Pietra Marazzi (Italie) (AFP) – "La lune est parfaite et pourtant je n'en ai trouvé que deux petites cette nuit" : dans les collines embrumées du Piémont italien, les précieuses truffes tardent à arriver après un été trop sec.

Publié le : 04/11/2026 - 08:53

Giuseppe Esposito, 69 ans, a "tourné pendant 4 ou 5 heures" avec son Attila bouclé, un chien d'eau romagnol de 7 ans, dans les sous-bois autour de Pietra Marazzi, près d'Alexandrie, une des zones riches en truffes du nord de l'Italie.

La saison des truffes noires d'automne a ouvert début octobre mais reste très décevante. "Cette nuit, j’ai eu la lune parfaite, en gibbeuse décroissante (après la pleine lune, ndlr). Mais je n'ai trouvé que deux petites truffes", regrette cet expérimenté "trifolau" (caveur en dialecte piémontais).

Dans ces coins qu'il ne partage même pas avec sa femme, "il aurait fallu qu'il pleuve en juillet ou en août", mais l'été 2026 a été le plus chaud jamais enregistré dans le Piémont, avec des pointes à 40°C fin juillet.

La récolte des truffes est une tradition importante dans les campagnes italiennes, reconnue par l'Unesco. Elle est aussi, souvent, une source de revenus complémentaires (non taxée jusqu'à 7.000 euros par an, avec des truffes allant de 800 à 4.000 euros le kilo) pour les agriculteurs ou les anciens chasseurs, comme Giuseppe Esposito.

La majorité des truffes provient désormais de plantations truffières ou de truffières cultivées, où des arbres ont été plantés après avoir été mycorhizés (leurs racines ont baigné dans une bouillie à base de truffes pour y associer le champignon).

Dans son bois de Pietra Marazzi, Marco Boido, 49 ans, négociant en truffes et restaurateur à Alexandrie, est lui aussi déçu et inquiet: "Nous avons commencé la saison de façon terrible, on est à moins 50% de production (...). Cette année, elles sont beaucoup plus petites, et plus parfumées, c’est vrai".

"Si cette sécheresse se poursuit, il y en aura toujours moins dans notre zone, qui est pourtant l'AOC de la truffe, elle se déplacera vers d’autres régions", prédit Marco Boido.

Calendrier décalé

"La truffe est comme une éponge. Toutes celles qui auraient dû arriver de juillet à aujourd’hui ne sont pas sorties: la noire d'automne, la mésentérique...", confirme Fabio Cerretano, président de la fédération des associations de caveurs. Il en estime le nombre à 120.000 en Italie, dont environ 10% qui en vivent.

La région du Piémont a déjà retardé l'ouverture de la saison depuis 2024 "à cause du changement climatique en cours".

La truffe noire doit être rejointe en novembre par la prestigieuse truffe blanche, avec une saison de foires et d'enchères, notamment autour d'Alba dans le Piémont.

"Pour la précieuse truffe blanche, cette année, la musique sonne faux", témoigne un des caveurs qui travaille pour Marco Boido dans le Latium (centre), et qui a souhaité rester anonyme.

"Mais tout le calendrier a été décalé: autrefois, début octobre, tu avais déjà les chiens qui marquaient sur les peupliers et les tilleuls le long des fossés, alors que cette année il a fallu attendre la fin du mois pour voir les premiers beaux morceaux. La chaleur hors saison a asséché les berges des ruisseaux et les vallées les plus humides".

"Là où on a au contraire mieux +truffé+, c’est dans les vallées de montagne plus encaissées et fraîches, où l’humidité a tenu", témoigne un autre caveur en Ombrie. "Le parfum est exceptionnel et la consistance bien ferme, ce qui maintient les prix élevés sur le marché".

Depuis plusieurs années, l'Italie fait aussi face à la concurrence de la truffe d'Espagne, où les agriculteurs ont planté d'immenses truffières et taillé dans les coûts.

Le gouvernement italien a de nouveau tenté en 2025 de réformer le monde de la truffe, pour favoriser la production en truffières. Mais le projet de loi a fait face à une nette opposition des "trifolau" traditionnels et reste bloqué au Sénat.

Dans le Piémont, Giuseppe se dit fou de cette tradition et du rapport avec son chien. "L’émotion est plus forte que quand j’allais à la chasse. L’adrénaline quand le lièvre démarre, oui, c’est beau. Mais quand tu sens le parfum de la truffe, que le chien commence à creuser, et qu’il se met là et ne lâche pas, tu le vois qui fatigue mais continue à creuser... tu en as la chair de poule".

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