Après son triomphe électoral dimanche, la Première ministre Sanae Takaichi, qui a les coudées franches pour appliquer son programme ultraconservateur, a promis lundi un "important changement de politique".

Publié le : 09/02/2026 - 14:55Modifié le : 10/02/2026 - 08:33

La Première ministre ultraconservatrice nippone Sanae Takaichi a estimé lundi 9 février que les Japonais voulaient un "important changement de politique", au lendemain d'élections législatives qui ont vu son parti conquérir une majorité des deux tiers à la chambre basse du Parlement.

Devenue en octobre la première femme à diriger le Japon et surfant depuis sur un état de grâce, Sanae Takaichi a dissous fin janvier la chambre basse du Parlement où sa coalition gouvernementale avait tout juste la majorité.

Pari largement gagné : son Parti libéral-démocrate (PLD) a remporté 315 des 465 sièges, selon les résultats officiels publiés mardi matin. Avec son partenaire de coalition minoritaire, ils obtiennent ainsi 351 sièges.

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Sanae Takaichi, 64 ans, chaudement félicitée par le président américain Donald Trump, obtient donc un mandat solide pour mettre en œuvre son programme conservateur dans l'archipel de 123 millions d'habitants au cours des quatre prochaines années.

"La population a fait preuve de compréhension et de sympathie à l'égard de nos appels concernant l'urgence d'un important changement de politique", a déclaré la dirigeante lundi lors d'une conférence de presse à Tokyo, se disant consciente de la "très lourde responsabilité de rendre le Japon plus fort et plus prospère".

Cette victoire l'inscrit dans le sillage de son mentor Shinzo Abe (Premier ministre en 2006-2007 puis 2012-2020), qui avait profondément marqué le pays par ses positions nationalistes et son programme économique comprenant notamment des relances budgétaires.

"Nous protégerons résolument l'indépendance de notre nation"

La région Asie-Pacifique est toutefois attentive, alors que les tensions sino-japonaises ont pris une nouvelle ampleur depuis que Sanae Takaichi a laissé entendre en novembre que Tokyo pourrait intervenir militairement en cas d'attaque contre Taïwan, dont Pékin revendique la souveraineté.

La Chine a promis lundi une "réponse résolue" si "les forces d'extrême droite japonaises évalu(aient) mal la situation et agiss(aient) de manière inconsidérée et irresponsable", alors que le Japon s'oriente vers une politique de défense plus affirmée.

Sanae Takaichi s'est dite de son côté ouverte au dialogue avec la Chine : "Nous avons déjà des échanges de vues. Nous poursuivrons ces échanges de vues. Mais nous les mènerons de manière posée et appropriée", a-t-elle prévenu.

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"Nous protégerons résolument la paix et l'indépendance de notre nation, notre territoire, nos eaux territoriales, notre espace aérien, ainsi que la vie et la sécurité de nos citoyens", a-t-elle ajouté.

Les marchés financiers pourraient également s'inquiéter du dérapage des finances publiques et du colossal endettement si Sanae Takaichi continue de muscler ses mesures de relance budgétaire pour doper la quatrième économie mondiale.

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La dirigeante a notamment fait adopter fin 2025 un plan de relance équivalent à 110 milliards d'euros, et promis d'exempter les produits alimentaires de la taxe à la consommation de 8 % afin d'atténuer l'impact sur les ménages d'une inflation tenace.

Renforcée par la perspective de dépenses budgétaires accrues, la Bourse de Tokyo a bondi de plus de 5 % à l'ouverture, se hissant à un niveau record, avant de clôturer à +3,9 %.

Le yen a grimpé également, mais le marché de la dette se trouve à nouveau sous pression, signe d'inquiétudes persistantes.

Félicitations de Donald Trump

Sanae Takaichi a jugé "sans limites" le potentiel de l'alliance nippo-américaine, et dit qu'elle confirmerait avec Donald Trump "l'unité inébranlable" avec les États-Unis. Le président américain lui a souhaité sur son réseau Truth Social "un grand succès dans la mise en œuvre de (son) programme conservateur, axé sur la paix par la force".

Le président français Emmanuel Macron l'a félicitée pour sa victoire, rappelant le "partenariat exceptionnel" et les "valeurs communes" des deux pays, dans un message publié sur X en japonais.

De nombreux électeurs ont soutenu Sanae Takaichi "dans l'espoir que le PLD mette fin à la stagnation économique", indique à l'AFP Tetsuo Kotani, chercheur à l'Institut japonais des affaires internationales, tout en soulignant la difficulté à juguler l'inflation et le risque de hausses d'impôts "inévitables" pour financer un budget en forte expansion.

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Dans le bras de fer entre Pékin et Tokyo, le fait que Sanae Takaichi ait refusé de retirer ses déclarations sur Taïwan "a contribué à accroître sa popularité", confie à l'AFP Margarita Estévez-Abe, maîtresse de conférences en sciences politiques à l'université de Syracuse.

Mais dès lors que la dirigeante ne doit plus affronter d'élections avant 2028, "le meilleur scénario pour le Japon serait (qu'elle) se concentre sur l'amélioration de la relation avec la Chine", avertit-elle.

Bien qu'elle soit la première femme à gouverner son pays, Sanae Takaichi a montré peu d'appétence pour les revendications féministes, dans un monde politique japonais dominé par les hommes. Elle affiche aussi son conservatisme sur l'immigration, ayant promis de durcir considérablement les contrôles.

Avec AFP

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