Paris (France) (AFP) – Le grand public l'a découvert en robe grand siècle dans une parodie burlesque de Carla Bruni lors des Molières : Michel Fau, grand maître du travestissement au théâtre, campe une extravagante diva sur la scène des Bouffes-Parisiens, dans un exercice de déraison totale, pleinement assumé.

Publié le : 05/11/2026 - 19:34

"Dans le tragique comme dans le burlesque, l'artiste par définition, c'est la déraison. Quand le raisonnable commence à toucher les artistes, c'est embêtant !", confie à l'AFP Michel Fau.

Dans "Concert très chic" à Paris et l'an prochain dans les festivals, Michel Fau, qui signe aussi la mise en scène, interprète une Castafiore en fin de carrière après avoir brillé sur les plus grandes scènes du monde.

"J'aime bien les choses extravagantes. Je vois de plus en plus de spectacles un petit peu trop bien faits, pas très surprenants. J'aime bien quand ça frise avec le mauvais goût", ajoute le comédien de 61 ans qui a débuté dans la compagnie Les Baladins en Agenais de Roger Louret.

Dans la pièce, fatiguée et au vibrato chancelant, la diva, dans ses plus beaux atours, donne son dernier récital au côté d'un vrai ténor, Philippe Talbot, et du pianiste Martin Surot qui tentent de sauver les apparences. On rit beaucoup, sans toutefois se moquer de cette cantatrice décadente, à laquelle on finit par s'attacher.

"Elle n'est pas dupe de la catastrophe. C'est une parodie d'un monstre sacré avec tous les clichés", raconte Michel Fau qui consacre deux heures à sa transformation avant chaque représentation. "Ce qui est formidable avec la perruque, le maquillage et le corset, c'est que je ne me reconnais pas, c'est comme un masque", confie-t-il.

Il y a une quinzaine d'années, Michel Fau s'était déjà prêté à l'exercice dans "L'Impardonnable revue" et "Récital emphatique" au Théâtre du Rond-Point et aux Bouffes du Nord. Le metteur en scène Olivier Py l'a également régulièrement distribué dans des rôles féminins.

"Le travestissement est très important pour moi. Ça fait partie de l'histoire du théâtre. Beaucoup d'hommes ont joué des rôles de femmes dans Shakespeare ou Molière", observe Michel Fau.

"Jouer cette diva permet aussi d'aborder l'absurdité de ce métier : pourquoi s'évertuer jusqu'au bout à essayer de chanter une note difficile à atteindre ? C'est un peu dérisoire...", estime-t-il.

Passant allègrement du "Soulier de satin" de Claudel au Boulevard le plus débridé, le comédien a remonté ces dernières années "Le Vison voyageur" ou encore "La Jalousie" de Guitry qu'il va reprendre bientôt pour le centenaire du Théâtre de la Michodière, avant une tournée en 2027.

L'an dernier, Michel Fau a mis en scène "L'Enlèvement au sérail" de Mozart à l'Opéra de Versailles. En janvier, il montera "Lohengrin" de Wagner à l’Opéra de Toulouse.

© 2026 AFP

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