Une centaine d'auteurs, dont des poids lourds de la littérature, annoncent dans une lettre rendue publique, mercredi, quitter Grasset suite au licenciement de son PDG, Olivier Nora. Ils fustigent "une atteinte inacceptable à l'indépendance éditoriale" et le mépris de Vincent Bolloré, propriétaire de cette maison d'édition.
Publié le : 16/04/2026 - 00:29Modifié le : 17/04/2026 - 10:42
Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Bernard-Henri Lévy, Frédéric Beigbeider, Vanessa Springora... Un total de 115 auteurs publiés chez Grasset annoncent quitter cette maison d'édition pour dénoncer le licenciement de son PDG, Olivier Nora, "une atteinte inacceptable à l'indépendance éditoriale" dont ils tiennent Vincent Bolloré pour responsable, selon une lettre commune consultée mercredi 15 avril au soir par l'Agence France-Presse (AFP).
"Nous sommes des auteurs Grasset, nous avons publié chez Grasset, ou nous avons un livre qui va sortir chez Grasset, mais nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset. Et nous sommes 115", indique ce courrier signé notamment par des poids lourds de la littérature, romanciers comme essayistes.
Cette décision inédite par son ampleur a été prise dans l'urgence après l'annonce mardi du départ d'Olivier Nora de la tête de Grasset, maison qu'il dirigeait depuis 26 ans et qui appartient au groupe Hachette contrôlé par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré depuis 2023.
Les raisons de ce départ surprise n'ont pas été officiellement précisées mais, selon ce collectif, il s'agit d'un "licenciement" marquant "une atteinte inacceptable à l'indépendance éditoriale et la liberté de création".
"Une fois de plus, Vincent Bolloré dit 'je suis chez moi et je fais ce que je veux' au mépris de celles et ceux qui publient, de celles et ceux qui accompagnent, éditent, corrigent, fabriquent, diffusent, distribuent nos livres. Et au mépris de celles et ceux qui nous lisent", indique le texte, dont les initiateurs insistent sur la dimension collective.
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"Aujourd'hui, nous avons un point commun : nous refusons d'être les otages d'une guerre idéologique visant à imposer l'autoritarisme partout dans la culture et les médias", affirment les signataires. "Nous ne voulons pas que nos idées, notre travail, soient sa propriété", affirme ce courrier titré "Nous sommes 115 auteurs à quitter Grasset".
Olivier Nora, le "ciment" de la maison d'édition
Certains d'entre eux avaient déjà annoncé dans la journée qu'ils claquaient la porte de Grasset au nom de leur fidélité au très respecté Olivier Nora, 66 ans.
"J'ai toujours dit que si on touchait un cheveu d'Olivier Nora, je partirais de Grasset et ma position n'a pas changé", avait déclaré à l'AFP Sorj Chalandon.
Dans leur courrier commun, les 115 signataires, où figurent également Anne Sinclair, Jean-Paul Enthoven, Anne Berest ou Colombe Schneck, rendent eux aussi hommage à Olivier Nora, décrit comme le "ciment" d'une maison d'édition qui abritait jusque-là des auteurs d'opinions très diverses.
"Les éditions Grasset étaient notre maison, particulière, car s'y côtoyaient pacifiquement des autrices et des auteurs qui n'étaient pas d'accord sur grand-chose. Olivier Nora en a été le rempart et le ciment par son élégance morale, sa disponibilité, et son engagement", indique ce texte commun.
Son départ marque une nouvelle étape dans la recomposition des maisons contrôlées par Hachette Livre, le numéro un de l'édition française et troisième éditeur mondial, impulsée ces dernières années par Vincent Bolloré.
Arnaud Nourry, son PDG pendant 17 ans, et Sophie de Closets, la patronne de Fayard, sont ainsi partis sur des désaccords avec la nouvelle orientation prise par le groupe.
Depuis, Fayard, traditionnellement réputé pour ses ouvrages d'histoire, a surtout publié les ouvrages d'auteurs marqués à droite ou à l'extrême droite comme Nicolas Sarkozy, Jordan Bardella et Philippe de Villiers.
Sansal nie être au coeur de ce départ
Selon une source proche du dossier, le départ d'Olivier Nora serait lié à la publication du prochain livre de Boualem Sansal, dont l'arrivée chez Grasset en provenance de Gallimard, son éditeur historique, avait fait grand bruit en mars.
"Les deux parties ont fait le constat d'un désaccord" sur l'opportunité de publier cet ouvrage, consacré à la détention de l'écrivain franco-algérien en Algérie, dès juin sans attendre l'automne comme le souhaitait Olivier Nora, indique cette source.
Une version contestée par Boualem Sansal dans une interview mercredi à TV5Monde. "Nora lui-même m'a écrit un très long truc (...) en me disant 'tu n'y es pour rien'", a insisté l'écrivain.
La crise chez Grasset, où Jean-Christophe Thiery, PDG de Louis Hachette Group et homme de confiance de Vincent Bolloré, va succéder à Olivier Nora, devrait être largement débattue au Festival du Livre, qui s'ouvre jeudi soir au Grand Palais.
Un total de 115 auteurs publiés chez Grasset annonce quitter cette maison d’édition pour dénoncer le licenciement de son PDG, Olivier Nora, dont ils tiennent Vincent Bolloré pour responsable, selon une lettre commune publiée mercredi 15 avril en soirée et notamment diffusée par Le Monde.
"Nous sommes publiés par Olivier Nora depuis 26 ans. Les éditions Grasset étaient notre maison, particulière, car s’y côtoyaient pacifiquement des autrices et des auteurs qui n’étaient pas d’accord sur grand-chose.
Olivier Nora en a été le rempart et le ciment par son élégance morale, sa disponibilité, et son engagement. Son licenciement est une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale et à la liberté de création.
Une fois de plus, Vincent Bolloré dit "je suis chez moi et je fais ce que je veux" au mépris de celles et ceux qui publient, de celles et ceux qui accompagnent, éditent, corrigent, fabriquent, diffusent, distribuent nos livres. Et au mépris de celles et ceux qui nous lisent.
Nous ne voulons pas que nos idées, notre travail, soient sa propriété. Aujourd'hui, nous avons un point commun : nous refusons d'être les otages d'une guerre idéologique visant à imposer l'autoritarisme partout dans la culture et les médias.
Nous sommes pleinement solidaires des équipes, des autrices et des auteurs qui ne peuvent encore se prononcer. Nous sommes des auteurs Grasset, nous avons publié chez Grasset, ou nous avons un livre qui va sortir chez Grasset, mais nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset. Et nous sommes 115".
Avec AFP
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