Pour la première fois de son histoire, Haïti sera représentée par deux sportifs lors des Jeux olympiques d'hiver. Après un baptême du feu aux JO de Pékin en 2022, le skieur Richardson Viano sera accompagné cette année par son compatriote Stevenson Savart. Une fierté pour ce pays des Caraïbes en proie à la violence armée extrême des gangs et à une économie dévastée.
Publié le : 06/02/2026 - 07:16
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En 2022, lors des Jeux olympiques (JO) d'hiver de Pékin, Richardson Viano avait fait sensation en devenant le premier Haïtien à participer à la compétition sur l'épreuve du slalom. À l'occasion des JO 2026 organisés du 6 au 22 février à Milan et Cortina d'Ampezzo, le skieur récidive, mais il sera accompagné par un autre compatriote, Stevenson Savart, qualifié en ski de fond.
La première participation de Haïti aux Jeux d'été remonte à l'édition de Paris en 1900. Depuis, des athlètes se sont régulièrement qualifiés et ont remporté deux médailles (bronze en tir à Paris 1924 et argent en athlétisme à Amsterdam 1928), mais il aura fallu attendre 2022 pour voir "la perle des Antilles" parvenir jusqu'aux Jeux d'hiver.
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De Port-au-Prince aux Alpes françaises
Même s'il y a quatre ans, Richardson Viano n'a pas réussi à décrocher de médaille, il a porté fièrement les couleurs de son pays englué dans une profonde crise politique et ravagé par la violence des gangs qui contrôlent presque totalement la capitale, Port-au-Prince. À 19 ans seulement, le skieur a même terminé à une honorable 34e place du slalom olympique sur 89 concurrents, heureux "de donner tout ce qu'il avait à donner", comme il l'avait confié à l'époque à Eurosport.
Pour en arriver jusqu'aux pistes olympiques, le jeune skieur a dû batailler. Car, à l'origine, rien ne prédestinait Richardson Viano à dévaler les pistes : ce dernier a passé les premières années de sa vie dans un orphelinat à Haïti, un pays au climat tropical avec des températures oscillant entre 25 °C et 30 °C. En 2005, il est finalement adopté par un couple d'Italiens, installés dans le département français des Hautes-Alpes. Passionnés de ski, ils transmettent leur amour à leur fils. Rapidement mordu, le jeune garçon poursuit la pratique de la glisse en parallèle de sa scolarité et fait ses classes au Ski Club de Puy-Saint-Vincent, dans le parc national des Écrins.
L'adolescent acquiert un bon niveau de ski, intègre à la fin du collège le pôle espoir de Briançon et le comité de ski Alpes-Provence. Mais la concurrence est rude pour percer au haut niveau sous la bannière de la Fédération française de ski. "À un moment donné, il faut des résultats, donc l'entonnoir de filtrage est très serré : seuls ceux qui ont un super niveau sont élus", expliquait son père, Andrea Viano, à France 24 en 2022.
La bascule a lieu durant la saison 2018-2019, avec un appel téléphonique de Jean-Pierre Roy. Ce dernier, cocréateur de la Fédération haïtienne de ski avec Thierry Montillet en 2010, lui propose de skier sous les couleurs de son pays natal. "Sans cet appel, j'aurais certainement arrêté le ski et je serais en train de travailler dans le bâtiment", avait raconté Richardson Viano au site Olympics.com. Au départ, le jeune homme croyait à "une blague d'un copain" avant de faire des recherches sur Internet et de découvrir qu'"il y avait bien une fédération de ski à Haïti".
Le skieur reçoit finalement son passeport haïtien à l'été 2019 et participe en février 2021, sous ses nouvelles couleurs, au slalom géant des Championnats du monde à Cortina d'Ampezzo, en Italie, où il termine à la 35e place. Une performance qui lui ouvre la route jusqu'aux JO de Pékin. Aujourd'hui âgé de 23 ans, il continue de vivre son rêve. Une manière de redorer l'image de son pays d'origine. "Quand on parle d'Haïti, c'est souvent en termes catastrophiques… C'est une façon de trouver du positif", a-t-il ainsi expliqué à Associated Press (AP), quelques jours avant le début des JO 2026.
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"Un très bon niveau pour y aller"
Son compatriote Stevenson Savart, âgé de 25 ans, est lui aussi heureux de contribuer à donner un peu de bonheur à la petite nation des Caraïbes. "La situation est vraiment critique là-bas. Ce que les gens vivent au quotidien est très difficile", a-t-il déclaré sur l'antenne de France 24 à la veille de l'ouverture des JO. "C'est aussi pour cela que je réalise ce rêve. C'est en partie pour les Haïtiens et pour donner un peu de lumière à ce pays."
Stevenson Savart a le même parcours de vie que son camarade. Il a également quitté l'île à l'âge de 3 ans pour aller vivre avec sa famille adoptive dans les Vosges. Il a chaussé ses premiers skis dès l'âge de 5 ans et s'est spécialisé dans le ski de fond. "Les Vosges étant une région de sports d'hiver, j'ai été amené à être sur les skis assez rapidement et cela s'est fait de fil en aiguille", raconte-t-il.
Mordu de cette discipline, il a pu rejoindre la section "ski nordique" du lycée de Pontarlier qui porte le nom de Toussaint Louverture, l'ancien esclave qui mena la révolution haïtienne ayant abouti à la création de la première république noire du monde en 1804.
Mais après l'épidémie de Covid-19, le jeune homme a arrêté cette discipline pendant deux ans. Il est finalement revenu à son premier amour, inspiré par le parcours de Richardson Viano en 2022. Stevenson Savart a travaillé dur pour pouvoir suivre ses traces et se qualifier lui aussi pour les Jeux olympiques. "La qualification, mes points nécessaires, je suis allé les chercher ! Je suis allé faire des manches de Coupe de France, de Coupe d'Europe, un peu de Coupe du monde aussi. Et les championnats du monde, également, en 2023 et 2025 ! Il faut faire tant de points pour être accepté sur le circuit Coupe du monde et cela demande vraiment un très bon niveau pour y aller, quoi", a-t-il ainsi assuré à ICI Bourgogne-Franche-Comté.
La marche sera haute à gravir à Milan-Cortina, mais le jeune skieur veut surtout en profiter et aborde les JO sans pression : "J'ai fait pas mal de courses ces dernières années. Cela m'a permis de prendre de l'expérience et d'aborder les épreuves un peu plus sereinement. Même si les Jeux sont vraiment l'événement d'une vie, il y a forcément un peu de stress, mais surtout beaucoup d'envie."
Stevenson Savart espère également devenir une source d'inspiration : "Tout est possible. N'importe quel rêve est atteignable. J'incite les jeunes à tester plein de sports, pas forcément les plus connus."
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Une tenue en hommage à Toussaint Louverture
Les deux sportifs haïtiens bénéficient d'un soutien financier du programme Solidarité olympique du CIO pour couvrir leurs frais d'entraînement, d'équipement et de déplacement pour les compétitions de qualification. Selon le journal Le Nouvelliste, le président de la Fédération haïtienne de ski, Jean-Pierre Roy, espère voir Richardson Viano intégrer le top 30 en ski alpin, tandis que Stevenson Savart vise une place parmi les 50 meilleurs en ski de fond.
Pendant la compétition, ils porteront fièrement les couleurs de leur pays natal. Leurs tenues ont été conçues par Stella Jean, une créatrice italo-haïtienne qui avait déjà dessiné les uniformes de Haïti pour les Jeux olympiques de Paris en 2024. Dans un premier temps, elle s'est inspirée d'un tableau de l'artiste haïtien Édouard Duval-Carrié représentant Toussaint Louverture, le père de la nation, à cheval, mais le CIO a jugé que cette image violait le règlement olympique interdisant tout symbolisme politique. Pour résoudre le problème, Stella Jean n'a laissé que le cheval au galop se détachant sur un fond tropical luxuriant. Sur son dos, on peut lire "Haïti" sur un ciel azur.
Lors de la présentation de ces tenues, Gandy Thomas, ambassadeur d'Haïti en Italie, a souligné que la présence de son pays aux JO d'hiver est "un symbole, une affirmation, et non un hasard". "Nous ne sommes peut-être pas un pays d'hiver, mais nous sommes une nation qui refuse d'être enfermée par les attentes. (…) L'absence est la forme la plus dangereuse d'effacement", a-t-il insisté.
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