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Publié le : 21/02/2026 - 06:40
Quatre ans après l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, les drones ont transformé le champ de bataille. Mais ils ont également amené la guerre jusqu'aux portes de chaque foyer ukrainien. Qu’il s’agisse de petits drones appelés FPV ou des drones Shahed à longue portée, ces engins sont employés afin de terroriser les civils. Dans un reportage spécial en collaboration avec RFI Ukraine, nos Observateurs racontent leur réalité quotidienne.
Dans le sud de l'Ukraine, sur les rives du fleuve Dniepr, en face de l'armée russe, la ville de Kherson est devenue un terrain de chasse pour ce que les habitants appellent un "safari humain". Les forces russes utilisent des drones pour cibler les civils – qu'ils soient à pied, en voiture, ou même à vélo. Les drones FPV, pour "first-person view" (vue à la première personne), permettent aux opérateurs de voir en temps réel ce que le drone filme.
"Tout le monde a entendu le bruit d'un drone"
Pour les habitants de Kherson, ces drones sont devenus une menace quotidienne. Notre observatrice Alla, qui vit dans la ville, nous a confié :
"Tout le monde a déjà entendu le bruit d’un drone. Lorsqu'ils entendent le bruit d’un drone, les enfants de tous âges pointent le doigt vers le ciel et disent ‘Drone ! Drone !’ On recommande de conduire avec les fenêtres ouvertes dans les zones dangereuses, car on ne peut pas entendre le bruit du drone dans une voiture fermée. Personne ne vous préviendra en cas d’attaque. Chacun se fie donc à son ouïe. Quand il y a le bruit d’un sifflement, cela signifie qu'on a trois secondes pour se cacher quelque part."
Le danger ne se limite pas à la ville. Nous avons échangé avec un fermier de la région de Kherson :
"C’est très difficile. Je vois des attaques de drone tout le temps. On l’a particulièrement ressenti cette année, car il y en a eu plus de frappes que jamais. Il y a eu beaucoup de feux causés par des attaques de drones. Un drone entre, tombe dans le champ et le blé brûle. C’est très imprévisible. Ce n’est pas comme une attaque de missile pour laquelle on nous prévient à l’avance."
Crimes de guerre et crimes contre l’humanité
Selon la mission de surveillance des droits de l’homme des Nations unies en Ukraine (HRMMU), au moins 577 civils ont été tués par des drones à courte portée en Ukraine en 2025, et plus de 3 000 ont été blessés. Près de 95 % des victimes civiles ont été recensées dans des territoires contrôlés par le gouvernement ukrainien.
Dans un rapport publié en octobre 2025 et consacré aux régions de Dnipropetrovsk, Kherson et Mykolaïv, la Commission d'enquête des Nations unies sur l’Ukraine a estimé que "les attaques de drones à courte portée des forces armées russes […] constituent un crime contre l’humanité […] ainsi que des crimes de guerre".
"La plupart des frappes ont lieu quand les gens dorment paisiblement"
Les drones FPV ne sont pas les seuls dans l’arsenal russe. Pour frapper les villes situées à l’arrière du front, la Russie utilise également des drones plus grands, plus rapides et bien plus puissants : les Shahed. Le but de cet engin d’une portée de 1 800 kilomètres est de harceler la population civile.
Moins coûteux que les missiles, ces drones Shahed sont produits en très grand nombre. Chaque nuit, des dizaines d’entre eux s’abattent sur les villes ukrainiennes.
Maryna Averina, porte-parole du Service d’urgence de l’État ukrainien dans la région d’Odessa, explique :
"Cela commence le soir. Parfois, dès 20 ou 21 heures, les sirènes retentissent et les drones frappent. Mais d’après notre expérience et nos statistiques, le pic se situe vers 2, 3 ou 4 heures du matin. C’est à ce moment-là qu’il y a le plus de frappes, lorsque les gens dorment paisiblement."
"Le drone nous suivait"
Depuis la fermeture de l’espace aérien ukrainien aux vols de passagers en 2022, le réseau ferroviaire du pays est devenu un service essentiel — mais aussi une cible majeure des attaques russes par drones.
Le 27 janvier 2026, trois drones de type Shahed ont visé un train de passagers dans la région de Kharkiv. Anatoli Tymotsko était chef de train lorsque l’attaque s’est produite :
"Je me souviens de tout. Les conducteurs ont arrêté le train en déclenchant le freinage d’urgence parce qu’un drone a frappé devant la locomotive. Cela l’a immobilisé. Je suis sorti vers la porte du vestibule et j’ai entendu un bruit de mobylette — c’est le son du drone Shahed. Quand je me suis penché, je l’ai vu arriver depuis l’arrière du train. Il fonçait vers nous. Il nous suivait. L’évacuation des passagers a été ordonnée. Malheureusement, il a frappé le 16e wagon. Ce n’était pas un hasard. Ils ont délibérément dirigé la frappe à cet endroit."
Selon le parquet local, six personnes ont été tuées dans cette attaque.
La HRMMU a recensé 684 civils tués en 2025 dans les territoires contrôlés par l’Ukraine par des armes à longue portée (missiles et drones longue portée). Plus de 4 000 personnes ont été blessées. Cela représente 35 % des victimes civiles en Ukraine cette année-là.
L’année 2025 a été la plus meurtrière pour les civils en Ukraine depuis 2022.
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Ce reportage a été réalisé en collaboration avec RFI Ukraine.
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