La grève générale contre la réforme de dérégulation du travail, voulue par le président argentin Javier Milei, a été très suivie jeudi, selon les syndicats. Dans la soirée, les députés ont approuvé le texte, qui doit désormais retourner au Sénat.
Publié le : 20/02/2026 - 01:24Modifié le : 20/02/2026 - 10:41
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Les députés argentins ont adopté, dans la nuit de jeudi 19 à vendredi 20 février, la loi sur la réforme de la législation du travail voulue par le président ultralibéral Javier Milei, après une journée de grève générale, ponctuée d'incidents, qui a mis le pays à l'arrêt.
Amendée par la chambre basse, qui l'a adoptée par 135 voix contre 115 après presque 11 heures de débats, la loi dite de "modernisation du travail" doit désormais retourner au Sénat pour approbation définitive, étape que le gouvernement espère franchir la semaine prochaine. Le président Milei s'est félicité sur X du résultat du vote des députés, affirmant que la réforme "est destinée à en finir avec plus de 70 ans de retard dans les relations du travail des Argentins".
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Jeudi, l'Argentine a été paralysée par la quatrième grève générale en un peu plus de deux ans de mandat de Javier Milei. Comme la semaine dernière, une manifestation largement pacifique a rassemblé plusieurs milliers de personnes aux abords du Parlement, avant de dégénérer en accrochages entre quelques dizaines de personnes et la police.
Bouteilles et pierres ont volé en direction des forces de l'ordre, qui de leur côté ont fait usage de lacrymogènes, canons à eau et balles en caoutchouc, avant finalement d'avancer en force pour dégager la place. Une dizaine de personnes ont été interpellées, selon divers médias dont l'AFP, à l'issue de heurts pourtant moins violents qu'il y a huit jours, lorsque des manifestants avaient usé de cocktails Molotov.
Les transports communs paralysés
La grève a eu un suivi "très important", a affirmé Jorge Sola, co-dirigeant de la CGT (pro-péroniste, centre-gauche), principale centrale, revendiquant une activité arrêtée "à 90 %". "Des niveaux de suivi comme il n'y en a jamais eu sous ce gouvernement", a-t-il insisté. Même si "beaucoup ne seront pas d'accord" avec cette évaluation, concédait-il.
Plus que tout, ce sont les transports, aériens, ferroviaires, paralysés à l'image d'aéroports et gares vides, et les bus – malgré quelques lignes circulant –, qui ont le mieux traduit l'impact de la grève de 24 heures depuis jeudi à minuit (heure locale), a constaté l'AFP à Buenos Aires. Aerolineas Argentinas avait annoncé plus de 250 vols annulés.
La capitale a offert un visage contrasté : trafic de voitures plus dense qu'a l'accoutumée, mais des arrêts de bus, d'habitude bondés, vidés. Et une grande majorité de commerces ouverts, bien que certains privés d'employés retenus faute de transport. "Je vais travailler parce que j'ai peur de perdre mon emploi, mais je n'arrive pas à me déplacer, je vais devoir y aller à pied", se résignait jeudi matin Nora Benitez, infirmière de 46 ans, à cinq kilomètres de son lieu de travail. Dans l'air flottaient des relents d'ordures amoncelées dans la chaleur de l'été austral, faute de ramassage depuis 24 heures.
Le chef de cabinet des ministres (sorte de Premier ministre) Manuel Adorni a fustigé une grève "perverse", une "extorsion", car "pour autant que les gens aient envie de travailler, si on leur coupe le transport, ils ne peuvent pas".
Une "précarisation" du travail fustigée
La grève illustre un regain de tension sociale, quatre mois après le succès électoral de l'ultralibéral Javier Milei, sorti renforcé lors des législatives de mi-mandat. Projet-clé de la seconde moitié du mandat de Javier Milei, la réforme facilite les licenciements, réduit le barème d'indemnités, rend possible l'extension de la journée de travail jusqu'à 12 heures, étend les services dits "essentiels" en cas de grève et autorise le fractionnement des congés.
Pour l'exécutif, ce texte va permettre de doper l'embauche dans une économie qui compte plus de 40 % d'emploi informel. Notamment en freinant ce que le gouvernement dénonce comme "l'industrie des procès", une judiciarisation à outrance du monde du travail. "Pas une modernisation, une précarisation", rétorque la CGT, qui dénonce un texte "régressif et anticonstitutionnel".
Javier Milei compte boucler sa réforme totem d'ici le 1er mars, pour son discours annuel au Parlement. En attendant, loin de la grève et des tensions, il assistait jeudi à Washington au Conseil de la paix de son allié Donald Trump.
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Au pouvoir depuis décembre 2023, il a enregistré un succès macro-économique majeur face à l'inflation, ramenée de plus de 150 % à 32 %, en interannuel. Mais aux prix d'une austérité budgétaire et de coupes dans l'emploi public qui ont anémié consommation et activité. En deux ans, près de 300 000 emplois ont été perdus, public et privé confondus.
Avec AFP
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