Après que le président américain a ordonné, le 3 janvier, un raid au Vénézuéla, sans consulter ni informer en amont le Congrès américain, qui a en principe la main en matière de conflits armés à l’étranger, les élus américains redoutent de ne pas avoir leur mot à dire sur une éventuelle opération militaire contre l'Iran.

Publié le : 20/02/2026 - 19:38Modifié le : 21/02/2026 - 10:14

Les parlementaires américains attendent fébrilement le prochain coup de leur président. Donald Trump s’est donné "dix jours", jeudi, pour décider si un accord avec l'Iran est possible.

Après que le locataire de la Maison Blanche a ordonné l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro, le 3 janvier, sans consulter ni informer en amont le Congrès américain, qui a en principe la main en matière de conflits armés à l’étranger, les élus américains se plaignent que l’administration Trump les laisse une fois de plus "dans le noir". "J’aimerais pouvoir dire que j’ai été briefé, mais je ne suis au courant de rien ! Si ne pas informer les leaders du Congrès est une stratégie, c'est une erreur", a déploré, le 19 février, Mark Warner, vice-président de la commission sénatoriale du Renseignement.

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Les sénateurs américains les plus interventionnistes ont, pour leur part, beau jeu d’affirmer qu’ils ont l’oreille du président, ils ne sont pas mieux informés. Ainsi, le sénateur républicain du Texas, Ted Cruz, s'est-il targué sur Fox News, le 18 février, d’avoir exhorté l’avant-veille le président des États-Unis "à ne pas laisser passer cette occasion". "L’Ayatollah scande régulièrement 'Mort à l'Amérique'. Voir le régime des mollahs renversé serait une avancée considérable pour le peuple iranien, pour le Moyen-Orient, et surtout une amélioration considérable pour la sécurité nationale des États-Unis", a-t-il ajouté.

Des déclarations belliqueuses auxquelles ont fait écho les propos du sénateur républicain Lindsey Graham, connu pour être un faucon. "C’est le moment de faire un choix. Je choisis le peuple iranien plutôt que l'ayatollah meurtrier. Il est temps pour lui de partir", a affirmé le sénateur de Caroline du Sud, pour qui ce n’est toutefois pas aux États-Unis de "reconstruire l’Iran". "C’est mon travail de leur donner l'opportunité de construire un nouvel Iran", a-t-il également déclaré.

"Le Congrès doit se prononcer sur la guerre"

Ce coup de tocsin des néoconservateurs ne saurait toutefois cacher le malaise qui règne parmi les élus démocrates, mais également républicains. Deux représentants, le démocrate californien Ro Khanna et le républicain du Kentucky Thomas Massie, ont exprimé conjointement leur opposition à toute action militaire contre l'Iran.

Le 19 février, ils ont annoncé qu'ils tenteraient d'imposer un vote la semaine prochaine sur une résolution exigeant l'autorisation du Congrès avant que les États-Unis puissent intervenir contre l'Iran. "Le Congrès doit se prononcer sur la guerre conformément à notre Constitution. Le représentant Ro Khanna et moi-même allons faire en sorte que ce vote ait lieu à la Chambre dès que possible", a déclaré Thomas Massie sur X. "Je voterai pour donner la priorité à l'Amérique, ce qui signifie voter contre une nouvelle guerre au Moyen-Orient."

Si le vote de cette résolution visant à restreindre les pouvoirs du président devrait être serré, il a toutefois peu de chances d’obtenir la majorité. Alors que les 214 élus démocrates devraient adopter cette résolution symbolique, aucun des 218 élus républicains de la Chambre n'a déclaré son intention de la soutenir, à l'exception de Thomas Massie. Le représentant républicain du Nebraska Don Bacon, a déclaré qu'il comptait voter contre ce texte, lui qui avait pourtant soutenu une résolution visant à interdire au président d'utiliser l'armée américaine au Venezuela, rejetée de peu par la Chambre, le 22 janvier.

De fait, les élus républicains défendant une ligne isolationniste, opposée à toute intervention extérieure, se font discrets. Si pendant la guerre des douze jours, entre Israël et l’Iran du 13 au 24 juin 2025, le représentant républicain du Tennessee Tim Burchett avait osé déclarer que "les républicains qui poussent au conflit avec l'Iran sont des 'proxénètes de la guerre'", il est resté silencieux depuis. Idem pour Josh Hawley, sénateur républicain du Missouri, fervent soutien d’Israël, qui avait affirmé : "Je ne veux pas que nous entrions en guerre. Je ne veux pas d'une autre guerre au Moyen-Orient."

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Menaces de mort contre les opposants à la guerre

Les rares élus qui se sont élevés contre le cavalier seul de la Maison Blanche s’exposent à des représailles, voire à des menaces de mort. Ancien pilote d’avion d’attaque de la Navy, puis astronaute, le sénateur démocrate de l’Arizona Mark Kelly a exhorté dans une vidéo publiée en novembre 2025, les militaires américains à refuser les ordres illégaux. Après que Donald Trump a dénoncé un "comportement séditieux, passible de la peine de mort", l’élu a dû saisir la justice américaine pour empêcher le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, de réduire son grade militaire et sa pension de sénateur. Après avoir obtenu gain de cause le 12 février, le sénateur démocrate a aussitôt prévenu que "le recours à la force contre l'Iran aurait des conséquences négatives", critiquant au passage Donald Trump, "un type", selon lui, "incapable de s’entourer des bonnes personnes, d’obtenir les bonnes informations et de prendre des décisions éclairées sur quoi que ce soit".

D’après Jamie Raskin, leader démocrate de la commission judiciaire de la Chambre des représentants, les options dont dispose son groupe parlementaire pour contrer Trump sont limitées : "Nous faisons tout notre possible pour tenir bon au sein des commissions et sous-commissions et à la Chambre, mais le fait d'être minoritaires nous laisse évidemment moins d'outils législatifs que nous le souhaiterions", souligne-t-il, ajoutant que le groupe parlementaire démocrate s’est joint à des dizaines de poursuites judiciaires contre l'administration. Le représentant démocrate américain s’inquiète surtout qu’"une fois les pouvoirs législatifs dissous, il sera très difficile de maîtriser à nouveau les pouvoirs présidentiels devenus incontrôlables".

Le pouvoir législatif désarmé

Alors que Donald Trump ne cache pas son dédain pour le Congrès, qui a tendance, selon lui, "à faire fuiter les choses", se pose la question de savoir si le principal organe législatif du pays constitue encore un contre-pouvoir. "Ce que nous avons observé au cours de l'année écoulée représente une véritable escalade de la part du pouvoir exécutif dans son ingérence dans des domaines qui relèvent historiquement des compétences du Congrès", décrypte Molly Reynolds, directrice des études sur la gouvernance à la Brookings Institution, un think tank non partisan. La politologue constate que Trump s'en est pris au pouvoir législatif, cherchant à retirer aux législateurs leurs pouvoirs en matière de contrôle des dépenses, des agences et de déclaration de guerre, pour se les approprier.

Pour preuve, les interventions militaires américaines menées dans sept pays en 2025 au Venezuela, au Nigéria, en Somalie, au Yémen, en Syrie, en Irak et en Iran ont été menées, pour la plupart, sans l’aval du Congrès. Condamnés à assister en spectateurs au raid sur le Vénézuela début janvier, les parlementaires américains s’attendent d’ores et déjà à être tenus dans l'ignorance en cas d’intervention en Iran.

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