La victoire du progressiste Abdul El-Sayed aux élections de mi-mandat, après une campagne marquée par ses critiques d'Israël, illustre l'érosion du soutien de l'opinion américaine à l'État hébreu depuis les guerres à Gaza et en Iran. Entre coût de la vie liées aux tensions au Moyen-Orient et aspirations isolationnistes à droite, l'alignement historique des États-Unis sur le gouvernement israélien vacille aussi.

Publié le : 05/11/2026 - 17:27Modifié le : 05/11/2026 - 17:37

En remportant l'élection dans le Michigan lors des midterms 2026, Abdul El-Sayed est devenu, mardi 3 novembre, le premier sénateur élu américain de confession musulmane, après une campagne durant laquelle les attaques sur sa religion ont été nombreuses. Issu de l'aile gauche du Parti démocrate, ce médecin de 42 ans, fils d'immigrés égyptiens, a avant tout fait campagne sur le coût de la vie et l'accès aux services publics. Pourtant, c'est sa foi et son opposition à la politique israélienne à Gaza qui l'ont placé sous le feu des projecteurs.

Sa victoire démontre que le soutien à Israel n'est plus une condition sine qua non pour être élu, quel que soit le côté de l'échiquier politique américain. Et qu'au-delà de l'enjeu idéologique, c'est l'impact économique direct des conflits au Moyen-Orient sur le quotidien des Américains qui a contribué à la vague bleue des élections de mi-mandat. Un résultat qui ébranle désormais ce dogme diplomatique qui prévalait côté démocrate et républicain.

"La victoire écrasante des démocrates et la défaite cuisante des républicains résument bien le prochain chapitre des relations entre les États-Unis et Israël ", affirme à Reuters Udi Sommer, professeur de sciences politiques à l'université de Tel-Aviv.

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"Nous voulons que nos impôts soient dépensés ici, pour nos écoles, notre système de santé et nos infrastructures. Nous ne voulons pas que notre argent serve à financer l’apartheid, le génocide ou la guerre", a affirmé dans son discours de victoire celui qui a notamment été accusé par les républicains – sans preuve – d'appartenir aux Frères musulmans. "Ils essaient de vous qualifier de haineux si vous pensez que les enfants palestiniens devraient pouvoir grandir sur la terre de leurs ancêtres sans être tués avec l’argent de nos impôts. Si vous croyez à l’égalité des droits, à la paix, à la dignité et à l’autodétermination, ce n’est pas de la haine. C’est de l’amour."

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Des défaites médiatiques pour l'Aipac

Le désormais sénateur s'est permis également une pique envers l'Aipac, l'American Israel Public Affairs Committee, le lobby pro-israélien des États-Unis. Ce dernier aura d'abord soutenu la candidature de la concurrente d'El-Sayed à la primaire, Haley Stevens, puis celle de son adversaire républicain, Mike Rogers, dépassant au total 42 millions de dollars de dépenses : "Merci de m'avoir donné l'occasion de vous battre deux fois."

Ce n'est pas la seule défaite pour l'Aipac et les partisans du soutien à Israël. En janvier prochain, la Chambre des représentants comptera, parmi ses nouveaux membres, des figures de cette contestation. À l'image du médecin militaire Adam Hamawy ou de l'élu Brad Lander, fermement opposés à la poursuite d'une aide militaire inconditionnelle, qui s'inscrivent, notamment, dans la lignée d'Alexandria Ocasio-Cortez ou d'Ilhan Omar.

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Malgré ces défaites ultra-médiatisées, l'Aipac s'est félicité des victoires de "234 de ses candidats" sur X, dont celle d'Hakeem Jeffries, probable futur Speaker de la Chambre des représentants, et de Chuck Schumer, pressenti pour diriger la majorité au Sénat. Selon le site de suivi des financements électoraux "Who Funds My Rep", l'Aipac enregistre en effet un taux de succès de 91 % dans les élections. Une donnée à nuancer toutefois, l'organisation soutenant de nombreux élus sortants et de favoris.

La guerre a conduit à l'inflation

Les premières enquêtes sorties des urnes notent que les électeurs n'ont pas transformé le scrutin en référendum contre la guerre à Gaza. En revanche, ils ont voulu sanctionner la guerre déclenchée le 28 février dernier contre l'Iran, aux côtés d'Israël, et l'interventionnisme américain au Moyen-Orient.

Et ce n'est pas la moralité de la guerre – ou non – qui est visée, mais ses conséquences : avec la fermeture du détroit d'Ormuz, les prix ont flambé aux États-Unis, particulièrement ceux du carburant.

"Nous voulons vraiment quelqu'un qui mette fin à la guerre, et que le prix de l'essence baisse", affirmait d'ailleurs Gharam, une barista du Michigan de 19 ans, rencontrée juste avant le scrutin. "Voilà pour qui nous allons voter : pour quiconque nous promet la fin de la guerre, des prix bas à la pompe. Une meilleure vie."

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JD Vance fait du soutien à Israël une raison de la défaite

Si la montée de la vague progressiste est indéniable au sein du tsunami bleu des midterms, le vent pourrait être en train de tourner côté républicain. En plein jour d'élection, Donald Trump a annoncé sa volonté de mettre fin à une aide annuelle de 3,8 milliards de dollars à la sécurité d'Israël, assurant qu'il n'en "avait plus besoin". Si le président américain assurait que la décision avait été prise en accord avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, ce choix a largement été critiqué de tous bords. Les soutiens à Israël y voyant une annonce "peu sérieuse", tandis que les opposants critiquaient un changement de cap opportuniste et électoral.

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Cependant, le président américain n'est pas le seul à amorcer un changement d'attitude. Au moment de lister les quatre priorités qui doivent animer les républicains après la défaite de son camp, JD Vance fait figurer nommément le lien avec Israël : "Mettre fin à la guerre en Iran, se concentrer sur le coût de la vie, faire passer l'Amérique avant tout et modifier nos relations avec Israël." Dans son viseur, un vrai retour à l'"America First".

"L’ancien consensus bipartisan sur Israël n’existe plus", juge Beth Miller dans le Guardian. Et avec la fin de ce consensus, la directrice politique de Jewish Voice for Peace Action juge que le prochain Congrès pourrait faire adopter un certain nombre de mesures, allant d’un embargo sur les armes à destination d’Israël à des sanctions contre les colons violents et les responsables politiques. Seul le veto présidentiel pourrait les bloquer.

"Nous parlons encore de scrutins locaux, mais ils révèlent une évolution préoccupante du paysage politique américain. La sanction contre Donald Trump est réelle, tout comme le changement de génération au sein du leadership politique. Cette transformation risque, à terme, d’éloigner davantage les États-Unis d’Israël", affirme Myriam Shermer, une journaliste spécialiste du système politique israélien sur i24NEWS. "Ces élections constituent un signal inquiétant à long terme, sans annoncer nécessairement un désengagement immédiat des États-Unis. Tout dépendra de l’arbitrage de Donald Trump entre les pressions politiques intérieures et son ambition de rester dans l’Histoire comme celui qui aura transformé le Moyen-Orient."

En Israël aussi, les lignes bougent

Cette érosion du consensus bipartisan à Washington vient fragiliser de plein fouet la stratégie de Benjamin Netanyahu, dont l'influence reposait en grande partie sur l'alignement sans faille des deux grands partis américains. En Israël, l'inquiétude est réelle. Sortant de sa propre séquence électorale, la coalition gouvernementale a perdu sa majorité à la Knesset. Cependant, le Premier ministre israélien n'a pas dit son dernier mot, les tractations étant en cours également dans l'opposition pour tenter de former une majorité.

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Dans ce contexte, Yaïr Golan, chef du parti de centre-gauche Les Démocrates (ancien Parti travailliste), a estimé, dans un message sur la plateforme X, que les résultats des élections aux États-Unis "révèlent à quel point Netanyahu est impopulaire tant chez les démocrates que chez les républicains".

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Le revers républicain montre qu'Israël "ne peut pas se permettre" que Benjamin Netanyahu reste au pouvoir, a renchéri le chef de file de l'opposition centriste, Yaïr Lapid. "Cela met en danger notre sécurité, cela compromet notre démocratie et cela ruinera notre image sur la scène internationale", a-t-il écrit ⁠dans un message publié sur les réseaux sociaux.

Contrairement aux ⁠précédents dirigeants israéliens, qui soignaient leurs relations avec les démocrates comme les républicains, Benjamin Netanyahu a mis en scène sa proximité avec Donald Trump, qui lui a en retour apporté son soutien pour les élections de fin octobre. Sans succès apparent pour les deux hommes.

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