il a donc testé le dispositif pendant un an. "Les retours que l'on a pu avoir sur ces 12 mois, ça a été la découverte de six cancers : quatre carcinomes et deux mélanomes", explique Xavier Font, masseur-kinésithérapeute et vice-président de l'URPS MK Occitanie. Ce résultat a poussé l'Agence régionale de santé (ARS), à subventionner la formation de 100 kinésithérapeutes supplémentaires en Occitanie.

Un dépistage fait par l'IA ?

Mais certains voient encore plus loin : en région parisienne, un centre dépiste les cancers cutanés grâce à l'intelligence artificielle. Grâce à 92 capteurs haute définition, l'IA génère un avatar 3D du patient et émet des premières observations. "Là, j'ai toutes les lésions répertoriées de la dame. Elle en a 276 au total", explique Mélanie, assistante-dermatologue au sein du Centre France dermatologie de Gazeran, en Île-de-France. Des dermatologues partenaires du centre analysent ensuite ces données et posent un diagnostic.

"L'IA à elle seule n'est pas suffisamment fiable pour pouvoir remplacer un médecin", concède Etienne Varlet, responsable du réseau France dermatologie. En revanche, c'est un outil précieux de mesure, de tri des lésions, de classement. Les activités chronophages sont faites ici par des techniciens et tout ça, c'est du temps médical gagné par les dermatologues." Le dépistage coûte 84 euros, non remboursés par la sécurité sociale, faute de dermatologue disponible sur place. Cette technologie a permis de dépister 30 mélanomes la première année, selon Etienne Varlet. "Si un patient revient dans deux ans, on pourra lui dire très exactement quelle lésion a régressé, quelle lésion a évolué et ça donne une indication très précise pour un diagnostic" explique-t-il.

Cinq centres France Dermatologie ont ouvert dans toute la France, mais pour le moment, aucun dispositif IA n'est recommandé par la Société française de dermatologie. "Toutes ces études-là sont en cours, on travaille dessus, toute la communauté dermatologique est très impliquée mais pour l'instant notre message c'est : prudence", prévient le dermatologue Pierre Hamann. Il y a aussi un autre problème qui est celui de l'aval, c'est-à-dire que s'il y a un afflux massif de patients qui passent par ce genre de techniques et que derrière ça engorge inutilement nos consultations, ça n'a aucun sens."

Mots-clés associés

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.