Pour afficher ce contenu YouTube, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Une extension de votre navigateur semble bloquer le chargement du lecteur vidéo. Pour pouvoir regarder ce contenu, vous devez la désactiver ou la désinstaller.

Publié le : 06/02/2026 - 18:59

Prendre les transports, c’est parfois s’embarquer dans un voyage désagréable quand on est une femme. Dans le monde, 70 % des usagères de transports en commun racontent avoir subi des violences sexistes et sexuelles, des regards lourds aux frotteurs. Nombreuses sont celles qui ont développé des techniques pour s’en prémunir : éviter le dernier métro, faire semblant d’être au téléphone, s’asseoir près des conducteur·rices, choisir des vêtements amples et des chaussures plates… Les transporteurs aussi se saisissent du problème, explique l’invitée de Laure Manent, Virginie Perrey, directrice sûreté du groupe Keolis, mais les solutions ressemblent parfois à des pansements sur des jambes de bois.

Les transports en commun ont été synonymes d'émancipation des populations, permettant aux plus pauvres de s’éloigner de leur domicile, même s'ils et elles ne possédaient pas de cheval ou de charrette. Mais aujourd’hui que le système est largement démocratisé à travers toute la planète, une question se pose : se déplacer est-il une question de genre ?

Les femmes ont, comme les autres, profité de cette liberté de circuler, mais pour elles, le prix à payer est plus lourd que pour les hommes. Car cet espace, comme tous les autres espaces publics, n’a pas été pensé pour elles. Elles s’y sont plutôt imposées petit à petit, grignotant sur la sphère publique pour sortir de la sphère domestique. Et en France, on compte encore aujourd’hui huit actes de violence chaque jour, déplore Xavier Piechaczyk, futur PDG de la RATP.

Un arsenal de mesures pour préserver la sécurité

En octobre 2025, une tentative de viol a choqué toute la France : en plein jour, un homme s’en est pris à une jeune femme dans le RER C. Il aurait réussi à la violer sans l’intervention de Marguerite, une autre passagère, directrice d’école, formée à gérer les violences. En l’interpellant, en filmant l’événement, en s’interposant entre la victime et l’agresseur, "elle a réussi à casser 'l’effet tunnel' de cet homme et à lui faire prendre conscience qu’il y avait d’autres personnes autour de lui", explique Virginie Perrey.

Pour la directrice sûreté du groupe Keolis, briser cet effet fait partie de l’arsenal de mesures auxquelles les usager·es des transports en commun peuvent recourir pour prévenir ou interrompre une agression. Elle cite aussi la méthode des "5D" à laquelle forme la Fondation des femmes : distraire (parler à la victime comme si on la connaissait, demander l’heure à l’agresseur pour le détourner de sa cible), documenter (filmer), déléguer (passer le relais aux forces de sécurité ou à plus costaud·e que soi), diriger (si possible et sans se mettre en danger, intervenir auprès de la victime et faire partir l’agresseur), dialoguer (pour rassurer la victime).

Virginie Perrey évoque aussi les caméras-piétons que les patrouilles de sécurité dans les transports sont désormais autorisées à porter pour filmer, ou les "marches exploratoires" d’usagères volontaires qui inspectent des lignes de transports de bout en bout pour identifier les lieux où elles se sentent en insécurité, de manière à améliorer la lumière, le mobilier urbain d’un endroit et le rendre plus sûr. Des applications comme Voyage Duo ou des numéros d’appels comme le 3117 dans les transports franciliens sont des outils supplémentaires. Mais dans ce dossier, "la sécurité est une co-construction, elle est l’affaire de tout le monde", explique Virginie Perrey, de la police et gendarmerie aux transporteurs et aux usager·es en passant par le gouvernement.

La ségrégation de genre, une fausse bonne idée ?

Mais pour la directrice sûreté, créer des wagons réservés aux femmes est une mauvaise idée : "C’est rassembler toutes les brebis au même endroit, sans garantie que le loup n’y entrera pas", explique-t-elle. Des sociétés de taxis, un peu partout sur la planète, explorent aussi la piste de la ségrégation sexuelle dans les transports, du Burkina Faso au Liban en passant par l’Inde. Là encore, un pansement sur une jambe de bois ? Peut-être, mais les femmes y trouvent leur compte : en termes de sécurité pour les passagères, mais aussi pour les conductrices. Dans leur voiture, les chauffeuses peuvent être en danger lorsqu’elles transportent des hommes malintentionnés, comme de nombreux scandales l’ont montré ces dernières années ; avec cette solution, des voitures conduites par des femmes pour des femmes, c’est une sécurité pour les unes comme pour les autres, et un débouché économique supplémentaire pour celles qui cherchent un métier sûr.

C’est l’autre aspect des transports en commun : en permettant la circulation des personnes, ils ont aussi permis aux femmes d’accéder à l’emploi plus facilement, elles qui sont moins nombreuses à posséder un permis de conduire ou une voiture par rapport aux hommes. Quand on ne leur interdit pas carrément de conduire, comme en Arabie saoudite où les femmes ne peuvent le faire que depuis 2018, ou au Turkménistan où il reste beaucoup à faire. Les transports leur permettent de s’éloigner du foyer pour travailler et accéder à l’indépendance économique. Ils leur permettent aussi d’exercer, dans ce secteur précisément, une activité professionnelle.

Mots-clés associés

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.