Venise (AFP) – Avec "Wild Horse Nine", comédie noire sur deux agents de la CIA envoyés sur l'île de Pâques peu avant le coup d'État chilien de 1973, le réalisateur britanno-irlandais Martin McDonagh, en lice pour le Lion d'or à la Mostra de Venise, livre son film "sans doute le plus ouvertement politique", a-t-il déclaré dans un entretien à l'AFP.
Publié le : 03/09/2026 - 17:11Modifié le : 03/09/2026 - 17:52
Dans le cinquième long-métrage du cinéaste, tourné en grande partie dans les somptueux paysages de l'île volcanique de Polynésie, John Malkovich, 72 ans, incarne Chris, cynique agent du renseignement américain tourmenté par sa conscience à l'approche du renversement, soutenu par les États-Unis, du président chilien de gauche Salvador Allende. Il y est accompagné par Lee, son partenaire de toujours, campé par Sam Rockwell.
"L'idée que, finalement, l'Amérique ne s'intéresse pas toujours à la démocratie me fascinait", a ajouté le réalisateur, qui a d'abord connu le succès comme dramaturge.
Le fait que le personnage de Chris, gagné par les remords, entreprenne de rédiger ses mémoires lui permet d'évoquer ses opérations passées, du Guatemala au Congo, en passant par Cuba ou l'assassinat de John F. Kennedy.
"Je me suis beaucoup intéressé à la vérité de ce que la CIA a fait au cours des 50 ou 60 dernières années", a développé Martin McDonagh lors d'une conférence de presse jeudi.
"On sait bien ce qu'est le KGB, mais on remet probablement moins en question qu'on le devrait les activités de la CIA", a-t-il complété.
"Je ne suis généralement pas un cinéaste très politique. Certaines de mes pièces l'ont été, mais c'est sans doute le film le plus ouvertement politique que j'aie fait", a encore déclaré à l'AFP le réalisateur de "3 Billboards - Les panneaux de la vengeance".
L'humour cinglant qui traverse le film de bout en bout, reposant largement sur le duo excentrique formé par John Malkovich et Sam Rockwell, permet d'en recevoir le sombre propos avec davantage de légèreté.
"Drôle et sombre"
"Je voulais que ce soit aussi divertissant que possible, et que tout cet aspect politique s'insinue subtilement dans le récit. Mais je voulais aussi que le film parle de la culpabilité et du regret d'un homme à propos des choses horribles qu'il a faites", a souligné Martin McDonagh auprès de l'AFP, définissant son travail comme "toujours à la fois drôle et sombre".
"Et il fallait que cette association (entre les deux agents de la CIA) soit presque une histoire d'amour entre ces deux types (...) qui ont travaillé ensemble, qui ont traversé des choses belles et horribles", a poursuivi le réalisateur, dont le précédent film, "Les Banshees d'Inisherin", a été nommé neuf fois aux Oscars en 2023.
Le film se déroule en 1973, mais sa représentation de l'interventionnisme américain en Amérique latine résonne fortement aujourd'hui, à une époque où le président des États-Unis, Donald Trump, a mis en place un programme agressif visant à dominer la région des Amériques.
"Honnêtement, en l'écrivant, je n'essayais pas de commenter le monde actuel ou la scène politique actuelle, mais (...) depuis qu'il est terminé et que je le vois avec du public, les liens avec l'époque présente semblent assez tangibles, et je trouve ça très intéressant", a estimé Martin McDonagh.
En janvier, les forces américaines ont renversé et arrêté Nicolas Maduro, le dirigeant vénézuélien autoritaire de gauche, et depuis, l'administration Trump a conclu des accords pour contrôler une grande partie des réserves pétrolières du pays.
"L'une des choses effrayantes, c'est qu'ils ne semblent même plus essayer de rendre ça clandestin", a déclaré Martin McDonagh aux journalistes. "Dans les années 70, ces gens horribles avaient au moins l'intelligence de garder leurs actes secrets."
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