Paris (France) (AFP) – Le gouvernement français a maintenu mercredi ses prévisions de croissance et de déficit pour cette année malgré les mauvaises nouvelles pour l'économie, suscitant des interrogations sur un objectif jugé "difficilement atteignable" par le Haut Conseil des finances publiques.
Publié le : 04/11/2026 - 17:11
Les ministres de l’Économie Roland Lescure et des Comptes publics David Amiel ont présenté mercredi le projet de loi de finances de fin de gestion (PLFG) pour 2026 en conseil des ministres puis devant les commissions des Finances de l'Assemblée nationale et du Sénat. Ce texte, qui ajuste les finances de l'année en cours, doit ensuite être adopté par le Parlement pour entrer en vigueur.
Il maintient "inchangé" le scénario économique du gouvernement pour 2026, qui prévoit une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 0,5 % et un déficit public à 5,4 %. Un scénario établi cependant "avant la publication par l'Insee le 30 octobre du chiffre de croissance pour le troisième trimestre", précise-t-il.
L'Institut national de la statistique a fait état d'un nouveau recul du PIB de 0,1 % au troisième trimestre, après déjà une baisse de 0,2 % au premier trimestre et une stagnation au deuxième, faisant dire à Roland Lescure que "l'économie française est à l'arrêt".
+0,3 % "plus vraisemblable"
Dans un avis sur le PLFG rend public mercredi, le Haut Conseil des finances publiques (HCFP), organisme budgétaire indépendant rattaché à la Cour des comptes, a jugé l'objectif de croissance de 0,5 % "difficilement atteignable", et une prévision de 0,3% "plus vraisemblable".
Il a souligné que la prévision du gouvernement "excédait déjà, à la mi-octobre, celle de la plupart des prévisionnistes". L'Insee et la Banque de France tablent quant à eux sur 0,4 %. Le gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin a estimé mardi que cette prévision était même "un peu optimiste" et serait révisée mi-décembre.
De même, la prévision de déficit du gouvernement pour 2026 est "fragilisée par les évolutions récentes et les dernières informations", juge le HCFP. Il estime que, rien qu'en prenant en compte la hausse prévisible de la charge des intérêts de la dette, la prévision passerait "mécaniquement à 5,5 points de PIB".
"Il n'y a rien aujourd'hui, compte tenu de toutes les remontées qu'on a, qui nous conduise à revoir dans un sens ou dans l'autre notre estimation de déficit de 5,4 %", a cependant considéré Roland Lescure à l'Assemblée. Il avait néanmoins estimé mercredi matin sur BFMTV que la croissance pour 2026 serait "entre 0,3 % et 0,5 %".
Le rapporteur général du Budget à l'Assemblée Philippe Juvin a de son côté jugé "préoccupants" le projet de loi de finances de fin de gestion et l'avis du HCFP.
17 millions pour la jeunesse
Ce texte est en outre présenté alors que les députés s’apprêtent à rejeter le projet de budget de l'État pour 2027, considéré lui aussi par beaucoup comme bâti sur des hypothèses trop optimistes.
Dans un rapport sur ce texte, publié mercredi, la rapporteuse générale du Budget au Sénat Christine Lavarde estime que "la croissance pourrait, en 2026, être significativement inférieure à la prévision gouvernementale de 0,5 %". Elle juge aussi "trop optimiste" et "réellement imprudent" l'objectif de croissance de 1 % pour 2027.
Le PLFG contient par ailleurs plusieurs mesures pour répondre aux urgences de la fin de l'année. Certaines s'attaquent aux conséquences des épisodes de sécheresse et de feux de forêt de l'été afin de "renforcer les moyens de la sécurité civile", ou ouvrent des financements consacrés à la généralisation du repas repas à un euro dans les restaurants universitaires.
Il prévoit ainsi le recrutement de 276 postes, pour l'essentiel au bénéfice du réseau des œuvres universitaires et scolaires, avec 185 équivalents temps plein en plus pour le réseau des Crous.
Il comprend en outre 17 millions d'euros d'ouvertures de crédits pour l'enseignement du second degré suite aux mobilisations lycéennes, "une traduction concrète des engagements du gouvernement en faveur de la jeunesse", selon David Amiel, via notamment le recrutement annoncé de 920 enseignants contractuels remplaçants.
Le texte prévoit au total d'ouvrir de nouveaux crédits pour 3,7 milliards d'euros, compensés par des annulations à hauteur de 3,8 milliards d'euros.
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