Sans répondre à aucun code, mais en imposant les siens, la chanteuse franco-congolaise Theodora, 22 ans, est devenue en un temps record une figure musicale incontournable. Elle rafle, samedi, quatre trophées aux Victoire de la musique.
Publié le : 14/02/2026 - 07:42Modifié le : 14/02/2026 - 11:06
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À peine débarquée dans le paysage musical, Theodora a remporté quatre trophées, vendredi 13 janvier, aux Victoires de la musique, à Paris, qui ont aussi sacré la Québecoise Charlotte Cardin et le renouveau de Disiz, du rap à la chanson.
La "Boss Lady", qui était favorite, a engrangé les prix de meilleure création audiovisuelle pour "Fashion Designa" (14 millions de vues sur YouTube), révélation féminine, révélation scène et meilleur album avec "Mega BBL".
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"Je tiens surtout à remercier tous les projets qui sont passés avant moi et qui ont permis à mon projet d'être mieux compris", comme Aya Nakamura ou le rappeur Tiakola, a cité la star de 22 ans au succès fou depuis environ un an.
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"Mega BBL", réédition d'une première mixtape intitulée "Bad Boy Lovestory", à l'éclectisme foisonnant aux côtés de Jul et Juliette Armanet, s'affiche comme le quatrième album le plus vendu de 2025.
La musique de Theodora ne rentre dans aucune case, même si elle emprunte à différents styles comme l'hyperpop, le rap et les sonorités afro-caribéennes. Elle bondit d'une ambiance à l'autre : dansante sur "Fashion Designa", intime sur "Ils me rient tous au nez" ou mélancolique sur "melodrama", gros succès en duo avec Disiz.
"Je le fais pour toutes les filles noires un peu bizarres"
"Je fais une musique qui est une synthèse de plusieurs influences, de différentes cultures, de différentes musicalités", décryptait-elle dans "Quotidien" fin 2024.
Ses clips sont très travaillés et ses looks exubérants.
Preuve qu'elle imprime déjà sa marque sur toute une génération, son surnom "Boss Lady" est devenu une expression reprise dans la vie courante pour décrire une femme puissante, qui gère ses projets sans concession.
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"Je le fais pour toutes les filles noires un peu bizarres", avait-elle dit dans un sourire en remportant un prix en 2025 aux Flammes, cérémonie du hip-hop et ses courants. "Ce projet, c'est vraiment pour les enfants de la diaspora", avait-elle lancé.
Née en Suisse de parents congolais réfugiés, Lili Théodora Mbangayo Mujinga - à l'état civil - a bourlingué avec sa famille de villes en pays.
De la classe prépa à la musique
"Mes parents ont été réfugiés politiques, on a vécu en Suisse, en Grèce, au Congo, à La Réunion, puis à Bordeaux, Rennes et Saint-Denis. Et ça m'a vraiment impactée musicalement, parce que mon père avait le réflexe d'écouter la musique de chaque pays où on était à chaque fois", expliquait-elle au site spécialisé Abcdr du son en 2024.
Elle dit puiser une force dans ce parcours, notamment chez ce père qui parvient à aller au bout de ses études pour décrocher, la quarantaine passée, son diplôme de médecin.
Bonne élève, la jeune femme s'inscrit en classe préparatoire, avec dans un coin de sa tête l'idée de s'engager en politique, au-delà du conseil régional de Bretagne dont elle a été membre.
"J'ai eu trop de vies. J'ai fait du sport de haut niveau aussi. Ma mère voulait vraiment au maximum qu'on puisse rêver. Elle nous a inscrits au sport, à ci, à ça... pour pouvoir nous insérer dans plein de différents milieux", ajoute-t-elle sur France Inter.
L'humour pour célébrer son corps
Quand elle emménage avec son grand frère beatmaker, Jeez Suave - qui deviendra son manager - dans un appartement à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) en 2022, Theodora mise tout sur la musique.
Elle fait irruption dans l'industrie musicale en septembre 2024, avec "Kongolese sous BBL", qui cartonne sur les réseaux sociaux. Sur des sonorités bouyon, un genre venant de Dominique, elle allie affirmation de soi et humour ("Et mes gros seins me font souvent mal au cou") pour célébrer son corps.
La chanteuse, qui se considère queer, utilise sa notoriété pour faire passer des messages sur les inégalités.
"Quand tu es une fille noire et que tu fais de la musique en France, tu dois te battre cinq fois plus. Parce que personne n'aime les filles noires", a-t-elle lâché dans une récente interview au magazine musical américain The Fader.
"Si je n'avais pas réussi à me faire une place, vous ne me verriez même pas, parce qu'on vit dans un pays raciste", avait assuré la chanteuse, engagée contre l'extrême droite.
En décembre, elle s'était insurgée après une story TikTok du président du RN, Jordan Bardella, reprenant sa musique.
"Je ne partagerai jamais vos idées, vos valeurs, ni vos projets politiques néfastes, dangereux et profondément méprisants envers des personnes comme moi", avait-elle martelé sur Instagram.
Avec AFP
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