Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s'est rendu à Damas jeudi pour y rencontrer son homologue syrien et évoquer la question de la lutte antiterroriste, mais aussi les tensions avec les Kurdes dans le nord du pays, et la crainte d'une escalade entre les États-Unis et l'Iran.

Publié le : 05/02/2026 - 15:11

Le message du Quai d'Orsay est clair. La poursuite du combat contre le groupe jihadiste État islamique (EI) est une "priorité absolue" pour Paris, a affirmé jeudi 5 février le chef de la diplomatie française en visite en Syrie et en Irak, appelant les autorités syriennes à appliquer pleinement l'accord récemment conclu avec les Kurdes.

"Depuis dix ans, la France s'est battue, a combattu sans relâche et sans pitié les terroristes de Daech en Irak comme en Syrie", a déclaré Jean-Noël Barrot à l'issue d'un entretien avec son homologue syrien, Assaad al-Chaibani.

"La lutte contre le terrorisme islamiste est l'objet principal de mon déplacement en Syrie et en Irak. Je suis venu en mission anti-Daech car la sécurité des Français et des Françaises se joue aussi ici", a-t-il ensuite dit à l'issue d'un entretien avec son homologue irakien, Fouad Hussein, à Bagdad.

Le ministre, qui a multiplié les entretiens jeudi, a "relevé le rôle majeur de l'Irak" dans ce domaine alors que le pays "prend en charge l'accueil de plusieurs milliers de détenus" enfermés dans les geôles syriennes.

Sa visite intervient à quelques jours d'une réunion de la coalition occidentale antijihadiste, lundi à Riyad, en Arabie saoudite.

Emmanuel Macron veut "éviter un bain de sang"

Les forces kurdes, qui étaient le fer de lance de la lutte antijihadiste, ont dû, sous la pression de Damas, se retirer de larges pans du nord du pays où se trouvent des prisons de jihadistes et des camps abritant leurs familles. Les puissantes Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) doivent être intégrées au sein de l'armée syrienne.

Jean-Noël Barrot a souligné "l'implication personnelle" du président français, Emmanuel Macron, "pour éviter un bain de sang, pour faciliter un cessez-le-feu, pour qu'un accord soit trouvé" entre Damas et les Kurdes.

À Erbil où il a rencontré Nechirvan Barzani, le président de la région autonome du Kurdistan, Jean-Noël Barrot a une nouvelle fois plaidé pour "l'intégration des Kurdes à une Syrie unie" et la pleine mise en œuvre de l'accord du 29 janvier. "La reconnaissance de l'identité des Kurdes est une condition du relèvement de la Syrie, comme elle l'a été en Irak", a-t-il souligné.

Dans la soirée, il s'est longuement entretenu avec le chef des forces kurdes, Mazloum Abdi, inquiet de la mise en œuvre de l'accord. Ils ont ensemble passé en revue point par point les termes du traité.

Si le ministre syrien n'a pas fait de déclaration à l'issue de l'entretien avec Jean-Noël Barrot, le chef de la diplomatie irakienne a, lui, réaffirmé le soutien de Bagdad à l'accord de fin janvier, soulignant que l'instabilité en Syrie affectait "négativement" l'Irak, qui coopérera "avec la partie syrienne dans la poursuite de la lutte contre Daech".

Prochaine étape, le Liban

L'accord a anéanti les espoirs des Kurdes de conserver la zone autonome qu'ils avaient instaurée dans le nord et le nord-est de la Syrie au cours de la guerre civile qui a ravagé ce pays de 2011 à 2024. Mais "la France se tient et se tiendra toujours aux côtés du peuple kurde pour qu’il soit respecté dans ses droits", a affirmé Jean-Noël Barrot. "L'horizon des Kurdes de Syrie ne doit pas se borner à leur région : ils ont vocation, comme en Irak, à prendre toute leur part à la vie politique syrienne", a-t-il ajouté.

Outre les affrontements entre les autorités de Damas et les FDS, la menace toujours présente d'une escalade militaire entre les États-Unis et l'Iran avait décidé le ministre français à se rendre dans la région. Vendredi et samedi, il poursuivra sa tournée au Liban.

En Irak comme au Liban, Jean-Noël Barrot souhaite apporter "une forme de réassurance" à des pays qui comptent sur leur sol des groupes alliés à l'Iran : les groupes armés chiites et le mouvement Hezbollah. "Ces pays sont susceptibles d'être entraînés dans une escalade (...), il faut qu'on puisse évoquer avec ces deux pays (...) le défi que représente cette crise autour de l'Iran", a expliqué une source diplomatique française.

L'Iran et les États-Unis doivent avoir des discussions vendredi au sultanat d'Oman, alors que Donald Trump a positionné dans la région une force de frappe navale et militaire considérable pour maintenir la pression sur Téhéran.

À Beyrouth, il sera question de la poursuite du désarmement du Hezbollah, prévu dans l'accord de cessez-le-feu de fin 2024 conclu avec Israël. Le ministre français évoquera la préparation de la conférence de soutien à l'armée libanaise et aux forces de sécurité intérieure, prévue pour le 5 mars à Paris, dont l'objectif est d'apporter aide financière et équipements pour les renforcer dans leur mission de désarmement du mouvement.

Avec AFP

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