Les Thaïlandais votent dimanche pour départager les réformistes des conservateurs au pouvoir, lors de législatives anticipées convoquées après une période d'instabilité marquée par le déclin du clan du patriarche Thaksin Shinawatra.

Publié le : 08/02/2026 - 02:39Modifié le : 08/02/2026 - 08:37

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Les bureaux de vote ont ouvert vers 8 h locales (1 h GMT) pour ce scrutin qui mobilise 53 millions d'électeurs. Deux ans après de précédentes élections, la Thaïlande vote dimanche 8 février pour des législatives anticipées dans lesquelles s'affrontent les réformistes et les conservateurs.

Plébiscitée par les jeunes dans ce royaume où la démocratie s'exerce dans l'étau d'institutions conservatrices, l'opposition part favorite.

Mais les analystes jugent peu probable qu'elle remporte la majorité absolue, anticipant des négociations post-électorales pour la formation d'une alliance.

Résultat : bien qu'en tête des sondages, les réformistes du Parti du peuple risquent fort de se voir barrer la route par une entente entre le parti conservateur Bhumjaithai et le parti populiste Pheu Thai, pressenti troisième.

Le chef du gouvernement de centre droit Anutin Charnvirakul apparaît donc bien parti pour conserver son poste, auquel il a accédé en septembre après une période mouvementée où le pouvoir a évolué au rythme des décisions de justice.

"Si l'on en croit les derniers sondages, ils [les réformistes] seraient en tête de ces élections, mais ils proposent de changer structurellement le système, notamment la place de l'armée au sein du pays : s'ils ont mis de l'eau dans leur vin par rapport à 2023, ils restent toujours perçus comme remettant en cause les cadres fondamentaux du pays, et pourraient donc faire face à une coalition de partis plus conservateurs qui pourraient freiner le changement", analyse auprès de France 24 Arnaud Leveau, président de l'institut de recherche indépendant Asia Centre.

Le scrutin se tient aussi dans un contexte de croissance économique morose dans le pays d'Asie du Sud-Est, concurrencé par le Vietnam en pleine expansion, et dont le secteur touristique vital n'a pas retrouvé son niveau d'avant la pandémie.

Le prochain gouvernement devra en outre gérer un ancien conflit transfrontalier avec le Cambodge qui a dégénéré deux fois l'année dernière en affrontements meurtriers.

"J'espère que le prochain gouvernement va apporter de réelles améliorations à la population", a confié Dam Nukonram, 77 ans, premier arrivé au bureau de Buriram, ville natale d'Anutin Charnvirakul, évoquant ce conflit "si proche" de chez lui.

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"Ces élections ne sont pas seulement un choix de gouvernement, elles testent aussi les limites du système thaïlandais : on vote, mais dans un cadre très verrouillé. L'enjeu n'est pas de savoir qui gagne, mais qui sera en position de gouverner", poursuit Arnaud Leveau.

Le risque d'une "frustration prolongée"

Dans un paysage politique fragmenté, le score du Pheu Thai s'annonce crucial : la formation de la figure dominante de la politique thaïlandaise depuis le début du siècle, Thaksin Shinawatra, espère minimiser son déclin et s'imposer en partenaire indispensable de toute coalition.

"Aujourd'hui, la Thaïlande doit changer, votre voix compte, donc je voudrais inviter chacun de vous à venir voter", a déclaré devant des journalistes à Bangkok le neveu de Thaksin, Yodchanan Wongsawat, prétendant au poste de Premier ministre issu du Pheu Thai.

Pour le Parti du peuple, le scénario pressenti d'une alliance conservatrice a des airs de déjà-vu. Son chef de file, Natthaphong Ruengpanyawut, a néanmoins promis dimanche de "former le gouvernement du peuple", anticipant une victoire de son camp.

En 2023, le prédécesseur du Parti du peuple, Move Forward, avait créé la surprise en remportant les législatives. Mais son candidat avait été écarté du poste de Premier ministre, avant que la formation ne soit dissoute en vertu de la loi contre le crime de lèse-majesté.

Le Pheu Thai avait alors formé une coalition avec le Bhumjaithai, et placé deux chefs de gouvernement issus de ses rangs.

Destituée par la Cour constitutionnelle l'an dernier, la seconde, Paetongtarn Shinawatra, fille de Thaksin, a été remplacée par le chef du Bhumjaithai, Anutin, troisième Premier ministre en deux ans.

À 59 ans, ce riche héritier d'une famille qui a fait fortune dans le BTP a su manoeuvrer au gré d'alliances mouvantes ces deux dernières décennies pour collectionner les postes ministériels avant de prendre la tête du gouvernement.

"Le risque actuel n'est pas tant une crise immédiate suite aux résultats des élections et la constitution d'une nouvelle coalition, mais plutôt une frustration prolongée : si le résultat est de nouveau neutralisé par les institutions du pays, la défiance pourrait s'approfondir et la Thaïlande pourrait rentrer dans un nouveau cycle de crise lente et longue", explique Arnaud Leveau.

Une douzaine de coups d'État militaires

Depuis la fin de la monarchie absolue en 1932, le royaume a connu une douzaine de coups d'État militaires, des manifestations réprimées dans le sang ainsi que des dissolutions de partis et destitutions régulières de Premiers ministres par la Cour constitutionnelle.

La Constitution héritée du dernier coup d'État, en 2014, suivi de cinq années de régime militaire, accorde un pouvoir considérable aux sénateurs, non élus au suffrage universel.

Un référendum également organisé dimanche doit permettre aux électeurs de se prononcer sur le principe d'une réforme constitutionnelle, mais aucune mesure spécifique n'est proposée.

Avant les élections, une sympathisante du Parti du Peuple de 26 ans, Patcharee Phadungsuksira, a dit à l'AFP souhaiter un système "plus équitable et représentant véritablement la voix du peuple".

Ce parti réformiste préconise la fin de la conscription et la réduction du nombre de généraux.

Anutin Charnvirakul, du parti conservateur Bhumjaithai, redouble, lui, de promesses nationalistes après des combats à la frontière avec le Cambodge l'année dernière qui ont fait des dizaines de morts et plus d'un million de déplacés des deux côtés.

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Le Pheu Thai est lui dépassé dans l'opinion par ses deux adversaires, affaibli par l'emprisonnement du richissime Thaksin pour corruption et par la destitution de sa fille pour des propos jugés trop conciliants envers Hun Sen, l'ex-Premier ministre cambodgien.

Avec AFP

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