Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé mercredi qu'il existait "de graves soupçons" d’ingérence étrangère dans les élections législatives israéliennes. De son côté, la Liste unifiée, principal parti arabe israélien, a dénoncé une "persécution politique", après des accusations relayées par le camp de Benjamin Netanyahu affirmant que l'un de ses piliers, Ayman Odeh, était soupçonné de fraude aux législatives.
Publié le : 04/11/2026 - 22:56
L'allocution vidéo se voulait solennelle. Devant un drapeau israélien, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a assuré mercredi 4 novembre qu'il "existait de graves soupçons selon lesquels des États étrangers auraient engagé des sommes considérables pour influencer les résultats des élections" du 27 octobre.
Si Benjamin Netanyahu a relayé ces derniers jours sur les réseaux sociaux ces allégations d'ingérence portées par son camp, et non étayées à ce stade, c'est la première fois qu'il le fait en son nom, et en sa qualité de Premier ministre.
L'opposition accuse le chef du gouvernement sortant de mettre ainsi en doute la validité du scrutin dans une tentative de s'accrocher au pouvoir.
Les élections n'ont pas dégagé de majorité, ni pour le camp de Benjamin Netanyahu, qui a récolté 53 sièges, ni pour le bloc principal de l'opposition mené par le centriste Gadi Eisenkot, qui en a 48. Il faut un minimum de 61 députés pour contrôler la Knesset, le Parlement israélien.
Benjamin Netanyahu s'est exprimé après que le président, Isaac Herzog, a entamé dans la soirée les consultations officielles avec les différentes forces politiques en vue de choisir un candidat chargé de former le prochain gouvernement. Le rôle des partis arabes israéliens sera central : leurs 19 sièges permettraient à Gadi Eisenkot d'obtenir une majorité confortable à la Knesset.
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Mais son bloc s'est jusque-là refusé à toute alliance formelle : dans une société traumatisée par l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, travailler avec les Palestiniens d'Israël, comme sont aussi désignés les Arabes israéliens représentant environ 20 % de la population, risque de braquer une partie de l'électorat juif.
Malgré l'absence d'alliance formelle à ce stade, la liste arabe Raam, forte de huit sièges, a d'ores et déjà annoncé mercredi qu'elle recommanderait Gadi Eisenkot au poste de Premier ministre, lorsqu'elle sera reçue par Isaac Herzog jeudi.
"Persécution politique"
Ces tractations, déjà difficiles en raison du paysage politique fracturé, sont encore compliquées par les attaques du camp de Benjamin Netanyahu à l'encontre des partis arabes, qu'il accuse d'avoir acheté des voix avec de l'argent du Qatar.
Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, a encore appelé mercredi le Renseignement intérieur (Shin Bet) à "arrêter tous les dirigeants des partis politiques arabes" pour les interroger "dans leurs sous-sols".
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Aucune preuve n'a été présentée à ce stade et Benjamin Netanyahu n'a pas détaillé ces allégations dans son allocution mercredi. Les partis arabes et le Qatar ont rejeté ces accusations.
Le Shin Bet, qui a ouvert une enquête sur ces accusations, se concentre notamment, selon des médias, sur Ayman Odeh, un responsable de la Liste unifiée, principale formation arabe, qu'il soupçonne d'avoir reçu d'importantes sommes de l'étranger. Son parti a dénoncé mercredi une "persécution politique".
Le président de la Commission électorale, le juge Noam Sohlberg, a lui dénoncé mercredi le "danger réel" que créent ceux qui cherchent à "mettre en doute les résultats des élections".
La Commission électorale avait annoncé plus tôt avoir procédé à des vérifications poussées qui n'ont révélé "aucune irrégularité ou preuve indiquant que l'intégrité des élections a été compromise ou que les résultats ont été altérés".
Isaac Herzog, lui, a condamné "les comportements grossiers et les propos racistes" visant la minorité arabe israélienne.
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Un journaliste arabe israélien arrêté
Un journaliste arabe israélien et militant politique a par ailleurs été arrêté mardi soir, à cause d'une interview menée avant les élections, et se trouve toujours en détention, selon l'ONG israélienne qui le défend.
Abed Abu Shehadeh a été arrêté chez lui "par une quinzaine de policiers", a indiqué l'organisation de défense des droits humains Adalah.
Il a été présenté à un juge mercredi après-midi, et est soupçonné d'être entré "en contact avec un agent étranger" et d'autres infractions "secrètes", d'après un journaliste de l'AFP présent au tribunal. Sa détention a été prolongée jusqu'à dimanche, selon Adalah.
D'après l'ONG, les autorités lui reprochent une interview qu'il a menée au Qatar avec un ancien député arabe israélien, Azmi Bishara, quelques jours avant les législatives israéliennes.
Azmi Bishara a fui Israël en 2007, sur fond d'accusations de liens avec le Hezbollah libanais – qu'il a démenties. Exilé au Qatar, il est devenu un intellectuel de premier plan dans le Golfe, très présent dans les médias proqataris de la région.
L'interrogatoire et la détention d'Abed Abu Shehadeh "ne sont liés qu'à une interview. Ce n'est pas une enquête, mais une campagne pour faire taire les journalistes palestiniens et les activistes politiques", s'est insurgée Adalah.
Cette succession d'évènements est un "signal d'alarme" et une "menace pour la démocratie", a réagi mercredi l'opposant Yaïr Golan, chef de la gauche. "Netanyahu a perdu les élections, mais refuse de reconnaître sa défaite et cherche à mener un coup de force pour s'emparer du pouvoir", a-t-il ajouté.
Avec AFP
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