Venise (Italie) (AFP) – Tourné presque exclusivement avec des acteurs et actrices néophytes, le film "15/18", en salle mercredi en France, offre une plongée dans une unité psychiatrique pour adolescents où la lumière surgit parfois malgré la dureté du quotidien.
Publié le : 07/11/2026 - 11:58
L'actrice principale Malou Khebizi, 23 ans, récompensée par le prix du meilleur espoir à la Mostra de Venise, où l'AFP l'a rencontrée au début du mois de septembre, espère que le film trouvera un écho auprès de sa génération, particulièrement concernée par les enjeux de santé mentale.
QUESTION : Vous étiez quasiment la seule actrice de métier parmi les douze jeunes du film. Comment s'est passé le tournage ?
REPONSE : "C'était génial, Cédric (Kahn, le réalisateur) a une manière de travailler rare et intelligente : il fait de grandes mises en place seulement avec les acteurs, sans la technique.
Il nous expliquait les situations, les scènes qu'on allait tourner. Pour les jeunes acteurs, ça permet d'être complètement concentré et de ne pas être perturbé par la technique ou des choses qui n'ont rien à voir avec ce qu'on va jouer.
C'étaient des moments très précieux et c'est rare d'avoir un plateau vide, pour discuter, pour être libre de parler avec le réalisateur. Après, il tournait à trois caméras, comme ça tout le monde était filmé et on gardait le plus possible la spontanéité des scènes."
Q : Vous jouez Lucia, une jeune fille de 17 ans très dure, qui a une vie difficile et souffre de problèmes de santé mentale. Comment avez-vous approché ce rôle ?
R : "J'avais peur de m'être nourrie de clichés sur la psychiatrie. Du coup, j'ai passé une journée aux urgences psychiatriques à l'hôpital Robert Ballanger en Seine-Saint-Denis, où j'ai rencontré un psychiatre qui m'a parlé du syndrome du trouble de la personnalité borderline (dont souffre son personnage, ndlr).
C'est une maladie mentale qui touche un gros pourcentage de la population, surtout les femmes, à des degrés différents. Il y en a qui vivent très bien avec, c'est juste comme un trait de personnalité, et ça peut être aggravé par des agressions sexuelles, de l'inceste, des traumatismes ou une famille dysfonctionnelle.
Mon personnage a enchaîné les agressions depuis son enfance.
Ce sont des personnes qui vont avoir tendance à être dans l'excès dans leurs émotions. Elles font beaucoup de tentatives de suicide, mais pas dans le but de mourir, plutôt dans le but d'attirer l'attention, comme des appels à l'aide."
Q : Espérez-vous que ce film contribue au débat autour de la santé mentale des jeunes ?
R : "J'espère que ça va toucher ma génération, parce qu'on est une génération ultra fragilisée, par l'état du monde qui est assez affreux et anxiogène et aussi parce qu'on est la première génération internet.
Il y a eu le Covid, on a traversé un tas de crises, et je pense que ça accentue les problèmes de santé mentale. Ce sont des sujets qui sont très abordés dans ma génération mais qui n'ont pas plus de solutions qu'avant.
Il y a beaucoup de lacunes dans la médecine pour les femmes, la recherche sur les molécules se concentre beaucoup sur les hommes, alors qu'on n'a pas du tout le même cycle hormonal, ça joue énormément sur la santé mentale.
Il y a un vrai problème de recherche, de moyens pour l'hôpital public aussi."
Q : Votre carrière a été propulsée il y a deux ans par "Diamant Brut". Cette année vous êtes dans trois films. Comment vous abordez ce succès naissant ?
R : "Il y a plein de choses qui ont changé. J'ai déménagé à Paris pour pouvoir travailler (elle vient de Marseille). Je me sens un peu plus sereine qu'il y a deux ans, où j'avais tellement aimé mon expérience dans +Diamant Brut+, que j'avais extrêmement peur de ne pas continuer. Du coup, j'ai redoublé d'efforts. Et aujourd'hui je me sens un peu plus légitime.
J'espère continuer, je fais tout pour, et puis j'ai eu la chance de ne pas galérer grâce à +Diamant brut+. Ca a été limpide, alors que ma vie avant le cinéma ce n'est que des galères, donc c'est génial."
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