Paris (France) (AFP) – La course à l'Elysée lui est passée sous le nez, des accusations d'antisémitisme l'ont bousculé, mais Jordan Bardella veut malgré tout "Gouverner". Dans son nouveau livre paru mercredi, il esquisse même ses premiers "cent jours" à Matignon, sans vraiment détailler ses priorités ni sa méthode.

Publié le : 04/11/2026 - 09:35

Drôle d'exercice: la candidate n'a pas encore dévoilé tout son programme, mais son dauphin s'imagine déjà le mettre en oeuvre. "Je me prépare à devenir chef du gouvernement", a souligné le président du Rassemblement national mardi soir sur TF1, et "avec ce livre j'ai voulu emmener les Français avec moi sur ce chemin" pour "leur dire qui nous sommes, quelles sont nos valeurs et ce que nous ferons".

Au risque de se répéter, avec ce troisième ouvrage en deux ans (toujours édité chez Fayard, propriété du milliardaire conservateur Vincent Bolloré) l'autoproclamé "fils du peuple", qui dit avoir "tout appris sur le tas" en politique "à une vitesse presque déraisonnable", vante la "force singulière" de sa "jeunesse", mais "confesse" aussi du haut de ses 31 ans un certain "vertige" du pouvoir.

Pourtant il s'apprête à l'exercer, tout comme il s'était conditionné à remplacer au pied levé Marine Le Pen, avant que la justice ne lève l'hypothèque. La redescente fut rude, difficile de s'en cacher: "J'ai peut-être accusé le coup", concède-t-il, mais "je n'ai rien perdu de ma détermination".

Résolu à "parcourir la France encore davantage", il jure de "préparer Matignon, non dans un bureau, mais auprès des Français". Ca tombe bien, la promotion de son livre lui en donnera l'occasion dès jeudi à Hénin-Beaumont, fief électoral de sa patronne, puis ce week-end dans le Var et l'Hérault.

Durant cette tournée de plusieurs semaines pour promouvoir ce troisième ouvrage, il pourra vérifier sa popularité auprès d'électeurs convaincus que les révélations de Mediapart sur des écrits antisémites juvéniles (dont il nie être l'auteur) ne sont que l'oeuvre d'une "meute lancée à ses trousses" - ainsi qu'il l'écrit encore dans les dernières pages de ce livre.

Dévoiler la feuille de route

Arguments rabâchés, tout comme le catalogue de mesures censées illustrer "ce qui guidera (les) 100 jours" suivant une hypothétique victoire.

Rien d'inédit sur la justice, le logement, le budget, sujets déjà amplement déblayés par Marine Le Pen. Aucun élément de calendrier sur les mesures prioritaires à appliquer dès la mi-mai, ni sur les référendums promis en matière d'immigration et de lutte contre l'islamisme - le premier potentiellement en même temps que les législatives en juin.

Tout juste la perspective répétée d'un "nouveau pacte de confiance et de stabilité" avec les entreprises, qui serait scellé par un "grand projet d'ordonnances de simplification" économique devant "supprimer des milliers de pages de normes inutiles" et ce "d'un trait de stylo, dès le début du quinquennat".

À défaut de fixer lui-même le cap, Jordan Bardella dévoile un peu la feuille de route. Comme sur les retraites, où il révèle deux semaines avant la présentation détaillée de la réforme comment le RN entend compenser le retour aux 62 voire 60 ans: il faudra par exemple travailler plus pour valider un trimestre cotisé.

Sur l'école aussi, il livre de nouveaux éléments d'un projet qui "prévoit de conditionner le passage du CP au CE1 à la maîtrise de la lecture et d'instaurer un examen national (...) avant l'entrée au collège".

Mieux encore, il développe longuement sa vision du "rôle géopolitique de la France", dans le monde et en Europe. Posture traditionnellement réservée au chef de l'Etat, comme s'il avait conservé quelques chapitres d'une première version qui se serait intitulée "Présider".

Au lieu de quoi, il lui reste six mois pour constituer une majorité, mission qui lui a été assignée par Marine Le Pen.

Mais point de main tendue à droite cette fois-ci. L'alliance avec Éric Ciotti a "fait tomber des barrières" et "ouvert un chemin", c'est bien suffisant. L'aspirant Premier ministre préfère se défouler sur Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe et Gabriel Attal, sans oublier une petite amabilité à Éric Zemmour et Sarah Knafo, "les deux associés égotiques qui dirigent le parti Reconquête".

Bruno Retailleau s'en sort presque bien, seulement mentionné pour avoir "proposé de rendre obligatoire la castration chimique pour les criminels sexuels les plus dangereux", un "débat (qui) mérite d'être posé".

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