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Publié le : 13/02/2026 - 17:58
Sophie Adenot vient de s'envoler pour la Station spatiale internationale (ISS). Avec l'Américaine Jessica Meir, elles sont les 65ème et 66ème femmes à quitter la Terre pour son orbite, contre plus de 500 hommes. La conquête spatiale ne s'est déclinée au féminin que petit à petit et il y a encore beaucoup à faire car seulement 11 % des astronautes sont des femmes, selon l'ONU. L'astronaute de réserve Meganne Christian, recrutée par l'ESA en 2022 dans la même promotion que Sophie Adenot, nous raconte la place des femmes dans les programmes spatiaux, la réalité des entraînements et comment l'ingénieure spécialiste des nanomatériaux qu'elle est était a été sélectionnée parmi 22 523 candidatures pour rejoindre ce programme d'élite.
La Nasa n'a ouvert aux femmes le recrutement pour les postes d'astronautes qu'en 1978 alors que les Soviétiques envoyaient, dès 1963, Valentina Terechkova dans l'espace pour 48 tours de la Terre en orbite basse, alors qu'elle n’a que 26 ans. On est, à l’époque, en pleine Guerre froide et après l'exploit de Youri Gagarine (premier humain dans l'espace en 1961), les vocations sont nombreuses et l'URSS ne veut pas laisser aux États-Unis la primeur d'envoyer une femme dans l’espace. Quant à la Chine, elle n'envoie pas de femme dans l'espace avant… 2012, avec Liu Yang. À ce jour, seules trois Chinoises sont allées dans l'espace : Wang Yaping en 2013 et Wang Haoze en 2024.
Des contributions capitales mais en coulisses
En coulisses, pourtant, elles ont été nombreuses à participer à la conquête de l'espace – avec ou sans humains. La mathématicienne, physicienne et plus tard ingénieure spatiale afro-américaine Katherine Johnson est recrutée par la NACA – ancêtre de la NASA –, après avoir été embauchée au Langley Research Center, au sein du groupe des "West Area Computers", exclusivement composé de femmes noires en charge de calculs complexes réalisés à la main. Ses consœurs Dorothy Vaughan et Mary Jackson contribuent au succès de la mise en orbite de l'astronaute John Glenn et à la réussite de la mission Apollo 11. Aujourd’hui, son nom est connu et passé à la postérité. Et beaucoup d'autres femmes, ingénieures, astrophysiciennes et à de nombreux autres postes de l'ombre, ont contribué à ces réussites mais semble restées des inconnues de la gloire spatiale.
Depuis, bien d'autres femmes ont contribué à la recherche, fabriqué des robots, des vaisseaux spatiaux, étudié les trajectoires des planètes et réfléchi aux futures missions pour envoyer à nouveau des humains sur la Lune ou même sur Mars. Mais ce secteur est encore largement masculin : en 2024, il n'y avait encore que 20 % de femmes dans le domaine spatial et seulement 11 % de femmes astronautes, estime l’ONU. Ces chiffres vont évoluer mais le changement est lent, très lent. Symbole de la lenteur du mouvement, ce monumental raté de la première sortie extravéhiculaire 100 % féminine annoncée à grands cris par la Nasa pour mars 2019… et le soufflé qui se dégonfle honteusement lorsque l'agence spatiale américaine doit annuler, par manque de combinaisons spatiales adaptées à la taille des femmes. Il a fallu attendre octobre 2019 pour que Christina Koch et Jessica Meir puissent sortir ensemble, concrétisant cette ambition de "diversité" avec la "AllWomenSpacewalk". "C’était une immense déception mais ce qu'il faut retenir, c'est que ce vol a finalement eu lieu et qu'aujourd’hui, il y a des combinaisons spatiales à la bonne taille, tout ça a changé", précise l'astronaute de réserve.
Cet événement a finalement été une sorte de répétition générale au féminin avant le prochain défi de "diversité" : envoyer un homme et une femme sur la Lune. Ce qui vaut à la Nasa des accusations de "tokénisme", c'est-à-dire d'instrumentalisation des femmes comme des pions ("token", en anglais) pour faire l'étalage d'une inclusivité de bon aloi… en apparence, au moins. Mais pour l'ingénieure canado-malgache Farah Alibay, qui travaille au sein du Jet Propulsion Laboratory rattaché à la Nasa, la diversité est source de richesse intellectuelle : "Dans l'aérospatiale, on est confronté à des problèmes très complexes et pour les résoudre, il n'y a pas une seule 'bonne' solution. (…) Je n’ai pas besoin de cinq Farah qui sortent toutes du MIT et qui me diraient 'ton idée est formidable'. Il faut des expériences de vie différentes pour avoir de la créativité dans les solutions." L'ESA a même commencé à recruter des "parastronautes" comme John McFall, et Michaela Benthaus, ingénieure aérospatiale allemande devenue paraplégique après un accident, a pu embarquer pour l'espace dans une fusée Blue Origin.
Les femmes, de meilleures candidates pour les missions longues
Plus surprenant, plusieurs études récentes estiment que les femmes seraient aussi de meilleures candidates pour les missions spatiales de longue durée, aussi bien physiquement que psychologiquement. "Nous sommes plus petites donc nous mangeons moins et nous consommons moins d'oxygène", explique Meganne Christian. "Notre système immunitaire est plus résistant et les femmes seraient aussi plus résilientes que les hommes". Des atouts intéressants pour des voyages de plusieurs années, comme pour la conquête de Mars qu'ambitionnent Elon Musk ou Donald Trump. Même si la Lune semble redevenue l’objectif prioritaire de la conquête spatiale, notamment pour la Nasa.
Mais il reste un point sur lequel hommes et femmes ne sont pas à égalité : la création d'une famille. Les radiations cosmiques ou la microgravité peuvent être dangereux pour la santé et la taille de l'échantillon d'hommes et de femmes partis dans l’espace ne permet pas de tirer de conclusion définitive. Si ce n'est que les astronautes sont encouragés à conserver des gamètes avant leur départ pour l'espace même si aucune femme astronaute n'a eu de problème à concevoir après une mission dans l'espace. Un sujet d'autant plus important que le tourisme spatial se développe à toute vitesse, comme l'a montré le vol Blue Origin (100 % féminin) organisé par Jeff Bezos en présence, notamment, de Katy Perry.
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