La guerre est déclarée, ou presque. Après la débâcle des républicains aux élections de mi-mandat, Donald Trump et ses alliés fustigent la piètre qualité des candidats, tandis que sur le terrain, les responsables locaux du parti pointent la responsabilité du président. Parmi les ténors, le vice-président J. D. Vance prend ses distances avec Trump en douceur et jette les bases d'une plateforme pour 2028, tandis que Ron DeSantis se présente à demi-mot comme une alternative.
Publié le : 04/11/2026 - 22:04Modifié le : 04/11/2026 - 22:12
"La bataille commence tout de suite", et c’est un proche de Donald Trump qui le dit. Jason Miller s’exprimait mercredi 4 novembre au matin dans le podcast de Steve Bannon sur le futur du Parti républicain, au lendemain d’une déroute spectaculaire aux midterms. Alors que des voix à droite ont déjà commencé à s’élever pour pointer du doigt le président américain, son conseiller en communication l'a défendu.
Selon Jason Miller, abandonner Donald Trump et le mouvement Maga serait une erreur. Il faut plutôt retourner aux sources de "ce qui a porté Donald Trump à la Maison Blanche en 2016". "Nous avons raté certaines choses et il va falloir être honnêtes avec nous-mêmes", a-t-il toutefois admis, mais la défaite de mardi "n’a rien à voir avec une adhésion à quoi que ce soit chez les démocrates".
À lire aussiCorruption, dossier Epstein... les démocrates préparent une série d'enquêtes sur le clan Trump
Alex Bruesewitz, un autre conseiller de Donald Trump, a lui jugé que les candidats républicains perdants étaient "sans éclat, paresseux et de piètres communicants".
Le président américain lui-même a balayé d’un revers de la main toute forme de responsabilité dans la défaite de son parti. Les républicains auraient "gagné haut la main" s’il avait été sur le bulletin, a-t-il réagi peu après les premiers résultats mardi soir. Mais le locataire de la Maison Blanche avait précisément demandé aux électeurs de faire comme s’il était sur le bulletin de vote, dans une campagne où il s’est énormément investi sur le terrain. Les enquêtes d’opinion post-scrutin le montrent : les électeurs se sont prononcés contre la hausse du coût de la vie liée à la guerre en Iran et contre la corruption, alors que les scandales se sont multipliés ces derniers temps dans l’entourage du président.
"C’était un vote anti-Trump"
Sur le terrain, les responsables de campagnes locales ne mâchent pas leurs mots. L’analyse des résultats faite par Donald Trump est "ridicule", raille Jason Roe, un stratège républicain du Michigan interrogé par le New York Times. Pour lui, le président est au contraire "l’ingénieur de l’effondrement républicain". Dick Wadhams, un consultant républicain du Colorado, note que la plupart des candidats qui ont perdu des duels clés au Sénat dans des États conservateurs ont été choisis ou soutenus par le président. "Ce n’était pas un vote pour les démocrates", assure-t-il au New York Times. "C’était un vote anti-Trump."
À lire aussiDroit à l'avortement, victoires historiques : la revanche des femmes lors des midterms
Le vote de mardi était-il une répudiation de Donald Trump ou seulement de certaines de ses politiques ? Parmi les ténors républicains, personne n’a encore osé confronter directement le président, bien que la campagne des midterms ait montré que certains ont déjà commencé à se démarquer. Le chef des républicains à la Chambre des représentants, Mike Johnson, est resté muet sur le sujet tout en annonçant sa démission. Il ne cherchera pas à devenir le chef de la minorité quand les démocrates reprendront le marteau de "speaker".
Une voix pourtant, et pas des moindres, s’est élevée mercredi. Le vice-président J. D. Vance – vu comme le dauphin de Donald Trump pour 2028 – a écrit un long message sur X en guise de rupture douce avec le milliardaire. Contrairement à son patron, il regarde les résultats en face : si les républicains ont perdu, c’est parce que certains de leurs électeurs ont voté démocrate. Et pour qu’ils reviennent, il faudrait faire quatre choses, énumère-t-il comme pour donner un avant-goût de sa plateforme pour 2028 : "Mettre fin à la guerre en Iran, se concentrer sur le coût de la vie et l’inflation, placer l’Amérique d’abord, et changer la relation avec Israël." "Nous avons perdu à cause de la guerre", répète celui qui, en coulisses, n’a jamais caché son désaccord avec Donald Trump sur le projet d’attaquer l’Iran.
J. D. Vance ou la rupture douce avec Trump
J. D. Vance tente donc, avec diplomatie, de prendre ses distances avec la politique de la Maison Blanche et veut convaincre son parti qu’il a compris le message des électeurs. Il sera pourtant dans une situation très inconfortable s’il confirme sa candidature à la présidentielle. Ses potentiels rivaux aux primaires ne cesseront de lui rappeler qu'il est le numéro 2 de l’administration. Marco Rubio, secrétaire d'État américain qui s'est fait bien plus discret que J. D. Vance pendant la campagne des midterms, pourrait en tirer profit, bien qu'il fasse lui aussi partie de l'administration actuelle. Face à eux, d'autres prétendants tenteront probablement de proposer un modèle hybride au trumpisme après Trump.
"Il y a un début de remise en question au sein du Parti républicain sur la direction à prendre", affirme à Politico Matt Dole, président local du parti dans le comté de Licking, en Ohio. "Je pense qu’une partie du parti va plaider pour un retour à la normale, qui ne remettrait pas en cause l’idéologie et les politiques de Trump, mais qui rejettera son style."
Ron DeSantis avance ses pions
Le gouverneur de Floride sortant Ron DeSantis, ancien rival de Donald Trump aux primaires républicaines de 2024, avance lui aussi lentement ses pions. Il s’est lamenté des résultats sur X, pointant du doigt le fait que la marge avec laquelle les démocrates ont gagné rendra difficile une reprise du Congrès en 2028 pour les républicains. "Nous n’aurons peut-être pas de chance de reprendre le contrôle du Sénat avant 2032", ajoute le républicain, comme pour dire à son audience : "Si vous m’aviez élu aux primaires en 2024, on n’en serait pas là."
Avant même les résultats, il s’était exprimé mardi dans émission radio conservatrice. Détient-il la méthode pour gagner dans deux ans ? Pour 2028, "il y aura des choses chez Trump que les républicains voudront imiter, mais si le public réclame une direction différente sur certains sujets, alors va se poser la question du compromis. Si vous prenez des positions différentes, je pense que Trump aura probablement des mots durs pour vous sur Truth Social. (…) Est-ce que 2028 sera l’élection de la continuité, un nouveau mandat de Trump, ou celle du changement ?"
Pour Ron DeSantis, la solution est de récupérer une partie de l’héritage de Trump, tout en osant le changement sur certains sujets. Il s’en est notamment pris à la corruption à Washington, fustigeant les élus qui s’enrichissent grâce aux investissements en Bourse. "Quand j’ai été élu au Congrès en 2012, la première chose que j’ai faite est de vendre toutes mes actions", s’est-il vanté, comme pour mieux insister sur la différence entre lui et Donald Trump, qui a gagné plus d'1,4 milliard de dollars rien que grâce à ses investissements dans les cryptomonnaies en 2025.
Au lendemain des midterms, les messages des poids lourds républicains sont enrobés de miel mais le fond est parfaitement lisible : après dix ans de trumpisme, il est l'heure pour le parti de se redéfinir et de trouver sa nouvelle voix. Que cela plaise ou non au patron.
Mots-clés associés à l’article
Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.




