Le déploiement de troupes salvadoriennes contre les gangs suscite un espoir chez une partie de la population haïtienne, comme le rapportent nos Observateurs. Dans les territoires qu'ils contrôlent, les gangs chercheraient à empêcher toute expression de soutien à l'opération menée par le président Nayib Bukele.

Publié le : 06/11/2026 - 20:08

Environ 2 000 militaires salvadoriens ont été déployés en Haïti depuis la fin du mois d’octobre. Le président salvadorien Nayib Bukele justifie cette opération par la recherche de quatre ressortissants de son pays, portés disparus depuis le 18 octobre, après l’attaque de leur véhicule blindé à Croix-des-Bouquets, au nord-est de Port-au-Prince, la capitale du pays.

Les quatre hommes, des techniciens militaires affectés à la Force de répression des gangs (FRG), une mission internationale autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU en 2025, auraient été attaqués dans une zone contrôlée par plusieurs groupes armés, dont les gangs Chèn Méchan et 400 Mawozo.

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Depuis le début de l’intervention militaire salvadorienne, de violents affrontements ont lieu entre les soldats salvadoriens et les gangs dans la zone où les techniciens militaires ont disparu. Pourtant, les habitants dont la rédaction des Observateurs a recueilli les témoignages accueillent favorablement l’arrivée des troupes de Bukele. Un soutien qu’ils n’osent toutefois pas exprimer publiquement, par crainte des représailles.

"Il est presque interdit de prononcer le nom du président salvadorien à haute voix"

Daniel* habite à la Croix-des-Bouquets, le quartier de la capitale où les techniciens salvadoriens ont été attaqués. Il témoigne du climat de tension qui y règne :

“Il est presque interdit de prononcer le nom du président salvadorien à haute voix dans la zone. Il y a des gens qui sont très contents de cette intervention mais qui ne peuvent pas l’exprimer.”

Malgré l’intensification des affrontements à proximité de son domicile, notre Observateur se dit favorable à l’intervention salvadorienne :

“ Je suis très content de cette opération. J’ai hâte que nous retrouvions notre liberté. Les gangs sont en très grande difficulté, ils ont perdu beaucoup de gens [il n’est pas possible d’établir de façon indépendante combien de membres de gangs seraient morts depuis le début de l’intervention salvadorienne, NDLR]. Ils craignent davantage les Salvadoriens que la FRG et les forces haïtiennes. Les Salvadoriens sont mieux équipés : ils disposent notamment d’hélicoptères de combat et d’un plus grand nombre de véhicules blindés.”

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Il explique que les habitants sont pris en otage par les gangs :

“Les bandits armés surveillent tout le monde. S'ils te surprennent avec un téléphone, ce sera l’exécution directe. S'enfuir n’est pas facile. S'ils te surprennent avec une mallette par exemple, les gangs te posent des questions. Les jeunes se cachent pour ne pas être obligés de combattre.”

Selon lui, comme plusieurs habitants contactés par notre rédaction, les gangs contraindraient les habitants à participer à des manifestations contre l’intervention salvadorienne, comme celle qui a eu lieu le 2 novembre à Canaan, au nord de Port-au-Prince.

"Les gangs sont inquiets face à cette intervention"

Marie Yolène Gilles, fondatrice de la Fondasyon Je Klere (FJKL), un organisation de défense des droits humains, est du même avis :

“Ce sont les gangs qui ont organisé cette manifestation et forcé les gens à y prendre part. Cela montre à quel point ils sont inquiets face à cette intervention.”

Pour elle, un signe de cette panique est l'initiative prise par Wilson Joseph, alias Lanmo Sanjou, chef du gang 400 Mawozo, qui contrôle le secteur de Croix-des-Bouquets, d’envoyer une lettre au secrétaire général de l’ONU. Datée du 1er novembre, celle-ci demande l’envoi d’une délégation chargée de faciliter un dialogue et une médiation en Haïti.

Lanmo Sanjou figure sur la liste des personnes sanctionnées par le Conseil de sécurité des Nations Unies pour son implication dans de graves violations des droits humains en Haïti. Son groupe est associé à la coalition Viv Ansanm, une alliance de plusieurs gangs armés haïtiens, désignée comme organisations terroristes étrangères (FTO) par les Etats-Unis.

Marie Yolène Gilles dénonce la manœuvre de Lanmo Sanjou :

“C’est un groupe terroriste qui essaie de se faire passer pour un groupe armé non étatique respectueux du droit international humanitaire (DIH). Il dit vouloir la paix, ils ont oublié les crimes qu’ils ont commis, ce sont des choses qu’il faut juger au nom de la loi. Les gangs veulent négocier pour bénéficier de l'amnistie, mais comment peut-on amnistier des criminels comme ceux de Viv Ansanm?”

Marie Yolène Gilles explique que son association n'a, pour l'heure, pas été en mesure de confirmer l'existence de victimes civiles collatérales dans les affrontements entre les gangs et les forces salvadoriennes. Les difficultés à communiquer avec les habitants, liées notamment aux coupures de réseau et à la surveillance exercée par les groupes armés, compliquent la collecte d'informations et la vérification des faits.

Elle rappelle l’urgence de créer un couloir humanitaire et appelle le gouvernement Haïtien à prendre en charge les déplacements de personnes vivant dans la zone concernée par les affrontements.

Elle aussi espère que la présence des militaires salvadoriens va amener un changement dans le pays:

“Haïti est plongé depuis plusieurs années dans un conflit armé interne et une grave crise sécuritaire. L’État a fait appel à des mercenaires étrangers, sans obtenir de résultats. Les différentes missions internationales n’ont pas non plus réussi à rétablir la sécurité. Le président Bukele a réussi à démanteler les gangs dans son pays. Nous espérons que son intervention en Haïti produira des résultats. Depuis l’arrivée des forces salvadoriennes, les gangs semblent paniqués.”

Dans un communiqué du 4 novembre 2026, la Fondasyon Je Klere (FJKL) demande au gouvernement de rompre le contrat avec les mercenaires étrangers et d’utiliser les fonds alloués dans un programme de formation de jeunes soldats haïtiens avec l’appui des soldats salvadoriens.

La stratégie de Nayib Bukele et la durée de son engagement militaire en Haïti restent incertaines. Initialement déployées pour retrouver les quatre techniciens salvadoriens disparus le 18 octobre à Croix-des-Bouquets, les forces salvadoriennes semblent avoir élargi leurs opérations à la lutte contre les gangs. Le véhicule des techniciens a été retrouvé calciné, mais il n’y a aucune trace des quatre hommes.

Wilson Joseph, alias Lanmo Sanjou, ainsi que certains habitants de Croix-des-Bouquets, affirment qu'ils seraient morts. Les autorités haïtiennes et salvadoriennes estiment toutefois qu'ils pourraient être retenus en otage. Le président Bukele a menacé d'intensifier les opérations si les techniciens ne sont pas libérés vivants et indemnes.

*Son nom a été modifié à sa demande, pour préserver son anonymat.

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