Lunéville (France) (AFP) – Faute de médecin, elle a failli fermer il y a deux ans, comme plusieurs petits établissements chaque année en France. Pour ceux qui se sont mobilisés pour la sauver, la maternité de Lunéville, près de Nancy, prouve que les soins de proximité peuvent aller de pair avec la sécurité.
Publié le : 08/11/2026 - 12:10
La Haute autorité de santé (HAS) vient d'octroyer à cet établissement qui compte douze lits et deux salles d'accouchement une certification "qualité des soins confirmée", se félicite Jérôme Malfroy, directeur du Groupement hospitalier de l'est de la Meurthe-et-Moselle (GHEMM), dont il fait partie.
La maternité, qui recense 400 naissances par an - alors que la réglementation impose un seuil de 300 au minimum -, revient de loin : début 2024, ses activités avaient été suspendues pendant deux mois, parce que plusieurs obstétriciens avaient annoncé, coup sur coup, quitter leurs fonctions.
S'en était suivi un "travail de longue haleine", mené avec les élus locaux, pour reconstituer une équipe de cinq médecins spécialistes. Ceux-ci ont accepté de s'engager "au long cours" dans le service, retrace auprès de l'AFP M. Malfroy.
Avec un double enjeu, résume le directeur : "Offrir à cette population éloignée (de l'offre de soins) un point de proximité (...) et que cela se fasse dans des conditions de sécurité".
La réouverture avait nécessité une mobilisation des équipes, notamment pour renforcer l'attractivité du service. Sur ce point, les "messages de soutien" d'anciennes patientes ont montré "à quel point la maternité était importante" pour elles sur le territoire, souligne Manon Cocquempot, sage-femme.
Dans cette ville de 18.000 habitants, la maternité "a toute sa place", renchérit Carole Ternard, cadre de santé, pointant les "difficultés de mobilité" auxquelles est confrontée une partie de la population.
Enguerrand Bricchi, dont le bébé est né fin octobre à Lunéville, a lui trouvé "rassurant" que "tous les soignants se connaissent et travaillent ensemble" dans ce petit service. Et que les patientes soient suivies par les mêmes personnes pendant leur grossesse, puis pendant et après leur accouchement.
- Partout en France -
Les femmes présentant des grossesses complexes ou à risque sont elles orientées pour accoucher à Nancy, dans la seule maternité de Lorraine dite de niveau 3.
La fermeture des petites maternités fait régulièrement débat, car lorsqu'elles sont confrontées à un manque de médecins titulaires, un suivi insuffisant sur le long cours pourrait nuire à la sécurité pour les patientes.
C'est d'ailleurs avec cet argument que l'Agence régionale de santé (ARS) Grand Est justifie la fermeture possible, à court terme, d'un autre établissement de Meurthe-et-Moselle, celui de Mont-Saint-Martin, une ville de 9.300 habitants à la frontière luxembourgeoise.
Environ 300 personnes se sont rassemblées samedi pour défendre cette maternité, qui enregistre à peine plus de 300 naissances par an, confrontée à des "difficultés persistantes de recrutement médical", et dont la fermeture pourrait contraindre les femmes enceintes à parcourir des dizaines de kilomètres pour accoucher.
Une problématique à laquelle sont confrontées chaque année plusieurs petites maternités dans des localités moyennes partout en France, au grand dam de nombre d'élus locaux qui y voient une cause de la dégradation des soins.
Les sociétés de médecins estiment plutôt que ces établissements, par manque d'activité, représentent un danger pour les mères et les nouveau-nés.
Le Pr Olivier Morel, secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), observait en septembre auprès de l'AFP qu'on "laisse se dégrader le système depuis des années".
Il plaide pour la transformation de petites maternités en centre de périnatalité mais aussi pour l'accompagnement de ces établissements en amont, afin d'éviter une fermeture "d'un seul coup, parce que ça fait des mois qu'il n'y a plus assez de monde pour tourner, pour être de garde".
Depuis 2010, la France a perdu une centaine de maternités. En 2023, il en restait 457, mais c'est encore "beaucoup trop (...) par rapport à nos besoins", estime le Pr Morel.
© 2026 AFP
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