Deux journalistes de France 24, Nina Masson et Yong Chim, ont été victimes d'une tentative d'intimidation et de censure après une question posée à un acteur sur la tribune anti-Bolloré, qui a agité le festival de Cannes cette année. La direction et la société des journalistes de France 24 dénoncent des faits d'une "gravité inédite".

Publié le : 05/06/2026 - 12:56Modifié le : 05/06/2026 - 15:13

La scène s'est produite le 27 mai dernier dans un grand hôtel parisien. Une équipe de France 24 est conviée à venir interviewver l'équipe du film "La Bataille de Gaulle" avec Simon Abkarian dans le rôle principal, diptyque consacré au destin de l'homme du 18-Juin.

Alors que l'un des acteurs du long métrage d'Antonin Baudry, développe un propos autour de la notion d'engagement, notre journaliste Nina Masson rebondit en évoquant la tribune anti-Bolloré qui a récemment suscité l'émoi sur la croisette, conduisant même le gouvernement à réagir.

Publiée en amont du Festival de Cannes et signée par des centaines de professionnels, cette tribune s'alarmait d'un contrôle accru du milliardaire Vincent Bolloré sur le cinéma français, à travers Canal+ et le réseau UGC. Maxime Saada, le président du groupe Canal+, soutien majeur de la création cinématographique en France, avait alors annoncé que la chaîne ne travaillerait plus avec les signataires.

Visiblement mal à l'aise par la question posée par notre consœur, l'acteur préfère botter en touche. L'affaire aurait normalement dû en rester là. "Ce qui s'est produit à l'issue de l'interview est d'une gravité inédite. L'attachée de presse de l'acteur a bloqué notre équipe dans la pièce, la menaçant et exigeant la restitution immédiate de la carte mémoire contenant l'enregistrement de l'interview", écrit la SDJ de France 24 dans un communiqué.

Cette attachée de presse était "très vindicative et en colère, pas du tout professionnelle", relate Nina Masson qui explique avoir fermement refusé de donner la carte mémoire.

Des méthodes de "régimes autoritaires"

Devant le refus de notre équipe de céder à ces demandes illégitimes et contraires à l'éthique journalistique, une deuxième attachée de presse, a pris part à l'incident. Sous pression, Nina Masson et Yong Chim ont été contraints de signer "un engagement écrit de non-diffusion du passage litigieux".

"Des méthodes comme ça, où on m'arrache mon matériel et où on me demande de restituer une carte mémoire, ça m'est arrivé dans des régimes autoritaires", s'est émue vendredi au micro de France culture Julie Dungelhoeff, présidente de la SDJ de France 24 et grand reporter habituée aux terrains difficiles.

Le passage incriminé ne sera finalement pas utilisé par nos équipes, non pas par peur de représailles mais car il a été jugé inutilisable. Choqués par la violence du procédé, nos deux journalistes ainsi que la direction de France 24 réclament des excuses de la part des deux attachés de presse mis en cause.

Un climat de peur

France 24 condamne également avec la plus grande fermeté les pressions exercées sur ses journalistes, qu’elle qualifie de pratiques archaïques constituant une atteinte inacceptable à la liberté de la presse.

"Nous dénonçons fermement les actes d'intimidation qui ont visé nos équipes. Je trouve la méthode stupéfiante. Elle nécessite des excuses immédiates. Notre équipe a été malmenée dans l'exercice de son métier. Cela ne peut pas créer un précédent", affirme Vanessa Burggraf, la directrice de la rédaction de France 24.

Selon Nina Masson, l'épisode en dit long sur "la peur" qui s'est infiltrée dans le milieu du cinéma français depuis les propos de Maxime Saada évoquant une "liste noire".

"Depuis, j'ai reçu sur mes réseaux des dizaines de témoignages de journalistes culture qui vivent la même chose. Sans aller à ce niveau-là, ils subissent des pressions pour ne pas poser telle ou telle question. On en a marre de travailler dans ces conditions", confie Nina Masson.

La Société des Journalistes de France 24 indique apporter "un soutien sans réserve" à Nina Masson et Yong Chim. "La liberté de la presse est non négociable", conclut la SDJ.

Pour afficher ce contenu X (Twitter), il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

*article modifié à 14H55 pour inclure les réactions de Vanessa Burggraf et Nina Masson

Mots-clés associés à l’article

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.