Après la mort de Quentin Deranque il y a quelques jours à Lyon, le ministre de l'Enseignement supérieur a assuré mardi qu'il n'y aurait pas d'autres "meetings" dans les universités en cas de risque de trouble à l'ordre public. Par ailleurs, l'Assemblée nationale va observer à 15 h une minute de silence en hommage au jeune militant nationaliste.

Publié le : 17/02/2026 - 12:34Modifié le : 20/02/2026 - 15:24

Des rencontres politiques dans les universités sous conditions. Le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a assuré mardi 17 février sur BFMTV qu'il n'y aurait pas d'autres "meetings" dans les universités en cas de risque de trouble à l'ordre public. Cette déclaration a lieu quelques jours après la mort du jeune militant nationaliste Quentin Deranque à Lyon.

"Avec les risques qu'on a aujourd'hui qui sont maintenant tristement très très clairs, évidemment non, il n'y aura pas d'autres meetings de ce type-là dans les établissements", a indiqué le ministre, précisant avoir envoyé une circulaire aux préfets et aux recteurs en ce sens. Il a toutefois souligné que la décision reviendrait à la fin aux présidents d'universités.

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"Des discours qui ont vocation à enflammer les jeunes, à les mettre dans la rue pour avoir des interactions violentes (...), ce n'est pas possible de continuer à avoir ça aujourd'hui au sein des établissements parce que le risque de trouble est avéré et donc (...) il y a évidemment un moyen très simple d'interdire" ce type d'évènement, a pointé Philippe Baptiste.

Recteurs et préfets sollicités

Selon le collectif Némésis, proche de l'extrême droite et se revendiquant féministe, Quentin Deranque était chargé, jeudi, d'assurer la sécurité de plusieurs de ses militantes venues manifester contre une conférence de l'eurodéputée La France insoumise (LFI) Rima Hassan à Sciences Po Lyon.

Le jeune homme de 23 ans a succombé à des coups portés par au moins six individus masqués et cagoulés, selon des déclarations du procureur de Lyon lundi. Alors que le gouvernement a pointé du doigt le groupe antifasciste "Jeune Garde", le procureur a refusé d'en dire plus sur le profil des agresseurs.

Philippe Baptiste a fait part mardi d'"une immense colère de voir que le discours politique agressif, dur, violent, se transforme en violence physique", estimant que "là, il y a une responsabilité morale de LFI qui est extrêmement forte".

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La circulaire évoquée par Philippe Baptiste, également signée par le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez, rappelle les critères que doivent prendre en compte les présidents d'université pour autoriser la mise à disposition de locaux pour des étudiants qui en font la demande pour une réunion publique : ils doivent concilier "les libertés académiques et les libertés d'expression" et le "maintien de l'ordre dans l'établissement et le bon fonctionnement du service public", en fonction du "contexte" et du "contenu de la réunion".

"Alors que la violence politique a atteint un nouveau sommet", la circulaire demande aux recteurs et préfets "d'apporter leur expertise" en prenant en compte le "climat très particulier de tensions voire de violences extrêmes autour de tels évènements, comme en témoigne la tragédie qui vient d'endeuiller Lyon". Le document rappelle aux préfets et aux recteurs leur rôle d'accompagnement des présidents d'université dans la prise de décision sur l'annulation d'évènements.

Minute de silence à l'Assemblée

Par ailleurs, une minute de silence a été observée à l'Assemblée nationale mardi, à 15 h, en hommage à Quentin Deranque.

"Personne ne devrait mourir à 23 ans. Personne ne devrait mourir pour ses idées. En notre nom à tous, j'adresse nos pensées à sa famille et à ses proches endeuillés", a déclaré la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, avant d'appeler à observer cette minute de silence, unanimement respectée par les députés, debout dans l'hémicycle.

Cette décision a été prise par la conférence des présidents de l'Assemblée et "personne ne s'y est opposé", selon des sources parlementaires. La minute de silence a eu lieu avant les questions au gouvernement.

Éric Ciotti, allié au parti d'extrême droite Rassemblement national, a salué la tenue de la minute de silence, expliquant en avoir fait la demande lui-même.

"On ne peut pas avoir la rhétorique de la confrontation en permanence et ne pas voir que ce qui se passe parfois dans cet hémicycle peut infuser dans l'ensemble de la société", a déclaré le Premier ministre Sébastien Lecornu devant les députés, lors de la séance des questions au gouvernement, en appelant les dirigeants politiques à la "responsabilité".

"Il est temps que vous fassiez le ménage"

Sébastien Lecornu, qui répondait au chef de file des députés Les Républicains Laurent Wauquiez, a également demandé que "la vérité judiciaire passe", "sans aucune pression sur les enquêteurs et sur l'autorité judiciaire".

Le chef de l'exécutif a par ailleurs demandé à LFI de "faire le ménage" dans ses "idées" et ses "rangs", jugeant "absolument ignoble" et "abjecte" la défense de la patronne des députés LFI Mathilde Panot à l'Assemblée.

"Ce que vous venez de faire est absolument ignoble et abject. (...) Il est temps que vous fassiez le ménage, madame la présidente Panot, le ménage dans vos propos, le ménage dans vos idées et surtout le ménage dans vos rangs", a-t-il affirmé devant les députés lors des questions au gouvernement.

Mathilde Panot venait d'accuser le gouvernement de n'avoir prévu "aucun dispositif" de sécurité autour de la présence ce soir-là du collectif identitaire Némésis, qui manifestait contre une conférence de l'insoumise Rima Hassan, et de n'avoir pas "tenu compte de [ses] alertes".

"La Jeune Garde tue, et La France insoumise devrait le condamner", a quant à lui déclaré le ministre de la Justice Gérald Darmanin. "Il y a une violence incontestable" qui concerne La France insoumise et la Jeune Garde, a estimé le garde des Sceaux devant les députés, en reprochant à LFI de considérer ce mouvement antifasciste comme "une organisation alliée".

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Mathilde Panot, cheffe du groupe LFI, avait plus tôt déclaré en conférence de presse avoir soutenu la demande de minute de silence. "Nous l'avons soutenue tout en redisant, et j'espère que la présidente de l'Assemblée nationale suivra cela, que nous souhaitons que cette minute de silence soit un hommage digne (...) et que ce ne soit pas le lieu d'instrumentalisation qui serait, je crois, extrêmement dommageable pour notre Assemblée", a-t-elle poursuivi.

Elle a toutefois pointé une "flambée de violences de l'extrême droite", prenant en exemple la mort de l'ancien international de rugby argentin Federico Martin Aramburu, assassiné à Paris le 19 mars 2022, et soulignant qu'il n'y avait pas eu de minute de silence en son honneur.

Le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, a assuré mardi sur France Inter qu'il n'y avait "aucun lien" entre son mouvement et la mort du jeune militant nationaliste Quentin Deranque, rejetant des accusations "mensongères". "J'appelle tout le monde à la responsabilité et à la vigilance parce que, quand on lance des accusations infondées, graves et mensongères, ça a des conséquences", a-t-il dit.

Avec AFP

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