Quatre jours après le début des frappes sur leur pays, les émotions des Iraniens oscillent entre la joie, dont font part certains qui veulent croire à une opportunité de faire tomber le régime, et la peur de voir le conflit faire des victimes civiles. Deux de nos Observateurs racontent comment ils vivent depuis le 28 février.

Publié le : 03/03/2026 - 19:10

À peine les premières frappes américano-israéliennes avaient-elles touché le sol iranien, le 28 février au matin, que le réseau Internet était coupé, comme lors de la répression meurtrière du mouvement de contestation de janvier 2026 qui a fait au moins 30 000 morts.

La rédaction des Observateurs a néanmoins pu joindre deux Iraniens pendant les bombardements. Ils évoquent le moment où ils ont compris que la guerre commençait, la mort du guide suprême Ali Khamenei et l'impact du conflit sur leur quotidien.

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"Nous étions heureux d'apprendre la mort de Khamenei"

Dariush (pseudonyme) a une quarantaine d'années. Il travaille dans le secteur privé.

"Lorsque les attaques ont commencé, j'étais au travail. Vous ne le croirez peut-être pas, mais beaucoup de mes collègues s'attendaient presque à ce que cela arrive, compte tenu du massacre qui avait eu lieu [en janvier, NDLR]. Les gens étaient heureux dans un certain sens, c'était différent de la dernière fois, en 2025, lorsqu'Israël avait attaqué. Mais j'avais peur aussi, car les frappes touchaient les environs de ma maison. Nous pouvions entendre le bruit des missiles à proximité. À la nouvelle de la mort de Khamenei, tout le quartier s'est mis à faire la fête. Depuis nos fenêtres, nous pouvions entendre les cris de joie."

"Même avec des millions de personnes dans les rues, on ne peut rien accomplir"

Simin (pseudonyme) vit elle aussi Téhéran. Elle soutient également les attaques.

"Depuis ce terrible massacre début janvier, nous avons compris que même avec des millions de personnes dans les rues, on ne peut rien accomplir, on ne peut pas renverser un régime prêt à tuer des milliers de personnes pour survivre, donc cela doit forcément venir de l'extérieur. Tout le monde était déjà préparé à la guerre."

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Dariush insiste sur le rôle joué par les massacres lors des manifestations antirégime du début d'année dans l'état d'esprit des Iraniens qui soutiennent les frappes américano-israéliennes :

"Soyons clairs, je ne me réjouis pas que la guerre ait éclaté. Mais nous devons obtenir la liberté et il n'y a pas d'autre option. On a essayé toutes les autres options. Si les gens sont heureux, c'est aussi parce que cela signifie qu'ils obtiennent une petite revanche sur le massacre qui a eu lieu. Ça leur apporte un certain réconfort. Et ils sont heureux, aussi, simplement parce qu'ils ont l'espoir d'un changement."

Dariush appuie cependant sur le fait que les Iraniens favorables aux frappes ne font pas preuve d'un soutien inconditionnel :

"Pour l'instant, beaucoup de gens soutiennent ces attaques. Mais si leurs entreprises, leurs hôpitaux, leurs écoles, leurs magasins ou les lieux qui appartiennent à la population finissent par être endommagés, ce soutien pourrait disparaître. Ils auront probablement le sentiment que ce sont eux qui sont réellement touchés, que leur propre vie est en danger. Et peut-être que ces reportages diffusés par le régime, qui ne montrent que les civils tués, en particulier dans l'école de filles à Minab [où quelque 165 personnes auraient trouvé la mort dans des circonstances encore floues, NDLR], pourraient faire disparaître l'espoir des gens. Lundi, en voyant certaines informations sur l'attaque du marché de Téhéran, ainsi qu'un reportage sur les dégâts causés au palais du Golestan et à d'autres sites historiques… évidemment, je dois dire que ça ne nous plaît pas. Si les frappes nuisent aux commerces ou aux bâtiments historiques, forcément le soutien va s'estomper."

"Je suis prête à mourir. Sous la République islamique, ce n'est pas une vie"

Mais Simin, elle, semble prête à tout tant que le régime tombe :

"Je suis prête à mourir, vraiment. Évidemment, je préfère rester en vie et profiter du bon temps de l'après-République islamique, mais la réalité est que sous la République islamique, ce n'est pas une vie. Il y a une différence entre passer le temps et vivre pleinement, quand on n'a aucun espoir pour l'avenir. Donc, oui, je peux dire que je suis prête à mourir."

Contrairement à ce qu'il s'était passé pendant la guerre des 12 jours, en juin 2025, durant laquelle de nombreux habitants de Téhéran avaient préféré quitter la capitale pour d'autres villes, beaucoup d'entre eux ont cette fois décidé de rester. Pour Dariush et Simin, l'une des principales raisons est la forte conviction que les attaques de la coalition sont précises et ne toucheront pas les civils. Cependant, Dariush souligne :

"Il y a aussi une deuxième raison : c'est peut-être que les gens attendent maintenant de voir quand cette campagne militaire prendra fin ou laissent les choses se terminer, afin de pouvoir, si nécessaire, descendre dans la rue et renverser le régime. J'espère que l'Iran deviendra libre et que toutes ces horreurs ne seront plus qu'un lointain souvenir."

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