Le ministère de l'Intérieur a annoncé avoir procédé, jeudi, à 1 949 interpellations en France dans le cadre du mouvement de blocage des lycées, notamment pour atteinte aux personnes dépositaires de l'autorité publique, violences et attroupements. Les préfets ont pris des arrêtés d'interdiction de manifester vendredi aux abords des lycées fermés.
Publié le : 01/10/2026 - 11:31Modifié le : 02/10/2026 - 09:09
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La gronde lycéenne se durcit. Des proviseurs agressés, des policiers ou des manifestants blessés, des établissements dégradés, des incendies volontairement provoqués... Le mouvement de blocage des lycéens, rejoints par les étudiants, pour demander davantage de moyens s'est envenimé jeudi 1er octobre dans plusieurs grandes villes du pays, contraignant le Premier ministre Sébastien Lecornu à convoquer une cellule de crise à la mi-journée.
Tous les préfets ont pris, dans la soirée, des arrêtés d'interdiction de manifester vendredi aux abords des lycées fermés ce jour-là, en réponse au mouvement émaillé de violences, a appris l'AFP auprès du ministère de l'Intérieur. Treize lycées parisiens seront fermés vendredi. Dans tous les départements, la même consigne a été donnée, a-t-on ajouté au ministère de l'Intérieur.
Un total de 1 949 personnes ont été interpellées jeudi en France, essentiellement pour atteinte aux personnes dépositaires de l'autorité publique, violences et attroupements, a annoncé le ministère de l'Intérieur.
Au cours de la journée, la place Beauvau a décompté 305 policiers et gendarmes blessés. Le ministre Laurent Nuñez, qui a condamné une "violence débridée", a réuni à 19 h les préfets, les directeurs de la police et de la gendarmerie ainsi que les responsables des services de renseignement pour faire le point sur la situation, a précisé le ministère.
Il a constaté "une aggravation de la situation qui n'a plus rien de l'expression légitime de revendications lycéennes mais présente désormais toutes les caractéristiques d'une situation de violences urbaines". Il a cité les jets de mortiers d'artifice, les incendies de bâtiments publics, le pillage de magasins notamment.
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Débordements à Marseille
Des débordements ont eu lieu à Marseille, avec une centaine de feux de poubelle, selon la préfecture. Tout l'après-midi, des groupes de lycéens ont fait face aux CRS dans le centre-ville.
Rassemblés devant le commissariat de police aux cris de "Libérez nos camarades", un cortège de lycéens et d'étudiants a été repoussé sur la Canebière par les forces de l'ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes. Plusieurs feux de poubelles et de vélos ont par ailleurs nécessité l'intervention des pompiers.
La circulation des bus, tramways et métros a dû être interrompue dans la matinée en raison de dégradations et d'agressions survenues sur le réseau. Elle ne reprendra pas avant vendredi, a précisé la Régie des transports métropolitains (RTM).
La RTM a fait état d"'un conducteur blessé au visage et transporté à l'hôpital" et de "quatre bus endommagés, dont un incendié". L'opérateur a dénoncé "le caractère inacceptable et inédit des évènements l'ayant touché".
Au lycée Victor-Hugo, situé près de la gare Saint-Charles, plusieurs altercations entre les CRS et les lycéens ont eu lieu dans la matinée, après que des poubelles, une porte du lycée et la camionnette qui se trouvait à proximité ont brûlé, a constaté une journaliste de l'AFP.
Dans cet établissement, un proviseur et son adjoint ont été éclaboussés par de l'essence que des individus mettaient dans des conteneurs, a indiqué le rectorat.
De nombreuses villes sous tension
Dans plusieurs villes, des poubelles ont été renversées sur la chaussée, des feux allumés devant ou dans les établissements, des projectiles lancés, des abribus brisés et des mortiers d'artifice et gaz lacrymogènes tirés, ont constaté des journalistes de l'AFP.
En Normandie, deux proviseurs ont été la cible d'"agressions", selon l'académie. Tout comme la cheffe d'établissement d'un lycée à Ingré, près d'Orléans, selon le rectorat. Ou encore le proviseur d'un lycée professionnel du Pas-de-Calais, ciblé par un "pétard allumé", selon le parquet de Béthune.
À Perpignan, où six lycées ont été bloqués, une jeune fille a été blessée à la tête durant la manifestation en centre-ville par un projectile venant de la foule, selon la police. À Carcassonne, ce sont deux policiers qui ont été légèrement blessés, selon la préfecture. À Paris, c'est un policier municipal qui a été blessé par des jeunes qui s'en sont pris à son véhicule, a déploré sur X le maire socialiste de la capitale, Emmanuel Grégoire.
"Les jeunes doivent foutre la merde pour qu'on les entende"
Des incidents violents ont également eu lieu à Besançon ainsi qu'à Toulouse, où des jeunes ont envahi certaines artères et les rails du tramway, bloquant complètement la circulation en certains points.
À Strasbourg, la circulation des trams a été interrompue pour "limiter les mouvements des manifestants".
"On manifeste contre les classes surchargées, contre ce gouvernement qui (...) n'investit pas dans du chauffage, des climatisations, les salaires de nos profs", a expliqué à l'AFP Maëlle, lycéenne de 16 ans au lycée Malherbe de Caen. "Certains ont mis le feu à des poubelles, je préférerais qu'ils manifestent par des mots plutôt que par ces actions."
"Les jeunes doivent foutre la merde pour qu'on les entende, on n'a pas d'autre manière", a estimé de son côté Lola, élève de seconde, devant un lycée rennais bloqué.
Appelant à un "acte deux" après la première mobilisation nationale de mardi, les étudiants ont rejoint le mouvement jeudi, avec une trentaine de campus bloqués, selon le syndicat l'Union étudiante.
"Nous avons dépassé une ligne rouge"
Le Premier ministre avait dénoncé lundi sur le réseau X une "surenchère irresponsable" d'élus de La France insoumise qui avaient appelé, comme le député Louis Boyard, à "étendre" le mouvement de blocage des lycées.
Le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon lui avait aussitôt répondu en l'accusant d'avoir "ordonné la répression" du mouvement "avec un arrière-goût raciste évident" et en appelant élus et militants insoumis à s'"interposer partout où" ils le peuvent.
Pour tenter d'apaiser la colère des lycéens, le ministre de l'Éducation Édouard Geffray avait proposé mercredi l'ouverture d'une "plateforme de concertation" à laquelle "tous les lycéens pourront contribuer". Il a rencontré jeudi à Versailles des lycéens élus du Conseil académique de la vie lycéenne.
"Nous avons dépassé une ligne rouge. On éborgne la jeunesse comme ils ont fait avec les Gilets jaunes", a réagi auprès de l'AFP Ryad Rani, président de l'Union syndicale lycéenne (USL), que ces annonces n'ont pas calmé.
Un "usage très proportionnel" des "armes intermédiaires"
Trois enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN, la police des polices, après que des lycéens ont été blessés lors de blocages d'établissements. Mercredi, à Tours, un jeune homme a été blessé à la tête et hospitalisé pour des lésions "compatibles" avec un tir de LBD, selon le parquet de la ville.
"Il y a un usage très proportionnel" des "armes intermédiaires", notamment du gaz lacrymogène, a cependant assuré le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.
Pendant que les lycéens se mobilisaient, le gouvernement a présenté jeudi matin son projet de budget, prévoyant notamment de faire payer 178 euros de droits annuels en BTS aux étudiants non boursiers, 270 euros pour ceux en classes préparatoires aux grandes écoles.
"Est-ce que Sébastien Lecornu est un pyromane ?", a réagi Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, parlant de "provocation supplémentaire".
Avec AFP
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