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Publié le : 20/02/2026 - 16:35
Chaque jour apporte son nouveau lot de révélations sordides dans l’affaire Epstein. Le volet français prend une ampleur inédite après la publication des "Epstein files" et le parquet a décidé d’ouvrir deux enquêtes-cadres. Parallèlement, l’Ukraine entre dans sa cinquième année de guerre. De plus en plus de civils ont décidé de s’engager, comme la journaliste franco-ukrainienne Maryna Kumeda, l’invitée de Laure Manent dans cette édition.
Les "Epstein files" n’en finissent plus de déverser des monceaux d’horreur dans les médias, qui cherchent à faire le tri entre les trois millions de documents publiés par le Département américain de la Justice. Les noms de Jack Lang et de sa fille Caroline Lang, mentionnés dans ces documents, ont débouché sur leurs démissions de leurs fonctions respectives et un intérêt renouvelé pour la déclinaison française de l’affaire. Mais ces éventuelles implications financières avec le milliardaire et prédateur sexuel américain ne sont rien face aux violences sexuelles commises par plusieurs autres hommes dont les noms sont cités régulièrement en lien avec Jeffrey Epstein. La procureure de Paris Laure Beccuau a d’ailleurs invité les victimes françaises à se faire connaître et à porter plainte.
Une première enquête avait été ouverte en France en 2019 après deux signalements, de la part de l’association Innocence en danger et après un courrier de l’association Femme et libre "évoquant des complicités françaises dans le dossier concernant Jeffrey Epstein aux États-Unis".
Les investigations avaient mené à l'incarcération de l’agent de mannequins et rabatteur de proies de Jeffrey Epstein, Jean-Luc Brunel. Interpellé en décembre 2020 à l’aéroport de Roissy, il avait un aller simple pour le Sénégal et transportait une importante somme d’argent en liquide. Il avait été retrouvé pendu dans sa cellule en 2022. L’enquête est fermée l’année suivante.
Une longue liste d’hommes intéresse la justice française
Mais dans les documents publiés en ligne, les échanges entre Jeffrey Epstein et d’autres hommes en France montrent que la première enquête n’avait fait qu’effleurer la surface de l’affaire. Parmi les noms qui reviennent régulièrement, il y a celui d’un autre "scout" (recruteur de mannequins), le ressortissant algéro-suédois Daniel Siad, désormais accusé par l’ex-modèle suédoise Ebba Karlsson de l’avoir violée en 1990. Elle vient de porter plainte contre lui mais elle avait déjà témoigné, en 2020, contre Gérald Marie, le patron de l’agence Elite Models, racontant comment il lui avait réclamé des faveurs sexuelles quand il la représentait.
Parmi les autres hommes dont les noms reviennent dans les fichiers publiés, celui du diplomate Fabrice Aidan. Les courriers électroniques ne montrent pas de lien avec les crimes sexuels du milliardaire mais révèlent leur proximité. En revanche, il est soupçonné d’avoir transmis des documents internes de l'ONU à Epstein et a été visé par une enquête du FBI pour avoir consulté des sites pédopornographiques lorsqu’il vivait à New York. Cela lui avait valu d’être discrètement exfiltré des États-Unis en 2013. En France, le ministère des Affaires étrangères décide de ne plus le laisser occuper de poste à l’étranger mais aucune poursuite judiciaire n’est enclenchée.
Les liens un peu trop étroits de deux diplomates français avec le criminel sexuel
Il n’est pas le seul diplomate à avoir fréquenté Jeffrey Epstein d’un peu trop près : c’est aussi le cas d’Olivier Colom, proche de l’ex-président Nicolas Sarkozy. Avec lui, le criminel sexuel échange des mails comparant les jeunes femmes qui les intéressent à des animaux marins. Pour Jeffrey Epstein, elles sont comme des crevettes : "Tu jettes la tête, et tu gardes le corps…", écrit-il au diplomate, qui lui répond qu’il s’apprête à aller en Russie, où "il y a sans doute beaucoup de poisson frais". Quant au chef d'orchestre Frédéric Chaslin, il est aussi beaucoup présent dans les échanges avec le milliardaire. Certains suscitent des interrogations, comme un mail de septembre 2013, où il dit avoir "trouvé une fille formidable pour ton prochain séjour à Paris. Étudiante en philosophie. 21 ans. Elle ressemble un peu à l’actuelle femme de [Roman] Polanski". Leur rencontre remonte à août 2012, par l’intermédiaire de Paula Heil Fischer, épouse du compositeur et compagne de Jeffrey Epstein… déjà condamné, en 2008, pour sollicitation de prostituée mineure. Il fait aujourd’hui l’objet d’une plainte pour harcèlement sexuel de la part de la chanteuse lyrique Amelia Feuer.
Quatre ans de guerre à grande échelle en Ukraine
Parallèlement, l’Ukraine entre dans sa cinquième année de guerre contre la Russie après que Moscou a lancé son invasion à grande échelle sur l’ex-république soviétique, le 24 février 2022. Le conflit a fait à ce jour plus de deux millions de victimes – morts, blessés, disparus – dans les deux camps. Malgré une situation très tendue sur le terrain, la population ukrainienne refuse de baisser les bras et les engagements volontaires de civils se poursuivent, y compris des femmes. Désormais, elles sont plus de 70 000 dans les effectifs des forces armées ukrainiennes. La majorité d’entre elles occupent des fonctions administratives mais elles sont au moins 5 500 sur le front. Un changement majeur car jusqu’en 2018, les femmes ne pouvaient pas s’engager dans l’armée. Les profils de celles qui prennent part au conflit sont très variés, de la danseuse de salon Tetiana Khimion à l’équipe mère-fille constituée par Natalia et Veronika, elles occupent des positions encore impossibles il y a quelques années. Certaines sont devenues démineuses après une formation au Kosovo, d’autres, plus loin du danger, participent autrement, en fabriquant des gilets pare-balles ou en rejoignant la Défense territoriale civile. Une résistance qui s’écrit au féminin.
Parmi celles qui ont décidé de prendre part au conflit, il y a la journaliste franco-ukrainienne Maryna Kumeda. Après avoir passé deux ans à documenter le conflit, rencontrer ses protagonistes et raconter ce qu’elle a vu dans deux livres, L’amour en temps de guerre et Journal d’une Ukrainienne, elle a décidé de poser la plume pour prendre les armes. La décision a été longue à prendre mais elle s’est formée, sur son temps personnel et avec ses économies, à diverses spécialités avant de décider de signer pour de bon : "médic", pilote de drone, entraînement sportif… Petit à petit, elle a identifié ce qui l’intéressait le plus et organisé la suite de sa vie autour de la guerre, décidant que sa position d’observatrice ne lui suffisait plus et qu’elle avait besoin d’un engagement plus concret.
Pour l’autrice et (ex-) journaliste, ce n’est pas la peur de la mort ou d’être blessée qui l’a retenue mais l’investissement total et sans réelle visibilité qui a été source de réflexion approfondie car "la mort, on vit avec depuis des années en Ukraine. La Russie bombarde les villes, donc on sait que même comme civil, on peut être tué chez nous". Maryna Kumeda a eu le déclic quand la ligne de front s’est rapprochée de sa ville natale de Soumy en mai 2025 mais elle pense, comme beaucoup d'Ukrainiens, dit-elle, que "on est déjà dans la troisième guerre mondiale. À l’Ouest, ce n’est pas encore si clair pour vous, mais nous ici, c’est ce qu’on pense". Un chiffon rouge agité également par Moscou depuis plusieurs années autant qu’une accusation russe contre ses adversaires, et notamment contre Emmanuel Macron… Mais surtout, ce sentiment était déjà partagé par l’économiste ukrainienne Oxana Chorna sur le front de l’Est. C’était au tout début de l’offensive russe contre l’Ukraine… en 2014.
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