Revendiquant son choix de dire "non à la guerre" contre l'Iran malgré les menaces de Donald Trump, le gouvernement espagnol a campé sur ses positions mercredi et démenti "catégoriquement" toute intention de collaborer avec Washington, après des déclarations de la Maison Blanche annonçant une volte-face espagnole.
Publié le : 04/03/2026 - 16:14Modifié le : 04/03/2026 - 21:53
La porte-parole de la Maison Blanche a semé le doute pendant quelques instants, mercredi 4 mars, assurant que l'Espagne avait finalement "accepté de coopérer" avec les forces armées américaines lors de l'opération militaire lancée contre l'Iran.
"Je pense qu'ils ont entendu haut et fort le message du président hier", a déclaré Karoline Leavitt, avant d'être quasi immédiatement démentie par le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares.
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La position de l'Espagne "n'a absolument pas changé", a assuré le ministre sur la radio Cadena Ser, démentant "catégoriquement" toute intention de coopérer avec les États-Unis dans ce conflit. "D'où cela peut-il venir (ces déclarations, NDLR) ? Je n'en ai pas la moindre idée", a-t-il asséné, réitérant le refus espagnol de laisser les États-Unis utiliser les bases andalouses au cœur d'un traité signé entre les deux pays en 1953, quand Franco dirigeait encore l'Espagne.
Pedro Gonzalez refuse que l'Espagne soit "complice"
Dans une allocution prononcée quelques heures plus tôt, Pedro Sanchez avait promis que son pays ne serait "pas complice" des attaques américano-israéliennes menées contre l'Iran "par peur des représailles de certains" – une référence directe au dirigeant américain, Donald Trump, irrité par son refus de laisser les États-Unis utiliser des bases en Espagne pour attaquer l'Iran.
Cette prise de parole tranchait avec le ton beaucoup plus prudent employé ces derniers jours à Paris, Londres ou Berlin, et est venue alimenter le bras de fer verbal entre le chef de gouvernement espagnol et le président américain.
Depuis plusieurs mois, Donald Trump s'en prend déjà régulièrement au dirigeant espagnol, Madrid s'étant opposé à l'augmentation de ses dépenses de défense à 5 % de son PIB, comme le veut le nouvel objectif de l'Otan.
Mardi, le locataire de la Maison Blanche a cette fois-ci vertement reproché au gouvernement espagnol de gauche de refuser à l'aviation américaine l'accès à deux bases militaires situées dans le sud du pays pour sa campagne militaire contre l'Iran entamée samedi.
"L'Espagne a été terrible", a cinglé Donald Trump, menaçant directement Madrid de "cesser" complètement les relations commerciales entre les deux pays. L'Iran a, de son côté, remercié l'Espagne, saluant une "conduite responsable".
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Des réactions de soutien et les remerciements de l'Iran
Malgré des difficultés à adopter une position commune très clairement définie face aux attaques menées contre l'Iran, les tentatives d'intimidation américaines ont valu au chef du gouvernement espagnol une série de marques de soutien. À commencer par l'Iran qui a remercié l'Espagne et salué sa "conduite responsable".
Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a lui déclaré sur X avoir exprimé "la pleine solidarité de l'Union européenne avec l'Espagne" et le chef de l'État français, Emmanuel Macron, lui a dit "la solidarité européenne de la France en réponse aux menaces de coercition économique".
Également sur X, Pedro Sanchez s'est dit "très reconnaissant" de ces messages de soutien.
Mercredi, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a lui aussi mis en garde les États-Unis et Israël, affirmant que les conflits ne peuvent se résoudre "uniquement par la force militaire".
Boris Pistorius a souligné qu'il était "beaucoup plus facile de déclencher une guerre que d'y mettre fin". Selon lui, il "faut une stratégie de sortie solide". Et "pour l'instant", il a dit qu'"il ne la voyait pas".
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Sur le plan intérieur, la prise de position de Pedro Sanchez, dont le gouvernement appelle depuis samedi à une cessation des hostilités et une résolution pacifique du conflit, est vue par certains observateurs comme un moyen de resserrer son électorat autour d'une thématique qui fait consensus au sein de la gauche espagnole.
En interne, un délicat moment politique
Entre défaites lors des scrutins régionaux, affaires judiciaires visant des proches et accusations de harcèlement sexuel au sein du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), le moment politique est en effet délicat pour le dirigeant socialiste, à un an des prochaines législatives, attendues au printemps 2027.
Sur X, le patron du Parti populaire (droite), principal parti d'opposition, Alberto Nunez Feijoo, a exhorté Donald Trump à "respecter" l'Espagne, tout en accusant Pedro Sanchez d'utiliser la politique étrangère à des fins "partisanes".
Même le quotidien El País, réputé proche de la gauche, a mis en garde Pedro Sanchez mercredi matin, avant son intervention, en lui suggérant "d'éviter la tentation (...) d'utiliser l'immense animosité qui existe à l'égard de Trump dans la société espagnole pour gagner en popularité".
Le slogan pacifiste "Non à la guerre" avait été utilisé par la gauche espagnole en 2003 lors de l'intervention militaire des États-Unis en Irak, où des troupes de Madrid avaient été déployées un temps, sous le gouvernement de droite de José Maria Aznar, alors très aligné sur les positions américaines.
Les attentats jihadistes qui avaient fait 192 morts le 11 mars 2004 dans quatre trains de banlieue à Madrid avaient, dans ce contexte, été attribués par de nombreux Espagnols à cette intervention en Irak, et la gauche avait remporté les législatives organisées trois jours plus tard.
Avec AFP
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