Brive-la-Gaillarde (AFP) – Le monde du livre place tous ses espoirs sur Noël, période clé pour les ventes, après une rentrée littéraire secouée par les difficultés des librairies, l'offensive de l'IA et des controverses sur les grands prix littéraires.

Publié le : 07/11/2026 - 16:56

"Il ne faut pas se mentir, les temps sont difficiles", a résumé un éditeur présent ce week-end à la Foire du livre de Brive-la-Gaillarde, qui marque traditionnellement la fin de la rentrée littéraire.

Très couru, ce grand salon d'automne attire des milliers de visiteurs qui n'hésitent pas à patienter longtemps pour obtenir la dédicace d'un des nombreux écrivains descendus en Corrèze par un train spécial.

"Les livres, c'est le meilleur moyen de s'évader, et on en a grand besoin quand l'actualité est sombre", témoigne Jeanne-Marie Perrin, 67 ans, après avoir acheté trois romans, dont deux qu'elle compte offrir à Noël.

Les ventes se concentrent de plus en plus sur la fin de l'année, le livre représentant l'un des cadeaux préférés des Français.

"Les prochaines semaines seront cruciales pour sauver, ou pas, une année qui est jusqu'à présent morose, voire mauvaise pour certains d'entre nous", souligne un éditeur ayant demandé à garder l'anonymat.

Et de souligner que la baisse des ventes de certains ouvrages atteignait parfois 20 à 30 % par rapport aux années post-Covid, particulièrement bonnes pour le secteur.

Cette "grande fébrilité économique" contribue à "crisper les esprits", constate un autre professionnel, citant pour exemple les critiques exprimées en privé sur les grands prix littéraires annoncés ces derniers jours.

Quatre des cinq principaux prix - Goncourt, Femina, Medicis et Renaudot - ont été attribués à des maisons d'édition appartenant à Madrigall, le quatrième acteur du secteur, qui contrôle notamment Gallimard, Flammarion, Minuit ou P.O.L.

"Comme les prix sont très prescripteurs, cela leur donne l'assurance d'augmenter leurs ventes dans les prochaines semaines, un coup de pouce dont les autres ne vont pas bénéficier", regrette le directeur commercial d'une maison d'édition indépendante.

Le patron de Madrigall, Antoine Gallimard, rejette tout favoritisme. "Le mérite des prix en revient à chaque maison, comme Gallimard ou Flammarion, qui ont fait des choix originaux et très forts ayant plu aux jurys", a-t-il indiqué à l'AFP cette semaine.

Choc de l'IA

Les prix ont également provoqué le dépit de plus de 200 écrivaines, dont Annie Ernaux, Virginie Despentes et Anne Godard, qui ont dénoncé "le sexisme" des cinq principales récompenses, toutes attribuées à des hommes.

"Le vieux système de l'entre-soi patriarcal fonctionne à plein", ont-elles dénoncé dans une tribune.

Le président du Goncourt, l'écrivain Philippe Claudel, a assuré que le jury - dont quatre membres sur dix sont des femmes - choisissait le lauréat "indépendamment du genre des autrices et auteurs".

Au delà de ces débats, dont le monde intellectuel est coutumier, le secteur de l'édition a surtout été frappé par le choc de l'affaire Thélyson Orélien, cet auteur canado-haïtien accusé d'avoir eu recours à l'intelligence artificielle pour écrire "C'était ça ou mourir", l'un des romans phares de la rentrée.

Face à l'urgence, les maisons d'édition ont réagi différemment. Gallimard a décidé de passer toutes ses futures publications au détecteur d'IA tandis que les Editions de l'Observatoire veulent rassurer les lecteurs en leur garantissant des livres "100% humains".

Ne croyant pas aux labels, Anne-Sylvie Bameule, présidente du directoire d’Actes Sud, préfère que cette confiance repose sur "la qualité du travail" de l'éditeur, qui "doit s'assurer que l'auteur a respecté honnêtement les règles" édictées par la maison d'édition.

Parallèlement, le secteur du livre cherche le moyen de mettre fin au "pillage total, délibéré et permanent" par les sociétés d'IA de "tout ce qui a été écrit depuis que l'édition existe", selon Renaud Lefebvre, directeur général du Syndicat de l'édition (SNE), qui regroupe la grande majorité des maisons d'édition.

A la suite du SNE, qui a lancé une action en justice contre le géant Meta, une dizaine d'éditeurs indépendants ont décidé cette semaine d'agir "en commun" afin d'obtenir de la part des sociétés d'IA des réparations pour avoir utilisé sans leur autorisation des ouvrages écrits par leurs auteurs.

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