Cracovie (Pologne) (AFP) – Habituellement noire de monde, la place du marché de Cracovie, joyau du centre historique de l'ancienne capitale polonaise, est vide en ce dimanche de deuil. La veille, un homme y a abattu de sang-froid six personnes et en a blessé quinze autres.

Publié le : 08/11/2026 - 15:38

Seuls des dizaines de policiers poursuivent leurs recherches soulevant chaque pierre, chaque pot de fleurs, et chassant des pigeons dont le battement d'ailes fend la brume.

A l'abri - jusqu'à présent - d'attentats qui frappent régulièrement l'Europe occidentale, affichant un taux d'homicides et de violences à la personne parmi les plus bas d'Europe, les Polonais étaient fiers de leur pays ressenti, également par un nombre croissant de touristes étrangers, comme une oasis de sécurité.

La police révèlera peu après que l'homme a tué ses parents et sa sœur à leur domicile, avant de lancer son raid sanglant.

Un massacre d'une ampleur encore jamais vue sur les bords de la Vistule.

Maniant un fusil semi-automatique, il a tué six personnes et blessé une quinzaine d'autres, dont des policiers qui ont finalement réussi à le neutraliser en le blessant grièvement.

Rencontré dans une rue de Cracovie, Krzysztof Stepien, 28 ans, est sous le choc.

"On avait entendu parler de différentes situations de ce genre quelque part en Europe ou dans le monde, et c'est toujours terrifiant", dit-il à l'AFP.

"Le fait que cela se soit produit ici, à Cracovie, est tout simplement incroyable pour nous. C'est difficile de croire qu'une chose pareille ait pu se passer ici", poursuit-il.

Malgré la situation, il essaie, une pancarte à la main, de convaincre les rares touristes qui s'aventurent près de la place à profiter des tours, organisés par la société pour laquelle il travaille, dans d'autres quartiers de la deuxième ville de Pologne.

'Breivik polonais'

Veronika Filar, 27 ans, est elle aussi "absolument dévastée" par la fusillade.

"Notre ville ne sera plus jamais la même après ce qui s'est passé hier", dit-elle à l'AFP. Et de se rappeler avoir invité récemment ses amis à visiter Cracovie en vantant la ville comme "l'un des endroits les plus sûrs au monde".

"Je ne m'attendais absolument pas à ce que quelque chos

e comme ça nous arrive".

Elle est cependant "très fière" du comportement des Polonais face à ce drame sans précédent: "la société est unie et nous sommes très forts ensemble à cause de ce qui est arrivé".

Des millions de zlotys ont été immédiatement rassemblés lors de collectes d'argent lancées pour venir en aide aux policiers qui sont considérés comme des "héros" pour avoir neutralisé l'assaillant malgré leurs blessures.

Dans les centres de don de sang, il faut attendre plusieurs heures avant d'être reçu, tant les files d'attente sont longues, selon les images des télévisions.

Une messe pour les victimes de la fusillade est prévue à Cracovie dimanche après-midi.

"Nous voulons, nous avons besoin et nous devons être ensemble", a écrit le métropolite de Cracovie, le cardinal Grzegorz Rys.

Mais rien ne sera comme avant.

Cette attaque terroriste était également "une attaque contre la Pologne, contre notre mode de vie", a écrit dimanche le quotidien Rzeczpospolita (centre).

Une attaque contre "cette valeur à laquelle nous tenions tant, à savoir ce sentiment de sécurité, illusoire – comme il s'avère –, que nous chérissions", a écrit l'éditorialiste Boguslaw Chrabota.

Et d'accuser les hommes politiques polonais de jouer la carte de la division de la société dans une Pologne au paysage politique particulièrement troublé, entre le gouvernement de centre-droit de Donald Tusk et la présidence du nationaliste Karol Nawrocki, tout cela sur fond de montée de l'extrême droite.

A l'ombre de ces divisions "poussent des Breivik polonais", prévient Boguslaw Chrabota. Une allusion au néonazi norvégien Anders Behring Breivik qui avait tué 77 personnes dans des attaques le 22 juillet 2011.

© 2026 AFP

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