Austin (États-Unis) (AFP) – A seulement 37 ans, le démocrate James Talarico a réalisé mardi un véritable tour de force en remportant le siège de sénateur en jeu au Texas, faisant ainsi basculer à gauche ce bastion du conservatisme américain jusqu'alors acquis à Donald Trump.

Publié le : 04/11/2026 - 07:37

Dans ce territoire pétrolier et agricole, où le port d'armes est profondément ancré dans la culture locale et où le milliardaire républicain avait gagné avec 14 points d'avance en 2024, les démocrates n'avaient plus remporté d'élection à l'échelle de l'État depuis plus de 30 ans.

"Ce soir, nous avons battu Goliath", a lancé ce séminariste presbytérien dans un discours de victoire ponctué de références bibliques et d'appels à l'unité.

Sa victoire contre Ken Paxton, procureur général de l'État et proche allié de Donald Trump, s'impose déjà comme l'une des plus significatives du scrutin, dont les dépouillements sont toujours en cours.

D'autant qu'elle a été rapidement doublée de l'élection de la démocrate Gina Hinojosa au poste de gouverneure. A l'annonce de ces résultats par plusieurs médias américains, des milliers d'électeurs réunis dans un théâtre d'Austin, la capitale du Texas, ont explosé de joie.

"C'est une immense victoire pour le Texas mais aussi pour les États-Unis", a insisté auprès de l'AFP Kathy Jackoway, incapable de retenir des larmes de joie face à cette nouvelle qui, elle l'espère, permettra "de reprendre le contrôle de ce gouvernement qui est hors de contrôle".

"Amour"

La compétition sénatoriale dans cet État, le deuxième le plus peuplé des États-Unis, était l'une des plus suivies.

Alors qu'une victoire de la gauche dans ce territoire était jugée impensable il y a encore peu, James Talarico a su mobiliser face à l'impopularité historique de Donald Trump et au vif mécontentement de l'électorat vis-à-vis du coût de la vie et de la guerre en Iran.

Élu au Parlement du Texas depuis 2018, cet ancien enseignant avait fait campagne en dénonçant les inégalités économiques et la corruption. Symbole d'une nouvelle génération de démocrates se présentant comme modérés, il cherchait à séduire les indépendants et les déçus de Donald Trump.

Lui qui place sa foi chrétienne au centre de son engagement politique avait également insisté sur le besoin d'unité et promis des "politiques d'amour".

Il s'était toutefois attiré des critiques de la part des chrétiens conservateurs pour sa défense notamment du droit à l'avortement et des droits LGBT+.

Face à lui, Ken Paxton, un ultra-conservateur proche de Donald Trump peinait à faire oublier les nombreux scandales attachés à son nom.

Cet avocat de formation de 63 ans avait fait notamment l'objet en 2023 d'une procédure en destitution devant le Parlement local pour des accusations de corruption et d'abus de pouvoir, qu'il dément.

Et son divorce, demandé par son épouse en 2025 pour "raisons bibliques", l'avait plongé dans un retentissant scandale d'adultère.

- "Pas le poids" -

Le sénateur républicain sortant John Cornyn, qui n'avait pas été adoubé par Donald Trump lors des primaires du parti, a rapidement transmis ses félicitations à James Talarico.

"Les électeurs se sont prononcés", a-t-il déclaré sur X, se disant prêt à lui apporter son "aide dans cette phase de transition".

Signe de l'enjeu de cette élection : Donald Trump s'était rendu quatre fois au Texas depuis début octobre pour faire élire son candidat.

Et les soutiens des républicains, dont l'homme le plus riche du monde, Elon Musk, avaient versé des sommes considérables pour venir à son aide.

Le richissime entrepreneur, qui a déménagé ces dernières années ses entreprises au Texas, a ainsi dépensé plus de 200 millions de dollars pour soutenir Ken Paxton.

Ce que n'a pas manqué de souligner James Talarico : "Nous venons de prouver que tout l'argent du monde ne fait pas le poids face aux Texans", a-t-il lancé à ses soutiens.

© 2026 AFP

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