La mort d’un jeune Palestinien-Américain le 18 février à Mukhamas, en Cisjordanie occupée, s’inscrit dans un cycle de violences continue autour de ce village palestinien, entouré de plusieurs avant-postes de colons israéliens. Considérés illégaux par les autorités israéliennes, l’un d’entre eux est régulièrement détruit mais systématiquement reconstruit par les colons.

Publié le : 27/02/2026 - 21:59Modifié le : 27/02/2026 - 22:01

C’est l’un des nombreux villages en Cisjordanie visés par des attaques de colons. Mukhamas, situé au nord-est de Jérusalem, entouré de petits regroupements de bédouins, a été le théâtre d’énièmes violences le 18 février : Nasrallah Mohammed Jamal Abu Siam, un Palestinien-Américain de 19 ans, a été tué par un colon.

Autour du village, on compte cinq avant-postes de colons israéliens, tous jugés illégaux par les autorités israéliennes.

Construit pour la première fois en octobre 2025, l’avant-poste, baptisé “Kol Mevaser”, a été détruit une nouvelle fois lundi 23 février par l’armée israélienne. Mais dès le lendemain matin, mardi 24 février, des images diffusées sur les réseaux sociaux montraient des colons en train de le reconstruire sur le même emplacement, à l’aide d’une pelleteuse, avec plusieurs véhicules et personnes visibles sur le site.

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Selon le média israélien Haaretz, l’avant-poste a été évacué au moins neuf fois depuis sa création, mais les colons reviennent sans cesse, parfois en moins d’une heure.

Des familles palestiniennes prises pour cible

Plusieurs familles bédouines vivent isolées, en marge du village principal de Mukhamas, ce qui les rend particulièrement vulnérables. Abdel (pseudonyme) raconte une attaque survenue en janvier :

Une nuit, une vingtaine de colons nous ont attaqués. Ils ont commencé à briser les fenêtres et les portes. Ils ont forcé l'entrée et ont jeté du gaz lacrymogène. Ils s’en sont pris à ma famille à l’intérieur avec des bâtons. Notre maison a été brûlée, les barils d'eau ont été brisés, tout a disparu.

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Abdel dit avoir été hospitalisé, puis avoir ensuite reconstruit son logement. Il sera incendié une deuxième fois par les colons peu de temps après, ce que documentent des vidéos tournées à différentes dates et qu’ils nous a adressées.

À quelques maisons de là, Mahmoud (pseudonyme) et sa famille vivent eux aussi dans les environs du village palestinien de Mukhamas. Comme Abdel, ils ont vu leur logement incendié à plusieurs reprises par des colons installés dans les avant-postes voisins.

Ici, les agressions des colons ne s'arrêtent jamais, c'est presque toutes les deux heures. Ils ont volé tout notre bétail, les moutons qui étaient notre gagne-pain, ce qui nous permettait de vivre. Ils ont tout pris, ils ne nous ont rien laissé. Lors d’une attaque au mois d’octobre, huit maisons ont été brûlées. Ils m'ont volé 25 moutons. Chaque mouton vaut environ 3 000 shekels [environ 750 euros, NDLR]. Personne ne nous regarde, ni le gouvernement israélien, ni notre propre gouvernement. Personne ne nous demande comment nous allons.

"Les soldats m’ont dit : ‘On ne te protégera pas’"

Après les violences et l’incendie de sa maison, Abdel raconte que l’armée israélienne est intervenue, mais selon lui pas pour sécuriser les lieux.

La police est venue et a dit que personne ne devait rester ici sauf le propriétaire. Je pouvais à peine marcher à cause des coups que j’avais reçu. J'ai dit aux soldats : "Vous devez me protéger si je reste. Je ne peux pas rester seul, les colons vont m'égorger.” Ils m’ont dit : ‘On ne te protégera pas’. Je suis parti m’abriter chez d’autres gens du village. Puis, nous avons reconstruit la maison une troisième fois.

Quelques jours plus tard, la zone autour de sa maison a été déclarée “zone militaire fermée” par l’armée selon lui, ce que confirme à notre rédaction l’organisation israélienne de défense des bergers palestiniens, Herd of Justice. Abdel affirme qu’après avoir reconstruit une troisième fois sa maison, les soldats israéliens sont revenus :

L'armée est revenue et a ordonné l'arrêt des travaux. Ils ont dit qu'il était interdit de construire au même endroit, que si je mettais une porte ou une fenêtre, ils démoliraient tout, sous prétexte que c'est une zone militaire.

Selon lui, l’interdiction ne concerne pas seulement les travaux :

C'est ma maison depuis 35 ans, et maintenant on m'interdit d'y faire quoi que ce soit. L'armée a tout interdit : la restauration, les voitures de chantier, les volontaires qui viennent aider. Nos constructions ne sont pas reconnues par les autorités israéliennes. Nous sommes ici depuis une trentaine d’années et ils prétendent que ce n'est pas officiel. On construit avec du bois, du plastique et de la tôle car ils interdisent la pierre et le béton. Le village bédouin accueille 70 personnes mais beaucoup d'habitants ont fui à cause de la pression des colons. Nous sommes entourés par plusieurs avant-postes, qui ne sont qu’à quelques centaines de mètres.

Plusieurs activistes venus documenter les violences disent également avoir été empêchés d’accéder à la zone. Ethan (pseudonyme), de l'organisation israélienne Herd of Justice qui lutte pour les droits des communautés de bergers en Cisjordanie. Il affirme avoir été arrêté après s’être rendu dans une maison située à l’intérieur de cette zone militaire fermée, au nord du village.

Selon lui, la zone avait été instaurée en raison des violences provenant de l’avant-poste voisin. Pourtant, il affirme que les colons continuaient à y circuler librement.

Quand j’ai demandé aux soldats si l’ordre de zone militaire fermée s’appliquait aussi à un colon qui était là avec son troupeau, ils ont explicitement répondu que non, qu’ils étaient autorisés à rester.

Ethan affirme qu’il est régulièrement interpellé à la lisière du village quand il quitte les lieux. Il dit avoir refusé de signer une ordonnance d’éloignement de la Cisjordanie pour quinze jours et avoir passé la nuit en détention.

Pour les habitants et les activistes interrogés, la déclaration de “zone militaire fermée” aurait ainsi pour effet d’éloigner les soutiens extérieurs et d’empêcher la reconstruction des maisons détruites, tout en laissant, selon eux, les colons continuer leurs activités dans la même zone. Il n’est pas possible de vérifier la mise en place de ce statut de façon indépendante, l'armée ne communiquant pas dessus.

Contactée par la rédaction des Observateurs, l’armée israélienne n’a pas répondu à nos questions.

Des démolitions d’avant-postes sans aucun effet

Yonatan Mizrachi, co-directeur du projet “Settlement Watch” à l’ONG israélienne Peace Now, explique que cette situation n’est pas isolée :

La violence de cet avant-poste n'est pas unique, car il y a de plus en plus d'événements violents en Cisjordanie ces deux dernières années et demie [depuis le déclenchement de la guerre à Gaza suite aux attaques du 7 octobre, NDLR]. Lorsqu'un avant-poste figure sur la liste des avant-postes que l'armée veut démolir et évacuer, ils font donc beaucoup d'efforts pour faire cela mais cela ne sert pas à grand-chose. Finalement, l'avant-poste est rétabli le lendemain voire le jour même. C'est une sorte de jeu ou de ruse par lequel les autorités veulent dire qu'elles font quelque chose… Mais en fin de compte il ne suffit pas d'évacuer une tente, vous évacuez une tente, les colons la reconstruisent le lendemain.

Pour lui, la situation révèle un manque de volonté politique réel de la part des autorités israéliennes.

Les mesures qui doivent être prises pour évacuer les avant-postes doivent être bien plus importantes que cela, et les autorités ne veulent pas faire plus d'efforts là-dedans. Ils peuvent, par exemple, arrêter les colons qui utilisent la violence, mais ils ne le font pas, cela fait partie de leur politique.

Publié le 19 février, un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme alerte sur ce qu’il décrit comme “le nettoyage ethnique perpétré par les autorités israéliennes à Gaza et en Cisjordanie”.

Dans les territoires occupés, y compris à Jérusalem-Est, le document détaille le recours systématique et illégal à la force par les forces de sécurité israéliennes, les détentions arbitraires, la torture et autres mauvais traitements infligés aux Palestiniens détenus, ainsi que les démolitions massives et illégales de maisons.

Selon l’OCHA, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, entre le 7 octobre 2023 et le 16 février 2026, 1 055 Palestiniens, dont au moins 230 enfants, ont été tués en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est.

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