Lyon (AFP) – La justice a autorisé vendredi in extremis la tenue près de Lyon d'une conférence du député LFI Raphaël Arnault, que la préfecture avait interdite la veille par peur d'affrontements entre ses partisans et des membres d'extrême droite.

Publié le : 06/11/2026 - 19:30

Prenant acte du risque de "confrontation entre militants", le tribunal administratif de Lyon a en revanche maintenu l'interdiction de tout rassemblement à proximité du bar de Villeurbanne où il s'exprimera à partir de 19H00, en présence de la députée insoumise du Rhône Anaïs Belouassa-Cherifi.

Dans sa décision consultée par l'AFP, le tribunal estime que l'interdiction de la conférence aurait "privé deux parlementaires de leur liberté d'expression", ce qui n'est "pas nécessaire au maintien de l'ordre public".

Le préfet du Rhône Etienne Guyot avait interdit jeudi soir la conférence, alors que des militants d'extrême droite appelaient à manifester contre Raphaël Arnault, dont des proches sont mis en examen dans l'enquête sur la mort du militant d'extrême droite radicale Quentin Deranque en février à Lyon.

Dans un message à la presse, la préfecture a pris acte de la décision du tribunal et annoncé qu'"un dispositif de sécurité le plus adapté possible à la menace serait déployé".

Sur X, Raphaël Arnault a salué une "victoire dans le temps additionnel", tout en appelant le public de sa conférence à "la vigilance". "Les fascistes menacent... ne restez pas seuls, ne cédez surtout pas aux provocations et pensez à filmer", écrit-il.

Le député du Vaucluse est en tournée pour présenter son livre "Antifasciste". Initialement programmée ce jeudi à Lyon, la réunion avait été annulée par la mairie de secteur dont dépendait la salle de conférence, pour des raisons de "sécurité", les forces de l'ordre étant déployées ce jour-là sur la mobilisation intersyndicale.

"Prétexte"

Lors de l'audience en référé vendredi après-midi, les conseils des deux députés, Me Chirinne Ardakani et Louis Pierot, ont dénoncé un arrêté préfectoral portant atteinte aux libertés de réunion et d'expression.

"Je demande au tribunal de tenir les libertés fondamentales qui sont essentielles", a lancé Me Ardakani. "C'est à l'Etat de garantir cette expression du citoyen".

La préfecture a défendu "une mesure de conciliation des libertés dans un contexte particulier". "Ce qui est mis en cause, ce n'est pas le contenu de la conférence", a expliqué le représentant de l'Etat, "c'est bien le risque de trouble à l'ordre public".

Il a souligné que "la configuration de l'événement constitue exactement les mêmes circonstances que celles qui ont entraîné la mort de Quentin Deranque": non pas la simple présence de parlementaires LFI, mais "le prétexte à l'antagonisme entre deux mouvances violentes".

Le militant de 23 ans a été battu à mort après une bagarre entre militants d'ultragauche et d'ultradroite le 14 février en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon.

Quatorze personnes ont été mises en examen pour meurtre ou complicité dans cette affaire, dont un attaché parlementaire de Raphaël Arnault et un ancien stagiaire. Certains des suspects appartenaient à la Jeune Garde, mouvement antifasciste aujourd'hui dissous, cofondé par M. Arnault.

Le député a été entendu le 29 octobre dans les locaux de la sous-direction antiterroriste (Sdat) en audition libre, dans le cadre de cette enquête.

"Raphaël Arnault n'a aucune forme de responsabilité avec les faits, pour tragiques qu'ils soient, du 12 février 2026", a rappelé Me Ardakani à la sortie du tribunal. "Il est député de la nation. Il n'a pas à se défendre d'accusations pour lesquelles il n'est même pas aujourd'hui mis en cause dans le cadre de cette information judiciaire".

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