Visage de l'impopulaire guerre en Iran, le controversé Pete Hegseth apparaît comme un bouc émissaire idéal après la débâcle du camp Trump aux élections de mi-mandat. Alors que les démocrates affirment vouloir destituer ce fidèle parmi les fidèles du président, certains élus républicains envisagent de mettre au vote sa mise en accusation dès la semaine prochaine.

Publié le : 05/11/2026 - 16:33

Après la déroute aux midterms du 3 novembre, il semble être un fusible tout désigné dans le camp républicain : critiqué depuis des mois pour sa gestion de la guerre en Iran et le manque de transparence du Pentagone, Pete Hegseth se retrouve dans le viseur du Congrès et pourrait faire face, dans les prochains jours, à une procédure de destitution de la part d'élus républicains.

Le député du Kentucky Thomas Massie, ancien partisan de Donald Trump, dont il est devenu un farouche opposant, a confirmé son intention de déclencher un vote de destitution à l’encontre du secrétaire d'État à la Défense dès la reprise des travaux du Congrès la semaine prochaine, sauf si ce dernier démissionne.

Selon des sources républicaines, ce vote a toutes les chances d'être adopté grâce aux voix d'élus républicains battus aux élections et qui n'ont donc plus rien à perdre. Quant aux démocrates, ils ont fait du ministre de la Défense une cible prioritaire de la nouvelle législature.

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"Je suis ici pour vous dire que l’une des premières mesures que nous prendrons une fois majoritaires sera de chasser Pete Hegseth de la ville", a récemment déclaré le chef de file de l’opposition à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries.

Si aucune stratégie n'est encore arrêtée par l'état-major démocrate, certains élus estiment préférable de s'attaquer aux soutiens de Donald Trump plutôt que de lancer une troisième procédure d'"impeachment" contre le président américain, déjà acquitté deux fois par le Sénat lors de son premier mandat.

"Tout le monde n'est pas d'accord sur la manière de procéder mais je pense qu'il n'y aura pas une majorité suffisamment large au sein du Parti démocrate pour déposer une procédure d"'impeachment" contre un président âgé de 80 ans et qui n'a plus que de deux ans de mandat devant lui", décrypte Jérôme Viala-Gaudefroy, docteur en civilisation américaine et enseignant à Sciences-Po.

"Abus de pouvoir"

Similaire à celle visant le président américain, la procédure d'"impeachment" d'un ministre débute par une mise en accusation de la Chambre des représentants, qui vote à la majorité simple. La mise en accusation est ensuite transmise au Sénat qui prononce la destitution si la majorité des deux tiers des membres présents est atteinte. Cela représente 67 sénateurs américains sur 100. Les démocrates disposent, à ce stade, d'une majorité de 54 sièges.

Mais que reprochent les élus américains à Pete Hegseth ? Le député Thomas Massie a déjà déposé en septembre une résolution comportant huit chefs de mise en accusation pour "crimes graves et délits mineurs" devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants.

L'élu républicain accuse notamment Pete Hegseth d’avoir mené le conflit en Iran sans déclaration de guerre du Congrès et d’avoir dépassé la limite de 60 jours au-delà de laquelle les parlementaires doivent donner leur accord à la poursuite des hostilités.

"Les violations constitutionnelles commises par le secrétaire Hegseth ne se limitent pas à la guerre illégale en Iran", assure Thomas Massie auprès de USA Today. "Il abuse de son pouvoir pour ignorer les résolutions du Congrès sur les pouvoirs de guerre, pour kidnapper des dirigeants étrangers et pour intimider les critiques de l’administration Trump [...]", estime le député, évoquant notamment la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro.

Il estime également que le ministre de la Défense a enfreint la loi destinée à limiter les pertes civiles, notamment au Yémen et en Iran, mené des frappes illégales dans les Caraïbes contre des bateaux de narcotrafiquants et procédé à des exécutions extra judiciaires.

Une figure clivante

Au-delà de cette liste de chefs d'accusation, Pete Hegseth est vivement critiqué à gauche pour son discours viriliste débridé, ses purges menées dans les rangs de l'armée et sa politique de discrimination à l'encontre des Afro-américains et des femmes dans les promotions militaires. Il a également été épinglé pour avoir compromis des informations classifiées sur la messagerie Signal. Enfin, la guerre en Iran, déclenchée sans stratégie ni porte de sortie, a confirmé, selon de nombreux élus, le procès en incompétence qui lui colle à la peau.

Il faut dire que depuis sa nomination, Pete Hegseth n'a pas lié beaucoup d'amitiés du côté du Capitole. Confirmé de justesse à son poste par le Sénat en janvier 2025, le profil de cet ancien militaire donne des sueurs froides aux élus des deux camps : alcoolisme notoire, manque d'expérience, accusation d'agression sexuelle, idéologie ultranationaliste... le CV de l'ancien présentateur de Fox News a toujours semblé en décalage avec sa fiche de poste : diriger la première armée du monde et un ministère doté d'un budget de 850 milliards de dollars annuels, employant quelque trois millions de soldats, réservistes et civils.

"Il a créé un climat de peur au Pentagone accompagné d'un manque total de transparence puisqu'il a limité l'accès des médias au siège du ministère de la Défense. Il paye aussi l'échec de tout ce qu'il entreprend, en particulier la guerre en Iran. Il apparaît aujourd'hui clairement comme le maillon faible dans un pays qui entretient une relation très positive avec son armée", affirme Jérôme Viala-Gaudefroy, citant l'exemple de l'émoi suscité par les témoignages décrivant les conditions de vie des marins américains à bord de l'USS Abraham Lincoln.

Encore soutenu par Trump

Pourtant, malgré la déroute des midterms et la pression grandissante de son propre camp, Donald Trump ne semble pas encore décidé à lâcher l'un de ses plus fidèles lieutenants. Interrogé mercredi sur l'avenir de son ministre de la Défense, le président a nié vouloir le limoger, affirmant qu'il "faisait du très bon travail".

Pour tenter de protéger son ministre de la Guerre, selon le vocable utilisé par l'admistration Trump, l’amiral Brad Cooper, chef du Commandement central américain, ou le général Dan Caine, chef d’état-major interarmées, seraient pousser vers la sortie, rapporte CBS News qui cite des conseillers de la Maison Blanche.

Selon CNN, garder Pete Hegseth en poste offre aussi un avantage à Donald Trump : conserver une marge de manœuvre dans sa conduite de la guerre en Iran, en particulier si Wasington décide de nouvelles campagnes de frappes. D'autant que la nouvelle majorité démocrate au Sénat aura son mot à dire sur la nomination de nouveaux membres du gouvernement.

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"Pour Trump, c'est aussi une manière de ne pas se laisser dicter les choses. Mais il est aussi capable de le pousser sous le bus si cela devient nécessaire. Dans ce contexte, cela va être intéressant de voir le nombre de républicains qui vont voter en faveur de la destitution de Pete Hegseth", affirme Jérôme Viala-Gaudefroy.

En cas de mise en accusation de la part de la Chambre des représentants, Pete Hegseth deviendrait le troisième membre d’un gouvernement américain à faire l’objet d’une procédure similaire.

En 1876, le secrétaire à la Guerre William Belknap avait été mis en accusation pour corruption puis acquitté par le Sénat. Plus près de nous, en 2024, le secrétaire à la Sécurité intérieure de Joe Biden, Alejandro Mayorkas, avait été visé par une tentative d'"impeachment" en raison de sa politique migratoire à la frontière avec le Mexique. Le Sénat, alors à majorité démocrate, avait enterré la procédure sans aller jusqu'à l'ultime étape du vote.

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