Buenos Aires (Argentine) (AFP) – Nul ne sait s'il honore une promesse faite à François. Mais la visite en Argentine de Léon XIV y ravivera un regret: n'avoir jamais vu son prédécesseur, le pape argentin, revenir dans son pays en 12 ans de pontificat. Possiblement à cause de l'enfiévrée politique locale.

Publié le : 04/11/2026 - 08:53

Un an et demi après sa mort, François continue d'accueillir, d'une certaine façon, le flux nourri de visiteurs dans "sa" cathédrale de Buenos Aires, où il fut archevêque pendant 15 ans.

Une fois passé le portique néoclassique, dans le vestibule, un écran diffuse en permanence un clip de Jorge Bergoglio. En prêtre, en évêque, en archevêque, en plein sermon, lavant des pieds, ou micro en main lancé en un discours à fibre sociale dont il était coutumier.

Mais François, pape chéri de Buenos Aires, de son quartier de Florès, des "villas" (bidonvilles), n'est jamais revenu en Argentine, depuis ce jour de février 2013 où il partit pour le conclave à Rome, avec une valise pour, pensait-il, une semaine.

Et plus d'un dans son pays pense que les Argentins eux-mêmes sont un peu à blâmer pour ce non-retour.

"Il n'a pas pu, ou pas voulu venir. Je crois, pour éviter certains antagonismes qui existent dans ce pays", médite auprès de l'AFP Ruben Lozano, 73 ans, venu à la capitale pour une formalité et passé "saluer" la cathédrale.

"Pour ne pas créer la division, il a choisi de se dire: bon, je n'irai pas en Argentine pour le moment, et tout restera en paix, d'une certaine façon", regrette le retraité, triste de ce rendez-vous manqué. "Car un pape argentin, c'était important..."

- La faute aux Argentins ?

Successeur de Jorge Bergoglio à la cathédrale, Mgr José Garcia Cuerva, a lui aussi suggéré il y a quelques mois comme une "dette" des Argentins envers l'ancien pape: le regret, en tant que société, de "ne pas avoir laissé Bergoglio être François".

"Nous l'avons mêlé à nos querelles internes, d'un côté ou de l'autre de la polarisation (politique). Et comme nous nous croyons les plus importants au monde, nous pensions que tout ce qu'il disait était en lien avec nous", regrettait-il

Juan Grabois, avocat député- de gauche actif dans l'économie sociale, n'est pas de cet avis, lui qui était proche de François, lequel le nomma conseiller au Dicastère du Vatican pour le développement humain intégral.

"J'ai beaucoup parlé avec lui. Je ne crois pas que ce soit lié", disait-il récemment au journal La Nacion, en référence à un évitement par François d'un retour qui eût été instrumentalisé politiquement. "François n'avait pas peur des contradictions; il travaillait avec elles".

François lui-même a assumé, dans un livre d'entretiens en 2023, "faire de la politique". "Quand on lit ce que Jésus disait, on voit bien qu'il faisait de la politique", disait-il.

Mais pas de la "politique partisane". Celui qui plusieurs fois a dû se défendre d'une allégeance péroniste (centre gauche) concédait que "parfois, la visite d'un pape peut être utilisée".

Léon pour consoler

Mgr Garcia Cuerva a pris soin ces derniers mois d'immuniser par avance la visite de Léon XIV, "étranger à la politique argentine". Mais dont les thèmes "vont nous interpeler tous (...) qu'on les appelle bien commun, destination universelle des biens, ou justice sociale".

Notions qui résonnent, dans une Argentine en souffrance face à l'austérité ultralibérale sous Javier Milei depuis trois ans.

Bien sûr, pour les Argentins, Léon n'est pas leur François, immortalisé sur maintes fresques murales - parfois au côté des "dieux" Maradona et Messi.

Ce pape que Sol Burgos, étudiante de 23 ans, se souvient avoir pleuré à sa mort. "A la messe, tout le monde pleurait, le curé aussi".

Mais Léon l'Américain "Dieu merci a lui aussi une connexion avec l'Amérique latine, il a longtemps été au Pérou", se réjouit-elle, interrogée par l'AFP. Et bien entendu elle ira le voir, avec sa mère et son frère, dans sa ville de Córdoba (centre-nord) où il célèbrera une messe le 10 novembre.

Ruben Lozano lui aussi, voit dans le pape Léon "une sorte de continuateur, disons, de l'empreinte que François a donné au Vatican, à toute l'Église (...) un peu comme s'il suivait son chemin".

Symboliquement, Léon XIV se rendra lors de sa visite "chez" François à la cathédrale, lundi, pour y présider les Vêpres. Hommage posthume, accomplissement d'une promesse ? A moins qu'il ne s'agisse d'une consolation.

"Perdre son pape a fait beaucoup de peine à l'Argentine, alors peut-être vient-il pour se reconnecter avec nous", veut croire Sol.

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